• De Lotus Seven de Christine Jeanney et de quelques jours bis

    Crédit photo anthropia # blog

     

    Mercredi

    Voyage. J’aime rouler. Souvenir de Beauvoir dans son auto, la liberté dans sa 2CV.

    Un petit rituel, la route pour s’éprouver.

    A peine arrivée, le mobile sonne, mauvaise nouvelle à Paris, le fils d’une amie. Voilà. Mon cœur en vrille comme chaque fois que lui.

     

    Mercredi bis

    Si la vérité n’a plus de sens. Pourquoi conserver le mot ? Pour son pluriel.

     

    Jeudi

    Lu Lotus Seven de Christine Jeanney, un dispositif selon contrainte, écrire comment/quoi, elle, regardant la série The Prisoner, avec son père, en 1968, elle, six ans au début du roman, puis le temps passe « tous les âges à la fois, mais pas tous perceptibles en même temps ». Un feuilletage de temps du récit en quelque sorte « fractalisé »;

    Sept séquences de la vie de Bruce Chapman, le héros de la série Le Prisonnier, avec Lotus Seven, l’auto, « basse et fuselée », -mais quoi est vraiment quoi dans ce roman ?-, et la boule blanche, jusqu’à la partie d’échec et le dénouement. 

    On a tous vu cette série et sans doute aussi ces épisodes-là, et pourtant on les revisite dans la vigilance, sachant qu’il n’y aucune chance pour que l'auteure nous en révèle autre chose que ces minuscules instants ayant marqué son attention, soit sur l’écran, soit autour d’elle, l’image/le son du téléviseur agissant comme un marqueur. Tout ça dans un écrit utilisant « un mot par seconde, soit 60 mots par minute, soit 48 minutes par épisode ».

    Tressage, la vraie vie se glisse par mégarde dans les plis du feuilleton, et le fil narratif nous emmène peu à peu vers un événement un peu plus important que les autres,  légèrement dit. J’aime la manière dont Christine Jeanney sait introduire l’autofiction, sans faire d’autofiction, des Je mais si peu au je, plutôt des moi, des on? dans ce récit.

    Pour être sûr de ne rien perdre de l’os à moelle, on s’accroche à chaque mot de cette histoire recomposée de N°6, de son vrai nom Patrice Mc Goohan (co-créateur de la série et qui a donné le programme retenu par l’auteure, les titres des épisodes essentiels selon lui), sur fond de vie près de Lusine, l’entreprise de « chariots transbordeurs et monte-charges, compresseurs, machines de raval, tout ce vocabulaire du noir », près des mines. Jusqu’au jeu des correspondances entre les deux narratifs, « ça n’était pas prévu vraiment toutes ces correspondances ».

    Pour entendre la voix de C. Jeanney : « De l'extérieur on pourrait croire que c'est se retourner sur soi mais c'est autre chose, une part aiguisée, électrique qui vrille l'espace, impose son temps gelé, se moque bien de cohérence, se montre tel qu'il est, simultané, toujours ». «Mais chez moi, on ne me raconte pas les histoires, pour ça je me débrouille. ». Ce que fait Christine Jeanney, « le verse dans autre chose, .. ce que l’on porte doit venir se poser et prendre la parole, se lève pendant que nous parlons ». Cette sensation que nous échappe cet autre chose, qu'il faudrait se replonger dans le vertige de l'île juste pour reprendre le cheminement des mots. Pas sûre qu'elle se laissera faire.

     

    Jeudi bis

    Pense au Secret du Lotus bleu. Pense que c’est d’Hergé, dans la série des Tintin. Jamais lu.

    Ne suis même pas sûre que c'est le titre.

    Et me comprendre là, dans ce café où j’entre par hasard, moi qui fuyais la chaleur de la foule.  

     

    Vendredi

    Du Vermont, mon souvenir n’est que de passage, dans un Greyhound bus, nous montons au Canada, on dit comme ça, monter, quand nos corps au fond de l’autobus, -je voyais le chauffeur là-haut au-dessus de ma tête dans le miroir concave ou convexe, je ne sais jamais-, on avait envahi la banquette arrière, les heures, nos corps allongés, écrasés de fatigue, nos corps repliés sur les guitares, nos corps penchés sur les paroles des chansons qu’on écrivait, voyager en chanson, c’était notre but, on écrivait le voyage comme ça, et aujourd’hui, il est ragaillardi du nom des villes qui s’égrènent toujours dans la tête, New York à Montreal, ça fait musical, cette affaire, si on les chante bouts à bouts, des bribes d’anecdotes, et avec l’émotion de la musique revient l’émoi des souvenirs sauvés, on reconstitue le voyage, le tour initiatique US, et un peu plus haut, de McGill College à Magog dans la grande propriété des Penfield au bord du lac.

     

    Vendredi bis

    Il faudrait faire mon coming out, enfin celui du grand-père, il chantait des yodels, en Suisse, voilà, c’est dit, il était chanteur. Notre rire sous cape, mes frères et moi, quand nous l’entendions chanter. Ravalé.

     

     

     



    Tags Tags : ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :