• Bouts de rien : Florence, trois quart dos

    The Writer

    What do you believe your eyes or my words

    Philippe Parreno

    Anywhere, Anywhere,

    Out of the World

    Palais de Tokyo

    crédit photo anthropia # blog

     

     

     

     

     

    Florence a toujours signifié pour moi la marche dans la ville, la splendeur du Musée des Offices, ces ballades sur les ponts, nous y déambulions des heures, faisant chaque jour la route depuis cette maison de Toscane au toit à quatre pans qu’on nous avait prêtée, une grande abandonnée, un château de famille, à peine meublé, aux murs brossés des couleurs élémentaires et, dans un cagibi, trois affiches, des splendeurs, à-plats de bleu, de rouge, de beige, elles représentaient une radio pour l’une, année cinquante, et deux autres sujets que j’ai oubliés, la première je m’en souviens je l’ai volée, ai fini par obtenir l’autorisation de mon larcin en en faisant la confession à notre hôte. Et quel hôte. Un sénateur communiste mais du communisme à gousset, à gilet, élégant, Georgio, gardons la confidentialité de son nom, rencontré à un colloque que mon institution organisait à Rome, nous avions sympathisé et il m’avait proposé d’échanger nos appartements, nous, notre coloc à trois de la rue Oberkampf, et lui, sa demeure patricienne, on gagnait au change, on se retrouvait  à deux le soir, amoureux, dans le jardin aux sculptures à contempler les ifs, notre voyage en Italie, si désolée de ne pouvoir le peindre avec ses perspectives, ce paysage florentin.

    Trois années à découvrir les belles au détour de missions où il m’invitait, la Sardaigne, toujours mon sénateur, et puis cet événement romain, où nous avions fait plus ample connaissance, -en tout bien tout honneur, le sénateur avait une de ces femmes sympathiques qu’on aime à première vue et à qui on ne voudrait jamais jouer un mauvais tour-, et souvenir à Rome d’une invitation du Maire dans la grande galerie du Palazzo Massimo, un gala, on mangeait à cinquante dans l’étage aux peintures, la poutargue face au Caravaggio, ou quelque chose comme ça, et comment ça changeait le goût des mets les couleurs sombres et carmin, les compositions viriles, un dialogue, j’ai mangé ce soir-là des siècles d’art, tenté de retrouver sur le net ces images lointaines, mais on n’en dit plus rien, ont-elles déménagé, ces œuvres, trouvé que ces images sur les mosaïques et les sculptures, et là aussi ça me parle. La déesse Minerve, Le boxeur du Quirinal, assis épuisé au sortir d’un match, K.O., presque bossu et le nez épaté, comme on dit, un gladiateur qui a perdu, visage crispé qui détourne la tête, fixant derrière lui un point d’incertitude, sa solitude, on l’a aimé pour ça, pas voulu se perdre dans le pugilat insensé du public qui se presse parce qu’un autre est devant,  et ces fresques de vert tendre du Porto di San Paolo, la barque comme d’un Dante avant que Delacroix, de la transmission des sèmes, vivifiants, les poissons, les dauphins, on voudrait les avoir nommés de céladon, mais la couleur en est réservée à la Chine, perte des repères, peintures murales et mosaïques polychromes, on se remémore ces scènes très vives de la Villa de la Farnesina, et puis les Nymphéas de la Villa di Livia, ces oiseaux bleus, ces pommiers tentateurs, l’univers de douceur qui réchauffe le cœur.

    Voilà cette Italie qui poursuit sa conversation, inconstante maîtresse me laissant de côté, elle à moi donnée comme un solo de liberté, s’offre, apporte ses présents, et puis s’efface en mémoire comme un glas qui sonne, de Venise ces années-là il n’y aura pas, juste l’art et le bain de jouvence du Latium, mais le lien est en moi, inarrachable.

     

     

     

     

     

     


     

     


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