• Débris de semaine : de Châteaudun à la Péninsule de Kenaï

     

     

     

     

    Lundi

    Vu cette ville, à rue sombre de philosophe, à centre-ville esseulé, boutiques en fin de course, guichet-nourriture d’hôtel à soirées TV de retransmission de match de ligue, la non-vie. Mais les gens vivants, tous autour de la table, ils parlent, ils racontent, le monsieur schizophrène, la femme myopathie de Duchenne. Et cette fille qui porte le nom, qui ne veut pas en parler, et quand les autres sont partis, elle dit, c’est juif comme nom. Et on se regarde le doigt krumm pareil, et on se sourit.

    Vu Illiers-Combray, c’était si près, pas pu résister, la maison de tante Léonie, et, le soir, la photo de l’église dans le noir.

    Finir sur un bateau sur l’eau, souvenir de ces flaques de marais mirant le coucher de soleil sur la route de campagne. Proust les a vues sans doute.

     

    Mardi

    Revu mon texte Sistème, un tricot sans cesse à reprendre, comme s’il fallait épuiser le si en soi.

     

    Mercredi

    Bu un café avec les voisins. C’était poésie, comme ça en début d’après-midi. Alain a sorti son Seghers, lu du Mallarmé. Et Lucie, de mémoire, s’est souvenue de l’albatros. Elle dit qu’elle en récitait à ses collègues de bureau en arrivant le matin, qu’ils râlaient quand elle leur annonçait qu’elle allait dire, puis qu’ils se taisaient et écoutaient. Jolie scène.

    Tous ces déclinistes en campagne, se lâchent à longueur de chroniques et de livres. J’en ai connus beaucoup des comme-ça qui conspuent les Français, des veaux. Leur déclinisme est en miroir de la pauvreté des autres, comme un gant de culpabilité retourné. Et ils ne s’en rendent même pas compte.

     

    Jeudi

    Je regarde les flots de notes amassées depuis des semaines et hier je pose des bribes de phrases, comme un chemin balisé, qu’il faudra emprunter. L’intuition que deux textes se cachent dans le panier, et qu’il va falloir cadrer avant de démarrer. Manque encore le déclic aussi. L’adresse. Mais je sens, dans les interstices, je sens la douceur des jours.

     

    Vendredi

    Depuis hier, ils m’enquiquinent les clients à rendre en retard. Besoin d’un sas pour entamer mes phrases. Et tant que je les ai attendus, je n’étais pas tranquille. Maintenant, ça va aller mieux. Audit, c’est terminé.

     


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