• Ecrire, dit-elle

    Pilar Albarracin

    Revolera 2012

    Edition de 5+1E.A.


     

    Je me bats avec l'écriture, je devrais dire avec mon écriture, depuis des années. Je ne parviens pas à renoncer à une pratique que j'appellerais « l’écriture en état de transe ».

    J’y retrouve cet état dans lequel je me sens quand j’écrivais ou quand je chante une chanson, l’impression de me lier à l’émotion en son saint des saints, le cœur de fusion, et surtout une certaine conviction que ce serait là plus juste, plus fort, plus authentique, plus exact que dans n’importe quelle autre description du réel. Le vibrato de la voix menant au tressaillement de la salle, cette sensation que certains amis m’ont dit avoir ressentie en m’entendant chanter.

    Pour moi, étant passée de la création de quatre minutes de chanson à l’écriture de milliers de pages de projets de livres jamais envoyés aux éditeurs, j’ai surtout poursuivi sur le même élan, comme si écrire un texte n’était que la partie augmentée de l’art de la chanson.

    Comme si le texte devait s’accompagner de son vibrato, penser les mots et la musique et ce quelque chose en plus qui serait le tremblement du texte et que j’appelle le réel.

    Une sorte de tentative de résurrection du sentiment d’enfance, une fidélité à cette première fois qu’on a senti ou qu’on a pensé quelque chose, comme un dû à ces instants-là. J'aimerais me dire qu'il s'agit de la sauvegarde de cette partie de soi, qu'on appelle l'âme, si souvent massacrée par les adultes. Mais j'en suis de moins en moins sûre. En tous cas, dans mon esprit, c'est un texte en 3D, qui permettrait de penser la profondeur, la hauteur, le sixième sens au-delà du sens des mots.

    J’essaie d’écrire comme on fait tourner les tables, et c'est pourquoi je me fourvoie. Quand j’écris dans ce tremblement de moi, je crois faire saillir le réel, le faire vibrer, plutôt que l’évoquer, le réhydrater comme  l’eau fait ressurgir la matérialité d’un aliment lyophilisé.

    Je le crois, mais vu que personne de mes lecteurs ne le ressent, ou plutôt que cela ne leur semble pas « spécial », je pense y renoncer. Je pense même aujourd’hui qu’il s’agit là d’une certaine jouissance, à laquelle j’ai du mal à échapper, d’un manque de maturité, un reliquat d’enfance, un peu comme un réflexe de succion du bébé, qui n’aurait pas totalement renoncé à l’allaitement.

    Et ce blog dans lequel j’écris depuis 2006 est sans doute le lieu où je peux le mieux le dire, car là se  murit mon désir d’écrire, où peuvent s’échanger des réflexions autour de ce qu’est l’écriture.

    Le texte qui suit est un exemple de ce tremblement. Je le soumets à la sagacité de ceux qui voudront bien descendre dans ma TL, au risque de s'y ennuyer, de la trouver conventionnelle ou bêtement sentimentale.


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