• Ceci n'est pas un dryas iulia

    crédit photo anthropia # blog

     

    Pris ce jour à la papillonneraie, un papillon rouge, il n'y en avait qu'un comme ça, de ce rouge et noir improbable, je l'avais remarqué au milieu des bleus, des oranges, des noirs à touches de piano et des petits gris à pois jaunes. J'ai mis du temps à l'attraper dans mon viseur, presqu'une heure, le temps que dura la visite dans la serre à papillons, je l'avais vu en arrivant, puis il avait disparu, que de patience pour circuler dans les allées jusqu'à ce que je repère sa planque, quelques fougères, dans l'endroit le plus humide, presqu'au ras du sol. Dans la moiteur, attendre.

    Il ressemblait tellement au dryas iulia que j'espérais que ce serait lui, j'en avais parlé dans "à c'conte-là", comme l'image impossible, que seul Google vous offre mais dont vous savez que jamais ne parviendra dans votre champ de vision, et là, à peine dix jours après, il apparaît comme par magie de la littérature, comme seuls les hasards littéraires vous offrent la réalité après le rêve d'écriture, ça n'arrive jamais ça, mais là ça m'arrivait. Pourtant mes recherches me le confirment, ceci n'est pas un dryas iulia. En fin de compte, je crois que je préfère celui-là, plus beau que celui qui trône dans la galerie des photos virtuelles, en vraie vie, il a cette violence de la couleur, l'élégance de ces taches organisées sur ses ailes, harmonieuses proportions du dessin, quelque chose d'une perfection.

    Et il en faut de l'immédiateté de présence, de ces trois minutes pour faire bonne impression, quand on vit dans cette étroite bande de temps que durent dix à quinze jours, ce temps -la durée de vie d'un papillon- où on se demande, si j'avais quinze jours à vivre en tout, est-ce que moi aussi j'aurais ce vol incessant, des ailes qui s'agitent dans tous les sens, ces couleurs flamboyantes, tout miser dans cet éclair. Jaillir.

    L'ai-je dit, la papilloneraie où j'ai capté l'amplitude éphémère appartient elle aussi à l'histoire littéraire, je l'ai découverte au long de l'itinéraire concocté par le guide : chez ce marquis d'Argenson qui complotait avec les philosophes pour préparer l'Encyclopédie, la seule, celle qui révèle à chaque intrusion des perles si fécondes, mais aussi chez un ami de Julien Gracq, qui se piquait de faire salon littéraire dans le siècle passé.

    J'étais sur mon poste à galènes ce jour, à écouter des voix et à voir l'irréel faire irruption.

     

     

     

     

     

     

     

     


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