• Coupage de cheveux en 4X4 ?

    Grid 4x4

     

    Une vidéo passe en boucle sur internet. Elle a été réalisée par Jérémy Sahel, journaliste et blogueur de son état sur une réunion de citoyens au statut, quelque peu hybride, de conférence autour de M. Stephanovitch, auteur d'un livre sur Delanoë, organisée dans une librairie par un candidat aux Municipales, M. Cavada.

     

    Qu'en penser ? L'auteur tente une critique de Delanoé, qui passe par la mise en examen des augmentations de subventions aux associations d'homosexuels (on l'a peu relevé), et qui s'étale sur les associations juives, notamment des anciens des camps de concentration, dont on dit qu'elles touchent des subventions indues. S'en suit un débat surréaliste sur la représentativité des associations, sont-elles composées d'anciens des camps, il y en a de moins en moins, combien sont-ils ?, ont-ils la même activité, pourquoi octroie-t-on des subventions différentes selon que c'est une association de déportés de Dachau ou de Buchenvald ?

     

    Bref, un débat qu'on aurait pu avoir sur n'importe quelle association, oui mais voilà, ici on parle des Juifs. Pour intervenir dans des collectivités locales, je peux vous dire que c'est un serpent du Loch Ness, cette affaire-là. Des collectivités écrivent des rapports, des référentiels, des critérologies, des tonnes de littérature, juste pour clarifier la politique de subvention des élus. Combien donner à qui ? C'est un débat vieux comme le népostisme. Entre 'faut-il donner au sportifs et quid des sportifs de haut niveau', et 'combien donner à une association, qui ne représente qu'elle-même, mais qui joue une réelle influence dans le paysage public', en passant par 'faut-il aider une association qui n'est pas sur le territoire, mais dont l'action est utile', le choix n'est pas facile et on finit généralement par y répondre électoralement, il faut bien le reconnaître, à gauche comme à droite.

     

    Si le débat associatif ne me choque pas en période pré-municipale, le fait qu'on le fasse porter sur des associations d'anciens déportés, dont le conférencier se demande quelle est leur légitimité (faut-il payer la subvention selon le nombre de déportés encore présents, l'aura de leur action, etc), est déjà glauque d'après moi.

     

    Et on continue jusqu'à ce micro-dérapage, que je vous invite à visionner, où notre auteur, poussé dans ses retranchements, très inconscients sûrement, introduit l'idée que le financement des écoles confessionnelles loubavitch est critiquable, parce qu'elles ne sont pas oecuméniques, réservées aux membres (ce n'est pas dit comme ça, mais c'est cela que cela veut dire) et on finit sur l'idée que les 4x4 (sous-entendu "tous les Juifs sont riches" bloquent les rues et provoquent des embouteillages devant les sus-dites écoles). "Ils nous bloquent tout et polluent". Et là cela devient carrément nauséabond.

     

    La seule question qui reste : ce débat est-il passible d'une accusation d'antisémitisme ? Et le fait que des gens donnent la réplique rend-il plus supportable qu'on débatte ce sujet à la loupe ? Qu'on ne s'y méprenne pas, le débat sur les critères de subventionnement a lieu d'être, mais pourquoi faut-il qu'il porte sur ce thème-là, justement ? N'importe quelle association a sa raison d'être, représente des intérêts particuliers. Et s'il s'agit de défendre la laïcité contre le financement des religions, on peut rappeler que la séparation de l'église et de l'Etat n'est pas l'éradication de la religion : elle permet que les citoyens puissent vivre avec leurs convictions. Je ne vois pas la différence entre subventionner une école de sportifs et aider une école privée confessionnelle sous contrat, qu'elle soit loubavitch ou pas, pour peu qu'elle respecte sa convention avec la collectivité. (Et franchement pour qui me connaît, ce n'est pas ma cup of tea).

     

    Mais évidemment, il s'agit là d'une mise en cause à deux temps, l'auteur incrimine in fine le fameux "vote juif". Et c'est aussi là que l'antisémitisme, traitant "tous les Juifs comme un seul vote", est latent, sinon patent. Pour un élu, toute personne qu'il soutient est un vote potentiel, on ne parle pourtant pas du vote des sportifs, comme on parle de celui de cette confession. Parce qu'on leur reconnaît une capacité de s'émanciper dans leur vote, ce qu'on refuse aux autres, accusés de tous voter dans le même sac.

     

    Enfin, et ce n'est pas la moindre des questions que pose cette vidéo, Monsieur Cavada a-t-il eu raison de se taire, de ne pas recadrer le débat, pour éviter le risque de dérapage. Ne doit-on pas, quand on est un homme politique responsable, intervenir. Quand en plus, ce débat était parfaitement possible sur d'autres types d'association, on se demande quelle intention maline a incité Monsieur Cavada à laisser dire.

     

    Dernière minute

    L'auteur de ce faux-pas, sur le site d'@si, reconnaît volontiers qu'il est allé trop loin, mais dit dans la même phrase que, la prochaine fois, il ne laissera pas une caméra entrer (pour être plus libre de dire ce qu'il pense ?).

     

     

     

     

     


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