• Dector & Dupuy

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  • Ile déserte dans océan pacifique

    (un îlot, un arbre fait une île,

    l'océan pacifique de cette ville communiste)

    Dector & Dupuy

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  • Affichage libre, pas si libre que ça

    Dector & Dupuy

    Hospitalités par Tram

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    J’ai déjà parlé ici d’une œuvre d’un artiste américain, Return to sender. Ça se passe au Kansas, un artiste prélève dans chaque poubelle d’une très cossue résidence un objet qu’il numérote. Il rentre ensuite à son atelier pour peindre en blanc les objets collectés. Quelques jours plus tard, il vient les déposer sur la pelouse du propriétaire auquel appartient le prélèvement, et y joint un petit enregistreur, qui diffuse un message : Return to sender.

    Est-ce le son ou l’incongruité de cet objet dans leur jardin ?, les résidents s’alarment, si bien que, quand l’artiste repose le dernier objet de sa collecte, il se voit bientôt entouré d’une armada d’hélicoptères et de voitures de police, le sommant de se rendre. D’après mon amie qui m’a raconté l’histoire, il fit de la prison et fut jugé coupable.

    D’une œuvre furtive, le ram-dam policier et le tohu-bohu médiatique firent un happening. Difficile d’être artiste hors les murs dans la cité.

    Comment définir cet art furtif ou éphémère qui s’inscrit dans une certaine gratuité, pour la beauté du geste, sans nécessaire besoin d’une trace autre que la parole d’un spectateur qui transmet l’émotion, le dispositif de l’artiste, à un ami, une onde circulatoire.

    Dans ce cadre, j’aimerais parler de Dector & Dupuy qui m’ont fait braver le RER C et la grande banlieue hier, pour un itinéraire organisé par Tram, le réseau d’art contemporain d’Ile-de-France, à l’occasion d’Hospitalités, pour vivre à nouveau un de ces parcours dont ils ont le secret. Il s’agit de voir l’infra-ordinaire, les petites marques du temps, l'empreinte des hommes, saisie des intentions, transformation en « ready-made » des faits de ville repérés par nos deux artistes. Dans la grammaire urbaine de Dector & Dupuy sont nées des catégories, le coincé, l’effacé, la poussière, j’y ajouterais la signature, le marketing urbain, certaines perspectives, dans une loufoquerie du nonsense aussi, source de leur humour.

    Hier, j’ai découvert à la gare RER Invalides un amas de poussière sur la droite d’une embrasure de  fenêtre, phénomène associé par Michel Dupuy à un effet du vent violent qui souffle dans ce passage, mais aussi à la négligence d’une entreprise, qui ne fait qu’imparfaitement son travail de nettoyage, dans la rue même de l’inventeur du manche à balai. Ou cet objet, un petit sac de plastique compact, solidifié par un patient pliage, un objet "coincé" derrière une colonne descendante collée au mur, une confection qu’on a le temps de parfaire en attendant le bus pour Roissy.  Ou ce gobelet transparent, placé par pliage du plastique sous un piquet de balustrade, qui se remplit d’eau de pluie et que Dector  nous fait admirer en se demandant comment se pourrait sortir le verre sans en vider l’eau. Ou ces graffitis faisant gravure sur les trois lambris d’une boutique qu’il va restaurer d’un coup d’éponge pour révéler la force de ce triptyque de rue. Une ficelle nouée sur une barrière à un carrefour. La lunette d’optique créée par la perspective à l’orée d’un sous-bois, qui nous donne à voir l’image floue des autos qui passent au loin ou la contemplation d’un point-de-vue sur Versailles, depuis le banc installé dans le bois, qui a été incendié dans on ne sait quelles circonstances et qui, devenu un siège affaissé, offre la première possibilité de contempler un paysage de travers.

    Pensons aussi à cet espace en gare de Versailles, où des plots de ciment ont été posés pour isoler un espace carrelé dont l’usage est indécidable, ou ces plaques de bétons ornées de cailloux de rivière qu’on a restaurées par du ciment piqué de cailloux en réparation artisanale qui fait de son mieux.

    Que restera-t-il de ce parcours, des paroles, un long moment, neuf heures de marche, entrecoupées d’expositions, la visite de l’espace Micro-Ondes à Vélizy avec les pièces de Vincent Mauger, Des abscisses désordonnées, ou celui de la Maréchalerie à Versailles avec la sculpture plan en volume de Jennifer Gaubet, La mécanique des interstices, dans un espace à l’architecture intrigante.

    Et pour finir sur l’art furtif, j’aimerais évoquer la table en extérieur qui nous a rassemblés autour de l’artiste, Elodie Brémaud, présentant son travail en résidence à Malakoff. Ça pourrait s’appeler La jardinière, puisqu’Elodie a décidé d’entretenir les parterres collectifs de la ville, elle y arrache chaque jour les mauvaises herbes, passe la binette et enregistre les paroles des passants qui lui demandent ce qu’elle fait là, elle ne porte pas la combi fluo du personnel des parcs et jardins de la ville. Elle y travaille dans un acte gratuit, a même décroché le droit d’entretenir les espaces collectifs d’un jardin partagé, ce qui a tellement étonné les membres de l’association qu’elle croisait chaque jour à 9h15, qu’ils lui ont donné par reconnaissance du mérite un espace individuel, sans qu’elle n’ait rien demandé. Sur la table, des bracelets de tissu sur lesquels sont tissés des mots, territoire propre, répartition des envies, territoires communaux, des mots qu’on prononce et qui déclenche la lecture d’un petit carnet contenant toutes ces phrases et anecdotes vécues par elle depuis qu’elle s’est installée dans la ville. Elodie Brémaud présente son art comme une œuvre qui ne dit pas son nom. Elle a ainsi fait trente-trois fois le tour de l’île d’Yeu sans procéder différemment.

    A l’entrée de la Maison des Arts de Malakoff, elle a installé un tableau décrivant son emploi du temps, sur petits tickets plastifiés accrochés à des clous, qui lui sert aussi de pointeuse, ses journées et ses semaines se passant à l’identique, soutien musculaire le matin, entretien des parterres ensuite, piscine, etc., l’acte généreux est aussi acte égotique, s’occuper de son corps et s’occuper du corps de la ville, donc, sans que le questionnement des passants, mais que faites-vous là ? Avez-vous une autorisation ? Eh, la belle jardinière, viens boire un pot, Mais tu vois bien qu’elle fait ça pour son plaisir, etc. n’aille plus loin que l’étonnement et devant la gratuité de la proposition, le bravo et le remerciement. Pour autant personne n’est venu l’interroger quand elle répétait les mêmes actes de plaisir sous la pluie.

    Jamais le statut d’artiste n’est détecté, comme s’il était un point aveugle. A l'idée de suites à donner à son travail, Elodie Brémaud entrevoit la possibilité d’un livre des paroles entendues, on pense à un site internet (le modèle des Surgissantes nous revenant en mémoire), -mais sans certitude puisque l’acte lui-même sortirait ces actions de ce qui fait leur particularité-, et nous tous, autour de la table, sommes certains que l’œuvre se finit ici, dans cette instance de conte que nous écoutons, et dans la probable répétition par les spectateurs à d'autres de ce qui s’est joué là dans ces six mois passés à Malakoff, à l’insu des habitants.

    La question de l’art furtif donc gagnant ses lettres de noblesse dans sa disparition même. Un des Michel me raconta d’ailleurs en partant comment il avait noué des jours durant des pousses d’arbuste dépassant d’une barrière, pour éviter qu’elles subissent le sort d’un élagage en règle, mais, qu'après avoir constaté que des petites surfaces carrées en révélaient le tressage, il avait fini par admettre que son acte n’était en définitive pas si furtif que ça.

    Nonsense et gratuité, une liberté suprême de l’art dans l’humilité de son côté éphémère ou de son effacement, acte politique s’il en fut, et position ambigüe de l’artiste dans cet aller-retour, qui fait fondu au blanc.

     

     

     


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