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Elise Florenty
Tch, Tch, Tchara (le charme qui pétrifie)
Mur La Planck de Keren Detton
Galerie Air de Paris, rue Louise Weiss (Paris XIII)
Exposition jusqu'au 8 novembre 2008
J'ai déjà parlé ici du Mur La Planck, initié par Keren Detton
à la Galerie Air de Paris et plus récemment à la Galerie Léo Scheer.
Un mur, dans un coin dérobé de ces deux galeries,
où Keren Detton découvre des pionniers,
des talents qui cherchent aux confins de l'art
en accord avec la définition du mur de Planck,
"donnée scientifique
au-delà de laquelle se heurte la connaissance humaine
car le temps et l'espace n'y seraient plus quantifiables
puisque complètement discontinus".
Elise Florenty exposée actuellement "propose une tapisserie
déclinant "l'alphabet sidéral" de Khlebnikov, le poète russe,
censé être universel, et qui, ..., tend à une appréhension
du monde "en deçà de l'entendement".
"À partir de ce procédé de transcription graphique,
Elise Florenty accumule objets et images autour de la lettre 'Tch'
inconnue en dehors des langues slaves.
Selon Khlebnikov tous les mots russes commençant par 'Tch'
comme 'crâne [Tcherep], bas de femme [Tchoulok],
soulier [Tchereviki], tasse [Tchatcha]'
ont majoritairement le sens de 'l'enveloppe'
ou 'le corps de l'un dans l'enveloppe de l'autre'.
Sa représentation graphique est une forme évidée
dans laquelle vient se loger
une forme fluide parfaitement adéquate.
Curieuse métaphore du langage
selon laquelle on pourrait considérer le signifiant
comme enveloppe du signifié.
De même, la lettre 'Tch' résume le mot 'charme' [Tchara],
qui 'telle une enveloppe magique,
paralyse la volonté de la personne charmée'.
L'idée même de cet alphabet semble condensée dans cette lettre.
Prenant à rebours le système de Khlebnikov,
Elise Florenty revient aux objets
d'où s'enracine l'élaboration de cet alphabet
et s'intéresse aux paradoxes
et inconnues de cette fabrique de signes
qui convoque à la fois la métaphore et la métonymie.
Aller-retour entre mots et choses,
mises en tension entre vide et plein,
explosion et enfermement, fluidité et paralysie,
le sens même "saisi" n'en finit pas de se dérober."
Voilà. Des années à lire Saussure, Benveniste,
à penser que tout est réglé,
à décoller le signifié du signifiant,
à penser la chose sans le mot,
ou plutôt à comprendre l'arbitraire du mot pour la chose,
et Elise Florenty revient à cette vision magique du mot,
le mma indo-européen pour dire maman, mamelle, mutter, mumm.
La pensée structurée en langage,
mais pourquoi diable Tch en russe,
et pas en français.
Quelle nécessité puisque rien d'universel, là.
Chaque langue représentant une cosmogonie,
avec ses princeps, ses sons, son habillage,
un concept total dans son éco-système.
Non comme l'élucubration
de ces créateurs de pays imaginaires
(voir ci-contre "make your own state"),
qui inventent une cuisine, une langue, une constitution,
mais comme le fruit d'une civilisation émergée déjà toute construite,
un langage structuré comme la pensée d'une société,
elle-même structurée comme un langage.
Mais alors quid de l'origine ?
Elise Florenty pose aussi sans la résoudre
la question du créateur,
à défaut d'un Dieu polyglotte,
un poète et ses intuitions.
Publié par Anthropia à 12:23:44 dans Art contemporain | Commentaires (0) | Permaliens
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