• Haut bas fragile

    Carton d'exposition

    Pierre Ardouvin

     

     

    Projet d'installation - Anthropia

    « A manipuler avec précaution »

     


     

    Un carton dans une pièce.

    Sur le carton, des signes : 2 flèches vers le haut, un verre et un parapluie avec quelques gouttes dessus

    Un carton doté d'une étoile jaune en sus

    Le carton bouge

    Dans la pièce, de la taille de 5 mètres, un énorme parapluie en bois (comme une croix)
    Sur une table en céramique de type laboratoire, un verre vide dont le pied est cassé.

     

     


    Sur le carton, deux flèches vers le haut, un verre, un parapluie sous la pluie.

    Le verre se pose, socle en bas, contenant vers le haut. A quoi reconnaît-on le haut ? A la pointe en harpon de la flèche, dont chacun sait qu'elle désigne le haut. Mais c'est une convention.

     

    Imaginons que la flèche soit à l'envers, les ailes vers le haut, indiquant le sens opposé, sa base.

     

    Vous me suivez ? La flèche va vers le simple, du côté de la ligne droite.

     

    Dans le cas d'un être humain on parlera d'intériorité, au plus profond de soi. La métaphore du haut comme signe d'élévation s'inversera, nous aurons le bas comme signe d'inside, vous me comprenez, creuser vers les racines, approfondir, se libérer des contraintes, quitter le surmoi du haut pour gagner un soi de sérénité.

     

    Faut-il alors poser le verre à l'envers ? Le contenant bouché, fermé parce que retourné sur la table, le socle fragile vers le haut, qu'un rien peut faucher. Le verre à boire privé de sa fonction. Le verre à retourner au choix comme piège à mouches ou comme extincteur de flamme. Le verre qui fait le vide d'air, qui éteint tout sur son passage, le verre chimiste, le verre supérieur du laboratoire où les expériences se mènent, les tentatives, les essais-erreurs.

     

    Non, rebroussons chemin. Le verre est droit comme un sexe dressé, dans sa coupelle un vin charnel, qui brille à la lueur de la bougie, la flamme est là, la femme est là, l'homme et ses prunelles aussi.

     

    Le verre n'est plus posé, il est levé, il est endiablé, il rit, il crée, il enivre pour la nuit. Le verre là-haut tout là-haut, qui résonne cristallin, à ta santé, Prost, les larmes aux yeux, je n'en reviens pas, le désir, la lueur de lit qui s'allume, le corps est prêt et rien ne s'y oppose et j'y suis et il y est et là-haut.

     

     

    Mais sur le carton, règne encore le parapluie, des gouttes de pluie tombent dessus. La sueur de Dieu, le chagrin de Dieu, qui pleure l'homme et il n'est pas prêt de le trouver. Malgré tout remettez le paquet vers le haut, posez le dans le bon sens, parce qu'il y en a un. Le bon sens en quelque sorte. Tout s'achève toujours par un jour de pluie, on pleure, c'est fini. Et on trouve un bon carton qui nous enveloppe, nous protège, le carton d'origine souvent, le mieux à même de faire rempart, un peu facile cependant. Mais il y a un sens pour le carton, le rempart ne peut pas être mis sens dessus dessous. Il fait sens et parapluie par la même occasion : le sens est un parapluie du quotidien. Perdez-le et vous verrez, vous serez à errer comme l'Alzheimer qui cherche sa serrure.

     

    Bon alors haut, bas ? Contraint ? Forcé ? Enfreignez la consigne ? N'y dérogez pas ? J'oubliais, la sangle est tendue, tord le carton, la sangle fait corset et appelle le couteau, la sangle dit : bientôt tu sortiras, promesse aisée, la sangle attache, très attachante.

     

    Mais suis-je dedans, dans le carton ? Et si je suis dedans, sais-je où est le haut ? Le bas ? Sais-je combien être au dehors me rendra fragile ? Comment j'en sortirai ? Peut-être les quatre fers en l'air ? Dans le carton, et puis méli-mélo.

     

     

    Finir au fond du carton ou s'en déballer, il y faut l'art du contorsionniste et l'entraînement à l'apnée. Ou le courage de fendre le carton.  Je suis dedans, je sors. Il y avait un couteau.

     

     

     

     


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