• Crédit photo anthropia # blog

     

     

     

    Arrivée dans ce paradis du schiste, le brillant sur chaque parcelle de l'écran, du retour des feuilles des chênes verts aux remblais des routes, et ce matin ton paysage, la contemplation à ta fenêtre, les à-pics plus forts que soi, la transcendance ; s'il en est Un, il est là.

    Et ces humains qui vivent à l'année dans la rude vie des maisons d'antan, avec internet et salle de bain cependant, ça fait la différence, parce que le monde s'ouvre doublement, dans la perspective physique comme dans celle virtuelle, le monde est un hameau.

    Ravitaillés par les corneilles. Elle dit vrai, composer avec le lacet, le lacet qui rend tout tellement loin, les vallées qu'il faut enfiler les unes derrière les autres et sans doute par temps dur l'hiver. T'enfonçant dans ces sinuosités, cette impression d'une nuit sans fin, superposition de la nuit et du jour, c'était d'abord une nuit où tu aimais te perdre, comme tu aimes te perdre ces derniers temps, cette jachère en toi que tu acceptes enfin, mais n'en sais pas le bord, où le ne pas aller trop loin, et l'obstination de soi, en toi depuis. Puis t'as eu peur, hein, avoue, tu t'es perdue, tu as eu peur, tu as tenté des raccourcis échoués, tu as eu peur, peur d'un virage en épingle mal négocié, peur d'un écart pour éviter un sanglier, peur de verser dans ces failles de la montagne, peur de ne pas savoir sortir d'une carcasse. Connu ce sentiment sur un voilier, aux îles Scilly, quand les vagues de cinq mètres donnaient cette sensation que le bateau sombrait pour ne plus remonter.

    Ici, quand on oublie quelque chose, faut oublier. Radicalité d'un choix, qui va avec création, méditation et slow life. La vie dans ce rythme lent qui t'attrape sitôt arrivée, et le miracle, c'est qu'il y a place pour une civilisation ici, les amis autour, le travail, un lieu de trois maisons, pris en passant pour un hameau abandonné, mais c'est un centre, mais là une activité à temps plein, occuper le pays, le construire, lui donner ses facilities, et fondations passent par là et ventes artisanales et cybercafé et plus tard centre de formation.

    Et la suite du chemin. Ce bar, en bord de village, où tu es entrée boire un café, le couple, la femme qui te souligne toi seule si tard sur la route, et toi peur encore, peur de sa peur à elle, puis cet homme à la tête aveyronnaise, qui ne parle pas qui écoute, te laisse raconter un peu, comprendre ce qui te met là, puis annoncer l'arbre et puis l'arbre qui vont jalonner ton chemin, comme ça tout à trac, un GPS vivant, un qui parlerait homme. Et tu remontes plus courageuse, la voie lactée là-haut.

    Ce soir, tous ces gens, les néo, venus là dans les soixante-dix, ce soir, dans cette maison-hameau, labyrinthe à six portes d'entrée, douze escaliers ou petites marches, toilettes sèches, sept poubelles (et liste des surnuméraires), le petit bureau avec la baratte à usage lutrin, le grand bureau et la bibliothèque qui en fait le tour, l'écrire-produire en tous genres, palais borgésien, si on est là, c'est qu'on a tous choisi d'y vivre.

    Et les guitares ne manquent pas. Celle qu'il te passe une folk, Alhambra, ça existe ça en folk ?, et là sonne comme une Gibson, souvenir de ta vieille cassée par le chat des voisins, son velouté, ce toucher doux et profond et sonore si sonore, une chapelle romane à se perdre, les Espagnosl ont profité d'une série pour Gibson, ont copié et la copie aussi belle que l'original. Ta Gibson, achetée à Londres avant de repartir, passé tout ton salaire de job d'été pour petits friqués en goguette, logeant chez, dans le Kent, souvenir d'un loup noir et d'une veste d'astrakan.

    Dans le jardin, les récits s'enchâssent. Les trois chorales, une pour chansons révolutionnaires, une chorale d'hiver, une autre encore, un théâtre, quelques vers d'un poète. Et puis cette histoire que le vrai souci des abeilles, ce n'est pas principalement le pesticide, mais le varroa, ce pou des ruches qui tue les ouvrières et que les reines d'ici ne savent pas trucider, contrairement à celles d'Asie, -Asie, d'où le nuisible est venu dans les années quatre-vingt, suite à une mission d'apiculteurs cévenols dans les pays là-bas, se vantant de leur savoir-faire, qui en ont rapporté le fléau-, qui détruit plus fort que le toxique américain. Ce que ne disent pas les apiculteurs, car ils devraient alors dire que leur indélicatesse est qu'ils traitent eux-mêmes leurs essaims aux produits tueurs. Et le bon miel alors n'est que. La femme aux ruches dit qu'elle traite au produit doux.

    Et puis cette affaire plus étrange de la fécondation des figues, le Blastophaga, la femelle qui niche dans la figue, et que le mâle vient forcer au travers du fruit, la et la fécondant dans le même mouvement. Et le goût de pineau des. Et l'hôtesse qui en vient. Et le secret de son jus de pomme, cinq pour cent de jus de coing. Et cette courgette jaune parfumée au citron confit, quelque chose du yuzu. Et les histoires de filtre, comment la terre, comment les conteneurs mystérieux à tamis, comment l'eau fait le tour de la matière, de la source au robinet, et retour à l'arrosage. Ces petites sciences au labeur, penser local, local, local, mais réfléchir global, global, global.

    Le vert, la montagne, foundamente, les sombres histoires de villages, et puis les configurations du ciel, une étoile filante, on se sent l'âme mystique dans ces Marches de la Lozère. Et pourtant ce n'est qu'un pays d'hommes et de femmes.



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    Lever de soleil sur l'autoroute

    Crédit photo # anthropia

     

     

    Aucune autre solution n’est possible pour ce fichu chapitre à venir que

    le fixer dans son heure la plus logique, l’heure du thé,

    Un simple rendez-vous qui comprendrait toutes les scènes,

    Et leurs yeux se rencontrèrent, j’ai déjà écrit sur ce thème,

    ça se passerait probablement dans un café,

    Dans l’éternité de la seconde du premier regard, tout décrire, l’instant de la rencontre, et les autres histoires, pas seulement les baisades,

    ce qui feed la vie, la vie réfléchie, imagine-r,, sans la stérile inquiétude des agitateurs intérieurs, sans introduire entre les personnages le sinistre comparatisme, entre, que sais-je moi, les Guillaume, les Simon, les Dupuis, les Larue, qui n’est pas de mise, ce sera difficile, ni les singes, ni les loups n’y résisteront, parce que ce sera fait avec respect, humour et joie.

     


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  • Beatrice Cenci

    Julia-Margaret Cameron

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  • God nose

    John Boldessari

    Galery Gemini

    Art Basel Juin 2008

    Crédit Photo Anthropia

     

     

     

     

    Je vais me réjouir normalement de l’élection de ce Président normal.

    Normal, comme a titré joliment Libé.

    Oui, jamais je n’ai eu aussi peu d’espoir et de rêve suite à une élection présidentielle.

    Hollande, c’est le vote de la maturité. Tu votes en conscience qu’il fera moins mal que Sarkozy. Ce n’est pas difficile.

    Le Président élu, a été surnommé « nul » par le plus nul des nuls, je le prends comme un compliment venant de lui. Un compliment parce qu’il s’est trompé, l’a sous-estimé, n’a pas vu les apories nombreuses de son propre mandat.

    Quand on voit les analyses de Hollande, on se dit que ce qui a gagné, c’est son expertise, sa capacité à comprendre ce qui se passait, à saisir comme y réagir.

    Hollande a gagné parce qu’il a mieux anticipé que Sarkozy, a vu l’évolution des Français, a su trouver le type de synthèse qui pouvait surpasser le Président.

    Bien sûr que l’anti-sarkozisme faisait partie de l’équation : et il aurait eu tort de s’en priver. Mais après tout, l’anti-Sarkozisme étant une réaction au sarkozisme, Sarkozy n’y était pas pour rien.

    Mais s’il n’y avait eu que ça, Hollande n’aurait pas gagné. Il a compris que c’était son « moment », il a su s’y préparer plus de sept ans à l’avance, en faisant les détours nécessaires, en sautant son tour en 2007. Il s’y est pris avec tactique et prudence. Il a même analysé (sans prévoir toutefois ce qui est arrivé) l’inadéquation de DSK « trop universitaire » pas assez « homme politique » ; et d’une certaine façon, c’est bien son manque de motivation politique qui a valu à DSK son échec. Pas assez motivé pour renoncer à ses démons.

    Hollande, outre sa posture électorale, a aussi su reprendre à son compte le vieil adage selon lequel on ne gagne qu’en rassemblant son camp, la gauche. Il a su intégrer des nouveautés dans son programme, même à faible niveau : le risque nucléaire (suppression de Fessenheim, centrale sur une zone sismique), l’atout « Jeune » (des aides pour les accompagner dans leur insertion) et l’éducation, l’espoir « immigré » en promettant le droit de vote local aux étrangers, le va-tout anti-riches (75% sur l’imposition au-delà du Million d’€) ; il a construit une synthèse qui rassemble plutôt que de s’appuyer sur des arguments clivants.

    Par-dessus tout, il a apporté un baume au cœur des Français humiliés depuis 5 ans, celui du respect et de la justice sociale, une sorte d’onguent qui faisait du bien, qui aidait à redresser la tête, à oser dire que non, le problème n’est pas les immigrés.

    Finalement le tour de force de Hollande, c’est justement de n’avoir rien promis d’extravaguant, de n’avoir pas fait d’effets de manche trop ostentatoires. On l’a élu parce qu’il était suffisamment normal et pas complètement fou, que son programme était raisonnable et pas hors propos, que sa posture était « juste » et pas outrancière.

    Si je peux souhaiter quelque chose pour ce quinquennat, c’est que son humour sauve Hollande du culte de la personnalité et du jeu des manipulateurs de tout poil qui envahissent la cour. Et sans doute aussi qu’il se mette à oser. Ose, ose, Hollande.


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  • Markus Raetz

    Metamorphose II

    1991-1992

     

     

     

    Hier j'ai rencontré Bartleby, Bartleby d'Ivry-sur-Seine.

    Il était chez le marchand de journaux, recomptant son appoint, sans cesse et sans cesse, de peur de se tromper dans les centimes d'euros. Il avait l'air sérieux, murmurant les mots magiques du comptage, re, sa, baya, rito, cassu, en plaquant dans sa main les pièces cuivrées si précieuses, les retournant d'un air gourmand et les blanches si laides, les regardant d'un air dégoûté. Je découvris ses yeux clairs quand il les leva sur moi, les yeux d'un communiste révolutionnaire, sûr de ses utopies, radieux comme un lendemain qui chante.

    Il leva ses yeux sur moi et son regard s'illumina. Nous ne nous étions jamais rencontrés. Il murmura quelque chose, dans un demi-quart de sourire, aussitôt effacé, qui le fit se détourner bien vite, pour que je ne saisisse pas les balbutiements ; ceux-ci se perdirent dans le présentoir du Parisien, qui entendit la fin de la phrase. Moi j'entendis juste quelque chose comme "va s'marrier".

    Bartleby quitta précipitamment le magasin, en oubliant son journal et en laissant sa petite monnaie. J'appris qu'il était coutumier du fait, qu'il reviendrait bientôt chercher et l'un et l'autre, que c'était sa façon à lui de ne pas partir, de rester encore, de mourir aussi un peu. En fait, je le vis revenir, en sortant, on se croisa, puis comme moi j'avais aussi oublié quelque chose je revins, à ce moment il repartait. Bartleby sautilla en l'air, coïncidence, il murmurait, on va s'marier, on va s'marier, c'est exprès.

    Quand Bartleby fût parti, Gérald me raconta. Gérald c'est monmarchandd'journaux. On dit comme cela chez nous, va chez monmarchandd'journaux, car on se l'approprie celui qui nous pourvoit chaque jour en Libé, réservé, le mercredi en Canard déchaîné, de temps en temps en magazines, de toutes les sortes, nous sommes très friands de magazines.

    Gérald me raconta l'étrange histoire de Bartleby. Il avait un client qui vivait dans une HLM, on dit une, pas un, c'est une habitation à loyer modéré, donc je tiens à opposer la HLM, c'est mon droit, à ceux qui débitent par-ci, par-là du mon HLM viril et possessif.

    Donc un des clients de Gérald vivait sous l'appartement de Bartleby d'Ivry-sur-Seine. Et ce n'était pas une sinécure, de vivre dans une HLM sous l'appartement de Bartleby. Vous auriez vécu dans un Triplex, à double cloisons, laine de verre, plaque d'alu et insonorisation comprise, vous n'auriez pas eu les problèmes du client de Gérald. Mais voilà on était dans une HLM des années trente, quarante, cinquante, cela, l'histoire ne le dit pas, vous n'auriez pas supporté.

    Toutes les nuits, à l'heure du rossignol, Bartleby se mettait à vivre. Gymnastique de nuit, essai de pointage à la pétanque, cris de victoire et de lamentation quand le cochonnet se rapprochait ou se barrait. Bref, les nuits de Bartleby étaient plus belles que ses jours.

    Son voisin, nous l'appellerons Camille, c'est un nom qui va bien, pour sa gentillesse, sa quiétude, l'aspect camomille du personnage quoi, avait l'habitude de monter chez Bartleby et doucement, sans le paniquer, ni le secouer, lui dire, s'il te plaît, Bartleby, moins de bruit, ma donzelle ne parvient pas à s'endormir, arrête de taper avec ta boule sur le sol. Bartleby relevait alors la tête en disant, va s'marrier, va s'marrier. Bartleby passait son temps à dire va s'marrier, va s'marrier et Camille ne savait pas de qui il parlait, de lui ou de Camille avec sa donzelle. Pour le tranquilliser, Camille jouait parfois une demi-minute avec Bartleby en le laissant gagner, espérant ainsi le contenter et obtenir son adhésion à un projet d'endormissement somme toute assez raisonnable.

    Une fois Camille reparti, Bartleby reprenait de plus belle son raffût, cette petite mise en jambe l'ayant encouragé à intensifier son entraînement de sportir de haut niveau. Et la situation n'allait faire qu'empirer. Au fur et à mesure des années, Camille se sentit dépérir, il paraît qu'une mauvaise nuit suivie d'une journée de travail peu épanouissant, répétée comme cela pendant des années, est pernicieuse pour la santé. Les années passèrent, chaque soir, Camille montait, redescendait sans succès, rentrait chez lui l'âme en peine, et la donzelle rouspétait de plus en plus, criait, il en allait de son couple, de son ménage, de sa future famille, de son équilibre. Camille craignait le pire. Elle lui avait promis le mariage. Mais peut-être, oui peut-être, que finalement z'allaient finir par pas s'marrier.

    Un jour, il n'y tint plus. Il se décida enfin à prendre le taureau par les cornes, il allait être un homme, prendre les décisions qui s'imposent, bref faire que tout ça change, sinon. Il quitta précipitamment un matin l'appartement, s'engagea d'un pas résolu dans la cage d'escalier, et descendit chez le gardien pour affirmer son point de vue. Non ce n'était plus possible, il ne pouvait plus vivre là. Sa vie était un enfer, l'Office devait faire quelque chose.

    Il demanda son changement d'appartement, oh, juste un échange, il n'en pouvait plus. Il demanda à déménager trente années de vie dans l'immeuble, celle de ses parents, de ses frères et soeurs, puis la sienne, il demanda à échanger avec un autre appartement, ailleurs, même un plus petit, même un rien du tout, mais surtout, hein, un endroit où ne vivrait pas un Bartleby juste au-dessus, un endroit sans joueur de pétanque, sans sportif de haut niveau chargé de s'entraîner pour d'hypothétiques jeux d'été, d'hiver ou de printemps.

    L'Office fût compréhensif. On le changea d'appartement. Camille et sa donzelle purent enfin dormir. Mais comme dit Gérald, on ne se débarrasse pas de Bartleby comme ça. Depuis qu'il n'habitait plus sous l'appartement de Bartleby, Camille se posait des questions à son sujet. Que lui arrivait-il ? Comme se débrouillait-il sans son voisin du dessous. Cela le remuait tellement que régulièrement à l'heure où il aurait dû s'endormir, il s'habillait, sa donzelle se retournant d'un air excédé, et partait dans la nuit regarder la lumière à la fenêtre du deux-pièces de son ex-voisin. Il poussait la porte, montait les étages et sonnait à la porte de son ami.

    Pendant quelques minutes, il prenait des nouvelles, se laissait proposer un petit jeu, finissait par accepter, se baissait, empoignant les boules de pétanque et pointant, les lançait au plus près du cochonnet. Bartleby murmurait de plus en plus bas des choses que Camille comprenait de moins en moins. En descendant l'escalier, Camille pressait rapidement son oreille sur la porte de l'appartement d'en dessous, puis la conscience tranquille sortait de l'immeuble et rentrait chez lui.


    L'histoire ne dit pas si Camille continua à aller voir Bartleby. Mais il va bien, merci, je l'ai vu hier chez monmarchandd'journaux.


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