• Débris de semaines : bones

    crédit photo anthropia # blog

     

     

    Os, désossage et ossification

     

    Dimanche

    Suis allée voir si Mina était revenue. Le trottoir devant le magasin est désespérément vide. Demandé au vigile devant le magasin s’il l’avait vu, même constatation que moi, partie depuis à peu près un mois.

    Vis des temps compliqués, sur le réseau Twitter. Marre. Il faudrait que je me fasse troller et que j’accepte sans moufter les agressions sans réagir. Fatigue. Suis plutôt paisible d’ordinaire, sais faire la part des choses entre quelqu’un qui se moque gentiment ou qui apporte un regard critique fort et quelqu’un de néfaste. Et si trouve que quelque chose n’est pas à mon goût, en général, je m’abstiens de critiquer, sauf quand on s’acharne un peu trop, ça peut mettre du temps, mais là, je réagis.

    Balade le long du canal ; entrée désormais par le petit passage découvert tout récemment, et c’est très pratique, à deux pas de chez moi. Splendeur de cet urbanisme.

     

    Lundi

    Problèmes administratifs à régler, sentiment d’une désertification des services publics du 93, aucune réaction par mail à mes messages, pas de possibilité de téléphoner, durant dix jours, la boîte vocale est saturée, les horaires d’ouverture indiqués sur internet ne correspondent pas à la réalité, fermé le jeudi, puis fermé le vendredi, et débrouille-toi, avec ascenseur en panne, de surcroît les quatre étages à pied pour découvrir que c’est fermé, et on n’est pas en août.

    La presse devrait mener l’enquête sur un comparatif du nombre de fonctionnaires présents par type de services, on verrait que le service public n’est absolument plus rendu, vers qui vont nos impôts.

    Une de mes voisines me confie que dans son service, ils étaient soixante-dix, ils ne sont plus que trente pour un nombre accru de dossiers. Et la réponse qui fuse bien sûr c’est, mais c’est informatisé. Et bien non, énormément de dossiers au back-office des administrations sont toujours traités manuellement, on double le circuit, ce qu’on appelle dans le jargon consultant, « ossifier les procédures », on a un traitement papier/un traitement informatique et tout ça mal organisé, ne prenant pas en compte les possibilités de raccourcis grâce à l’informatique, et tout ça avec moins de personnel, on fait comment. Le problème des chefs de service, c’est qu’ils ne sont pas choisis pour leur capacité ou créativité à mieux organiser, mais pour leur soumission, reproduisant le plus fidèlement possible l’ancien ordre, avec plus les moyens qui vont avec, et de surcroît des obligations de reporting permanentes, qui ne servent qu’à constater la pénurie et l’échec du service. Ça ne peut pas marcher comme ça.

    On devrait publier en ligne une cartographie des enveloppes budgétaires, le réalisé par poste. On aurait sans doute des surprises. Un service public aux abonnés absents durant dix jours, avec queue de plusieurs heures aux moments d’ouverture, en quoi est-il public ? L’accessibilité des services devrait être le point de départ d’une administration, pas son angle mort. Le sentiment que la compétence n’est pas non plus au rendez-vous, n’en jette pas la pierre aux agents, mais à leur direction qui n’organise pas la formation continue. Mais comment envoyer des gens en formation, quand on n’a déjà pas suffisamment d’agents aux guichets.

    Vu un type sur le trottoir expliquant à un vigile chargé de garder les grilles, ça oui, pour garder les grilles, on a vidéo et vigiles, mais pour les gens, plus personne, et ce type expliquait qu’il était venu trois fois, et qu’à chaque fois la personne non seulement ne savait pas répondre à son problème technique, mais en savait moins que lui sur la réglementation.

    Balade le long du canal de Saint-Denis à la recherche de signes humbles, de pépites du temps sur le chemin de halage, ai découvert la richesse des bords du canal, pris des photos avec l’IPhone en attendant mieux.

    Nouveau projet mis en ligne sur mon site.

    Ai pris un peu de recul.

     

    Mardi

    Découvert le film de Chris Marker et Pierre Lhomme, un chef d’œuvre, Le Joli Mai, une immersion profonde dans le Paris et faubourgs de 1962, des entretiens avec des gens de la rue, mais le contraire d’un micro-trottoir, une enquête longue où on découvre le vécu, le ressenti, l’opinion des personnes rencontrées, un commerçant, un barman, le mythe de la télévision quand on n’en a pas, des jeunes travaillant à la bourse, leur projets, leurs rêves, puis s’interposant un courtier, on s’enfonce dans les quartiers de la lèpre, une femme qui arrose son unique jardinière un mètre plus bas que sa fenêtre, une femme et ses neuf enfants vivant dans une pièce, taudis, puis déménageant dans une HLM, cette phrase inoubliable, elle disant à ses quatre filles entrant dans leur future chambre, t’es contente d’avoir une chambre à toi toute seule, on dit tout d’une réalité psychique par cette phrase, la difficulté d’individuation, dire je à quatre, une bourgeoise, des syndicalistes, des hommes qui s’expriment sur le pouvoir en place, un couple, militaire et sa fiancée, etc., etc, puis le rappel de statistiques un ménage sur dix sans eau courante à Paris, un ménage sur sept sans électricité, et la pollution parisienne, ce brouillard, et le vaste boxon des rues et boulevards envahis de voitures dans un mouvement brownien infernal, puis la passion des Parisiens pour la science, l’espace, les satellites, la rencontre d’un inventeur, l’impression d’y être, de voir l’écart entre cette société-là et la nôtre, le sentiment qu’on est dans un luxe incroyable aujourd’hui et qu’on l’a oublié,  et sur le mot fin, la compréhension qu’on a perdu un savoir-faire, que jamais n’ai vu œuvre plus vraie et complète, un travail de sociologie par le regard et par les voix, une radiographie de la France à travers sa capitale, et il leur faut deux heures vingt-six minutes, à Marker et à Lhomme et aux trois enquêteurs pour épuiser la balade, chaque partie apportant sa valeur ajoutée et ce jusqu’au bout, jamais de sentiment de répétition ou d’inutilité. (2 DVD, ARTE EDITIONS).

    Et me suis reposée.

     

     


     

     



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