• Feuilleton : les aventures de Mina. Et pourquoi Next s'appelait Next ?

    Remember

    crédit photo anthropia # blog

     





    Dans sa famille, ils disaient, elle n’aime pas les chats.

    Bettina ajoutait, elle est allergique, quelque chose qui allait à dire, un peu comme sa coqueluche, l’asthme pendant dix-huit mois, bébé, elle avait trouvé une bonne explication à la détestation des chats de la petite, à cette crainte qui la saisissait, à cette peur panique qu’elle avait quand elle apercevait un qui s’approchait d’elle, à cet effet de la peau qui recouvrait son bras de piques et de hallebardes à l’instant même où le mal venait frôler sa jambe.

    Mais pour elle, la raison était liée à cet événement dans l’enfance, quand elle avait vu un gros matou, un siamois marron et noir, qui avait sauté devant elle sur un moineau, ou était-ce un geai, enfin l’oiseau, il l’avait dévoré devant elle, alors depuis ce jour, elle détestait les chats. Et voilà comme elle avait dégommé la théorie officielle, sa frousse des chats, pas une allergie, une histoire, et leurs discours, elle n’aime pas les chats, passaient mieux, même si les mots la tarabustaient.

    Heureusement, il n’y avait pas de chats à la maison, juste un chien tout noir, qui savait traverser la rue au passage piéton, preuve de sa grande intelligence, et accessoirement qui n’aimait que les autres mâles, il était homosexuel au grand dam de Bettina. Mais on n’y faisait pas trop attention, juste un sujet de curiosité avec ses frères.

    Beaucoup plus tard, elle eût un chat donné par un homme, qu’elle avait nommé Cachou, elle avait même écrit une comptine, comme ça qu’elle se souvient de son nom, et celui-là s’était perdu à la Testardière, et quand elle y pense, elle associe le mot « puits », l’avait-on prononcé devant elle le nom ou raconté qu’on l’avait retrouvé noyé au fond, ou l’avait-elle vu, mort, lors de ce week-end dont elle était revenue sans son chat noir, se sentant trop bête d’avoir laissé mourir l’à peine âgé de quatre ou cinq mois, une culpabilité, comme si elle avait rendu à cette pauvre chose ce que l’autre avait fait à l’oiseau, une vengeance ou quelque chose comme ça.

    Et puis pendant quinze ou vingt ans, on n’y avait plus repensé, que des paroles parfois apportées sur la table d’un salon où l’on venait causer. Jusqu’au jour où elle avait décrété qu’elle ne l’était plus, allergique.

    Alors comme par magie une demande de chat avait été formulée par le petit. Elle avait acquiescé et un matou était arrivé dans un camion en provenance directe de l’Aveyron, où elle passait toutes les vacances de l’année, qu’on avait croisé pas encore sevré et qu’on s’était fait envoyer deux mois plus tard. C’était le grand test. Il sortit du carton et tout de suite chanta. C’était tellement flagrant que son nom aussitôt se plaqua sur lui, c’était Pavarotti. Il chantait assez doucement la plupart du temps jusqu’à ces jours du mois où son chant se faisait plus pressant, et on entendait dans la cour des feulements dans le soir. Jusqu’à cette fois où il s’échappa. End of Pavarotti dans leur vie.

    Une vague inquiétude vint la chatouiller, le sort s’acharnait sur sa capacité de lien avec un chat, presque aussitôt, ils retentèrent l’opération, ce sera la petite femelle, Arsenic, noire elle aussi, mais pas bien sevrée, sa mère vint la chercher deux jours après ses premiers pas dans l’appartement, le chaton n’aura pas fait de vieilles dentelles chez eux.

    C’est alors que l’homme apporta la troisième et dernière, une petite métis, que par peur ils s’empressèrent de nommer Next, une dénomination qui disait le doute, « au suivant », on n’y croit pas, mais on la nomme comme une apparition, dont on sait qu’elle est provisoire, la décontraction en anglais rajoutait encore de la distance à ce sentiment de crainte. Et celle-là est restée comme par hasard, décidant que c’est bien chez eux, le gîte, le couvert, elle s’assied sur les bras des fauteuils pour se mettre à niveau de la conversation, ça n’empêche pas quelques fugues, mais elle est toujours revenue.

    Et celle-là, elle l’aima, comme une rencontre, ce n’était pas le chat de tous les chats, c’est elle, Next, quelqu’une de spéciale, elle peut même mettre sa tête sur sa fourrure, sans avoir de rougeurs, elle la caresse, elle est à elle, elle n’est plus allergique, si bien qu’elle pense qu’elle ne l’a jamais été. Juste ce sentiment parfois désagréable, ce souvenir, qu’elle n’aime pas mais vraiment pas, s’être sentie vulnérable, fragile, que dans ces moments où elle avait été diagnostiquée « incapable de rien avec un chat », elle n’aimait pas qu’on la voie dans cette faiblesse, de l’amour-propre sans doute, mais aussi une sorte de terreur de ne plus pouvoir en sortir, un peu comme cet asthme qui la secouait enfant, de ces quintes de toux qu’elle craignait de ne jamais pouvoir traverser, où elle savait que Bettina n’avait pas assez de bras pour l’accompagner, et la simple perspective lui faisait préférer quitter le goût du chat plutôt que d’accepter cette crainte de la chair de poule qu’elle ne savait maîtriser.

    Et encore aujourd’hui, ça lui fait ça, juste qu’elle le voit et qu’elle se prend dans les bras pour se consoler de l’asthme et puis de la mort de l’oiseau.





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