• Chroniques Ivryennes - V - Le Pont Désolé

    Centre Jeanne Hachette (Yves Belorgey - 2004) - oil on canvas - 240x240 cm




    Logements de l'architecte Jean Renaudi à Ivry




     




    Depuis six mois, éviter la question du Pont à Ivry est chose impossible.

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    De qui parle-t-on ? Du héros de la ville, le Pont. Imaginez une avenue, l'avenue Gosnat, celle qui passe devant la Mairie et qui au moment où elle effleure le cinéma, se contorsionne pour entrer dans le pont le plus laid du monde, excuse-moi le Pont, le pont de bric et de broc, le pont rafistolé, le pont doublé de barrières, bref  Le Pont Désolé.

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    Ce Pont donc qui enjambe d'un pas de botte de sept lieues les sept voies ferrées de la SNCF en contrebas a fait l'objet d'un diagnostic. Il faut changer le pont. Comme on lange un petit, les doctes ingénieurs de l'équipement, les civils des compagnies consultées, le service spécialisé de la SNCF se sont penchés sur le patient et ont décidé de le réemmailloter.

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    Le Conseil Général triomphait. «Du 6 au 8 mai et en seulement 51 heures, le pont SNCF de l'avenue Georges-Gosnat d'Ivry-sur-Seine sera reconstruit et élargi, le tablier passant de 12 à 24 mètres.»

    <o:p> </o:p>La Mairie triomphait. «C'est la société Eiffage qui a réalisé le Viaduc de Millau qui sera chargée de construire le pont ».
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    Et lorsqu'en mai, on a déposé le pont, le vieux, pour mettre un nouveau tablier, un socle, une couverture, quand on a installé le nouveau pont, tout le monde espérait, entre musette et flonflon, osait penser que l'ère d'un urbanisme esthétique allait enfin telle une baguette magique toucher Ivry, Ivry-la-Brique, Ivry-la-Verrue de béton triste en plein centre ville, le Renaudi-vieilli, l'exercice de style daté, bref, qu'un miracle, qu'on l'appelle architecture contemporaine, design urbain ou "penser-la-ville", allait avoir lieu. On n'était pas si loin de la nouvelle passerelle Simone de Beauvoir, arc-en-ciel de légèreté s'élançant sur la Seine, j'allais dire sur la scène,  avec la vigueur du second sexe, vous savez près de cette belle Bibliothèque de France.

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    Le chantier n'est pas terminé. Mais je sais déjà qu'on a oublié quelqu'un dans le tour de table, ce qu'on appelle un architecte, un penseur, celui qui aurait pu dire au Réseau Ferré de France, à la SNCF, aux messieurs de l'équipement, à ceux des compagnies chargées des travaux, voilà comment nous allons faire. Unicité de la forme et des matériaux, grâce du design général, intégration dans la forme des contraintes de sécurité, des multiples modalités de l'ouvrage, bref un ouvrage d'art.

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    Quelqu'un n'était pas là pour diriger tout cela et le résultat est là. Les barrières, les matériaux, les formes, on trouve tout à Ivry-le-Pont. Ici les barreaux métalliques sont verticaux, là ils sont horizontaux, ici le garde-corps est en bois, là c'est du béton, ici la hauteur fait un mètre, là à trois mètres, on double d'un balustre en grillage. Chacun y est allé de sa proposition, on a fait les fonds de stocks, un pont d'ingénieur, un pont de métalliers, un pont de bétonneurs, le tout-en-un, pour faire plaisir à tout le monde, un pont partageux, avec la manne de l'Etat, du Conseil Régional, du Conseil Général. La seule chose qui change, c'est que c'est neuf, mais un neuf poussif, un neuf approximatif, un neuf de recyclage. La seule chose visée était l'exploit, tout changer en cinquante-et-un jours. Mais à quoi cela sert, puisque le chantier durera un an.

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    N'est pas Viaduc de Millau qui veut. Pont Désolé il était, Pont Désolé il restera.




     


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