• Formation et déformation d’une information

    Marcus Steinweg

    Thomas Hirschhorn

     

    Je viens d'assister très concrètement à la formation et la déformation d’une information, d’une actu, dans laquelle j'étais aux premières loges.

    Ce matin, je lis sur le site de France Info (dépêche AFP) à propos des touristes Français bloqués à Potosi « Bolivie : libération d’une partie des touristes bloqués à Potosi : suit une description du départ des touristes faite d’approximations et se conclut sur le paragraphe suivant « La France avait haussé le ton en fin de semaine sur le sort de ses touristes. L’ambassadeur Antoine Grassin a exprimé la préoccupation formelle” de Paris. Il avait également mis en garde les autorités de Bolivie contre un impact négatif sur le tourisme du pays andin, mais aussi les investissements, dont l’exploitation du précieux lithium du sud bolivien. Le groupe français Bolloré est sur les rangs. »

    Que l’ambassadeur de France à La Paz ait fait pression sur les grévistes, j’en suis certaine, mais parler de libération juste à côté sous-entend qu’il y aurait eu une relation directe de cause à effet, que l’action diplomatique aurait été déterminante dans cette affaire

    Libération ? Parlons de ce qui s’est passé. Une  agence locale  a négocié le départ d’avions avec le comité de lutte pour ses petits intérêts financiers, et ces touristes sont allés jusqu’à l’aéroport à pied en rasant les murs, en craignant de se faire arrêter en route, puis ont dégagé eux-mêmes le tarmac des pierres qui le jonchaient, et pour le dernier avion à partir, ont dû fermement dire qu’ils ne quitteraient pas l’aéroport, dégager plusieurs fois la piste quand différents comités revenaient à la charge en remettant les pierres qu’ils retiraient, monter et descendre de l’avion à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’enfin ils puissent décoller. Ces touristes s’en sont sortis, malgré les recommandations de l’ambassade de France de ne pas quitter leur hôtel, phrase encore réitérée lorsque j’ai informé le centre de crise du ministère de leur fuite de Potosi, « mais on leur avait dit de ne pas bouger des hôtels », phrase vraiment incongrue étant donné les circonstances, jouant la sécurité certes, mais en l’occurrence, ils s’en étaient sortis, n’était-ce pas le plus important ?

    Pas de libération donc, aucun Zorro dans cette affaire, une certaine mansuétude des grévistes sans doute aidée par les libations de la veille lors de la fête nationale bien arrosée, c’est sûr, pas d’agressivité, mais pas non plus d’assistance, de garanties, de protection. Une véritable détermination des jeunes à partir, la capacité à saisir le bon moment, de profiter de la cupidité de certains et d’avoir assez d’argent pour se le permettre, rien de remarquable donc, mais pas non plus de quoi pavoiser pour les autorités. L’AFP devrait veiller à éviter ce genre de raccourci, rédaction orientée de ses brèves faisant le jeu des autorités. Dans un autre passage de la dépêche évoqué par Le Point, on apprend que l’ambassadeur va enfin se rendre à Potosi. Acceptons-en l’augure, parce que jusqu’à présent depuis onze jours, pas un seul diplomate ne s’était déplacé à Potosi, et qu’il reste encore quelques dizaines de touristes qui sont toujours coincés dans la ville.

     


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