• Bouts de rien : l'Amérique avec les pieds

    sous-sol du Palais de Tokyo

    crédit photo anthropia # blog

     

     

     

     

    Une équerre, un rapporteur, un compas dont mon voisin de table me menace, son jeu favori, -on le met à côté de moi pour qu’il s’assagisse, ça ne marche pas, il s’appelle Cadeau à l’allemande, ça n’en est pas un, ça me fait pas trop rire mais je fais avec, me suis rattrapée depuis, j'aime rire avec les gens quand c’est original et créatif-, un stylo quatre couleurs, une gomme, un porte-plume, on se sert dans les encriers des tables, plus tard un petit flacon d’encre bleue dans lequel je refais le niveau de mon plume à pompe, et ça le fait, tout ça dans ma trousse, aussi un taille crayon et un crayon à papier, bref à l’école primaire c’est blouse écossaise, pantalon interdit sauf l’hiver, on porte des fuseaux, accès direct à la piste de ski juste derrière, l’anglais ce sera en 4ème, mais pas d’Amérique à l’école.

    A cette époque, l’Amérique, c’est à la maison qu’on la trouve, dans les tablées familiales avec les cousins, et ça parle même quatre langues quand on est tous là. Pour la musique, on en écoute sur les cassettes des Californiens, mais c’est un peu leur chasse gardée, on écoute en douce. Ça doit quand-même nous remonter par les pieds, puis c'est mon frère aîné qui rapporte le grand Otis de son internat, avant que la guitare n’entre dans ma chambre, et Salut les Copains, tout ça fait bain.

    Mon Amérique, la mythique, c’est en première qu’elle est née, on crée le folk club au lycée avec Kus, prononcer Kuss, notre maître à tous de guitare (sèche, folk et électrique, j’aime bien le bottleneck en métal), banjo (souvenir du 5 cordes, aïe le pouce, c’est dur), guimbarde, et la clique des instruments rythmiques (tambourin, maracas, triangles, claves, etc.) qu’il sort d’une grande caisse en bois, et pour lui, le violon et les accordéons tous types en magasin sans oublier l'harmonica et le washboard bien sûr, cette vibration contre soi, notre prof réussit à faire acheter par le foyer où on répéte les collections compètes de disques de blue grass, de blues, du pur, de l’ancien, du rough, pas la country et on apprend par cœur les Woody Guthrie, la chante encore celle-là, Arlo, Pete Seeger, les vieux spirituals, il nous met des tables à disposition, on chante des heures, on rate l’heure des cours, mais on rentre la tête haute, Kus est pion et nous fait un mot.

    Première, Terminale, la musique des champs de coton, nous fait comprendre où les Cash puisent leur inspiration, l’anglais, on le prononce avec Dylan et Cohen, c’est la même famille, la nôtre, notre Amérique à nous. Et quand on se met à jouer en public, à partir dans le camion, lui au volant avec sa copine, et nous derrière, on fait le tour des petits villages du Haut-Doubs, du Lomont, on se présente à Vandoncourt, la commune libre, où on débarque et joue en marchant dans les rues, puis c'est l'événement musical à Belfort, on porte chapeau haut de forme noir, gilet, bandana et jeans, c’est magique, on s’y croit.

    Quand on se retourne, de ce qu'on apprend des copains, le seul qui ait fait sa vie dans la musique, le vrai musicos, c’est Kuss, dans le Groupe Machin, connu localement, longtemps tournant aux synthés avec Hubert-Félix Thiéfaine, on peut encore le voir dans des clubs à Paris ou dans les salles franc-comtoises, Gilles Kusméruck.

     



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