• Deux lectures aux Toboggans poétiques pour ce soir (1)

    crédit photo anthropia # blog

    Les Tobbogans poétiques

    Cabaret de poésie

    La Fabrique

    70 rue Jean-Pierre Timbaud

    75011 PARIS

    à 20h

     

    Marbre


    Elle resta de marbre, absence d’émotion, de marbre en effet, le prix du matériau précieux rajoute à l’absence de pleurs, à Carrare ça ne pleure pas, Messieurs Dames.

    Réflexe d’Italie, une patricienne, le pathos est pour le peuple, pas pour elle. On lui voit le visage impavide, même le corps, tout le corps immobile, une femme de pierre.

    Une femme de pierre ? Ça ne se dit pas, on a toujours dit l’homme de pierre, au paléolithique et toutes ces années, l’a conçu lui-même son tomawak, ficelé le silex sur le bâton, et donc allumait le feu sous la soupe qu’elle préparait pour son barbu, la Pierrette. Dans ces âges, l’avait pas intérêt à la jouer froide, quoique, de toutes façons, frigide ou pas, l’homo habilis prenait son dû, il la chassait, elle se faisait cueillir.

    Toujours cette propension des hommes à les vouloir passives.

    Tel Pygmalion quand il a sculpté sa donzelle en ivoire, une dame blanche, mais quand-même jugée trop immobile, alors, il a supplié Vénus de lui en faire rencontrer une toute pareille, enfin pas tout à fait, une aussi belle, mais s’il vous plaît une tiède, une vivante, une qui rendrait les baisers, un distributeur automatique de caresses.

    De sa bouche animer les lèvres et sans doute ajouter quelques mots aussi. Tendres, de préférence, pas de paroles acides. Une poupée gonflable déjà, une Annie qui aime les sucettes, les… enfin vous voyez.

    Et la déesse, la traîtresse, la lui a faite, coup de baguette magique.

    Baguette.

    Oui, à la baguette, tu montes, tu descends, tu râles, et tu te tais.

    De l’homme des cavernes aux hommes des mythes,

    toujours question du tomawak.

    Tom a quoi ? Elle resta de marbre.

    A l’ère moderne, signe de maîtrise.

    Nous ne nous donnons qu’à ceux que nous voulons.

    Le marbre est veiné, la grandeur des femmes, nous sommes toutes des déesses.

    Sauf Vénus. Celle-là, toujours possible pour un nom de pressing ou d’institut de beauté, l’a perdu la cote, un prénom galvaudé, éventuellement valable pour une championne de tennis, enfin pas plus.

    Mais à quoi sert d’être une déesse, si nous faisons statue comme on fait tapisserie, les voyant danser sur le floor, rester sur le carreau.

    Elle, à l’embouchure de l’Hudson River, ou devant le pont de Grenelle, encore un rêve de Pygmalion, par Bartholdi cette fois. La liberté illuminant le monde, sois belle et éclaire.  Nenni, je la préfère quand elle entame un savant déhanché sur un air d’Oum Kalthoum, une danse du ventre, ça chauffe, car celle-ci est en cuivre, réalisée selon la technique du repoussé.

    Alors elle va danser, la Liberty, repousse à gauche, repousse à droite, et ce petit bidon qui va se coller à celui qu’elle choisit. La liberté allume son monde, de quoi la renommer.

    Renommée. Ce soir chez les poètes, elle ne resta pas de marbre, je la vis la statue plantée dans le décor, pleurer et glisser sur un toboggan poétique, ce soir les objets avaient une âme, dans les plantes vertes ils s’animèrent.

    Quand les « n’importe qui » exportèrent leurs rires aux passantes, les cyclistes pédalant entre l’ici et le là-bas, un « Je » refusa d’être pièce dans le puzzle sociétal, le facteur cheval avait encore joué, il s'agissait de faire ex/ister le verbe en vers et loin là-bas.

    A ce prix, un « écrire » se retrouva coincé dans un lire pour son plus grand bonheur, la contrebasse mettant le tempo dans les allées d’oralités, comme on met le tisonnier pour ranimer le feu.

    La poésie, Messieurs-Dames, la poésie, quand elle échappe et qu’elle se veut sonore.

     

     

     

     



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