• A ne pas emporter sur la plage

    Anish Kapur

    Monumenta

    Le Grand Palais

    Crédit Photo Anthropia

     

    A ne pas emporter sur la plage, parce que les livres méritent le fauteuil, la lampe qui éclaire juste au-dessus, la position du lecteur, tournant les pages, sans se contorsionner.

     

    La Grande Maison de Nicole Krauss

    Un roman "spannend", une élégance dans l'écriture, des "lignes de faille" comme aurait dit Nancy Houston, et ce qui fait lien, c'est un secrétaire énorme, plein de tiroirs, que les écrivains se repassent, un poète chilien, une écrivaine de New-York et une autre d'Angleterre. Et puis ce personnage étrange, une sorte de détective des objets perdus, un antiquaire qui écume l’Europe et dont les enfants terribles sont craquants.

    (Profitez-en pour lire aussi Histoire de l'Amour en poche de la même Nicole Krauss).

     

    Actes de naissance d'Elisabeth de Fontenay

    Un livre d'entretiens, qui retrace une sorte de biographie par les livres et les philosophes. Une femme entêtée, qui se positionne entre l'extrême-gauche et le judaïsme, et dont l’histoire familiale a structuré la pensée, dans ses combats et ses apories. Emouvant et intellectuellement nerveux.

     

    Le garçon qui voulait dormir d'Aharon Appelfeld

    L'itinéraire d'un enfant perdu, qui s'est joint aux migrants, sortis de camps de concentration, et qui vont traverser l'Europe jusqu'à Naples avant de s’embarquer pour Israël. Ils se succèdent pour porter dans leurs bras ce garçon sans identité, qui veut dormir pour ne pas oublier ses parents. Parce que seuls les rêves les lui restituent, en image et en parole.

     

    Les grandes personnes de Marie N'Diaye

    Une pièce de théâtre, sur les destins tressés de familles, je n'en dis pas davantage parce que c'est court et saisissant. Une femme de peu se lève et dit les choses en face. La vérité.

     

    Vivre pour écrire d'Anouar Benmalek, entretiens réalisés par Youcef Merahi (Zellige)

    Une série d'articles sur l'écriture, son amour de la vie, son parcours, des entretiens avec cet auteur algérien francophone, qui dit son rapport à la langue française. "Un roman n'est pas là pour illustrer une thèse, mais pour rendre compte d'une expérience humaine avec toutes les ambiguïtés, les défaillances, les imperfections mais aussi la grandeur de l'être humain".

     

    Façons de lire, manières d'être de Marielle Macé (nrf essais Gallimard)

    Un essai sur le style, comme moteur de l’individuation et processus de devenir de soi.

    Le style pour Marielle Macé, c'est « la capacité humaine ». Selon elle, le style est partout présent dans l’existence, il n’est pas cantonnable à une recherche de distinction, statutaire, le désir de se séparer, d’intimider par exemple, mais il désigne quelque chose comme la mise en jeu permanente de notre capacité à donner un certain aspect à notre présence, à notre présence à nous-mêmes, à notre présence aux autres, à notre façon de regarder, d’être affecté par les choses. Le style, c'est l'art d’en faire un instrument permanent de constitution de soi.

    Elle donne un sens au mot "style", cherchant à en faire, non le mot de la fin, mais une question, quelque chose de l'ordre d'un processus, comme le moteur de l'individuation, un processus d’un individu pris dans un milieu, dans son rapport à la musique par exemple ou au paysage. Tout ce qui met en rapport avec une forme autre que soi, au contact de laquelle on est conduit à se déphaser, se rephaser et à aller un peu plus loin dans le rapport à soi et dans le rapport aux autres.

    Elle aborde la question de la lecture et de la littérature comme guide des conduites, une sorte de rapport de force pour le meilleur et pour le pire. Parfois tout simplement, les œuvres sont plus fortes que nous. Une forme possible d’assujettissement. Un texte classique domine, empêche.

    Marielle Macé cite quelque part ce poème de Francis Ponge, que je vous recopie ici.

     

    LES HIRONDELLES
    ou
    Dans le style des hirondelles

    (RANDONS)



        Chaque hirondelle inlassablement se précipite ― infailliblement elle s'exerce ― à la signature, selon son espèce, des cieux.

        Plume acérée, trempée dans l'encre bleue noire, tu t’écris si vite !
        Si trace n'en demeure…
        Sinon, dans la mémoire, le souvenir d'un élan fougueux, d'un poème bizarre,
        Avec retournements en virevoltes aiguës, épingles à cheveux, glissades rapides sur l'aile, accélérations, reprises, nage de requin.
        Ah ! Je le sais par cœur ce poème bizarre ! Mais ne lui laisserai pas, plus longtemps, le soin de s'exprimer.
        Voici les mots, il faut que je les dise.
        (Vite, avalant ses mots à mesure.)
        L'Hirondelle : mot excellent ; bien mieux qu'aronde, instinctivement répudié.
        L'Hirondelle, l'Horizondelle : l'hirondelle, sur l'horizon, se retourne, en nage-dos libre.
        L'Ahurie-donzelle : poursuivie, ― poursuivante, s'enfuit en chasse avec des cris aigus.

        Flèche timide (flèche sans tige) ― mais d'autant véloce et vorace ― tu vibres en te posant ; tu clignotes de l'aile.
        Maladroite, au bord du toit, du fil, lorsque tu vas tomber tu te renvoles, vite !
        Tu décris un ambage aux lieux que de tomber
        (comme cette phrase).
        Puis, ― sans négliger le nid, sous la poutre du toit, où mes mots piaillent : la famille famélique des petits mots à grosse tête et bec ouvert, doués d'une passion, d'une exigence exorbitantes ―
        Tu t'en reviens au fil, où tu dois faire nombre.
        (Posément, à la ligne.)



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