• Hic et nunc au 17

     Gemalde Galerie - Berlin


     


    Hpss. Scusez-moi !
    (il a trop bu. C'est le copain de la voisine du dessous)
    C'est mon sac. J'voulais pas vous bousculer. L'est lourd.
    Bonne Année à vous. (tu parles que c'est son sac qui l'a fait trébucher. Il est saoul).
    K'est-ce que j'vous ai dit ? Ah, oui. Hpss. Bonne Année à vous aussi. J'attends Lise. Elle porte les courses. C'est lourd dans l'escalier.
    (Peut-être après tout. Il parle pas si ralenti. Peut-être qu'il est pas saoul. J'entre chez moi)


    Tires-toi ! Mais j'te dis d'te tirer. Tu vas t'tirer, j'te dis. Tu vas pas m'emmerder. Boum.
    (Bruit de porte. Je déteste ces gens qui font du bruit. Je déteste les scènes).
    T'es qu'une pute. T'es qu'une pute. Salope. (Il cogne sur la porte. C'est lui qui cogne.)
    Fous le camp !


    (C'est la voisine du dessous. Elle aussi a trop bu. Son copain l'a rejoint. Ca se passe mal. Elle crie. Elle le vire.
    Encore un. Une fois de plus. C'est son syndrome de répétition. Elle sort avec un mec. Il boit. Elle le vire. Elle en reprend un. Il boit. Elle le vire. Toujours la même histoire. Elle vit avec sa mère. J'ai pas bien compris si elle est comptable ou si elle fait les marchés)





    (Elle porte les fringues que je jette. Je les retrouve sur elle. Elle va les chercher dans la poubelle. Un de mes anciens chemisiers lui va très bien. Je l'avais acheté chez un soldeur, pas cher. Il y a plus de dix ans. Avec de belles jupes, il passait bien. Elle ne se cache pas. Elle dit : j'aime bien tes fringues)


    Je ne sais pas quand on s'est mis à se tutoyer. Entre nous le tutoiement n'est pas le signe de la confidence, mais la trace d'une solidarité existentielle. Nous n'avons jamais parlé plus de deux minutes ensemble. Entre nous, il n'y a que ca, la reconnaissance que nous misérons elle et moi dans la même vie.


    Drôle d'immeuble où je vis depuis que le petit a trois ans. La vie sans le mode d'emploi. Un immeuble de la quotidienneté humaine. Et des fois la misère, la voisine du dessus, c'était).


    Ah, madame. Bonsoir.
    (lui c'est le flic)
    J'voulais vous dire, pour la voisine.
    Hum ? (à lui je ne veux même pas dire un mot, il est l'indicateur, le pétainiste né, cela se lit sur le visage. Lui me denoncerait, sûrement.)
    Oui. la voisine. Elle fait souvent du bruit. J'ai prévenu la police.
    Hum. Hum
    Bon,  j'espère qu'elle va se calmer. Parce que ma mère, vous comprenez.


    (Je viens de descendre le sac-poubelle. Il frotte contre les marches. Cela fait un bruit de papiers, un son plus mat, plus lourd, peut-être une boîte, ah oui, le petit coffret que j'ai jeté. Je n'aime pas le geste de relever le sac pour l'introduire dans le container. Trop lourd).


    (Dans le hall, elle est là.)
    C'est lui qu'a renversé le vin dans l'entrée ?
    Oui. Il a renversé le vin. C'est sale, hein ?
    Ton copain, il fait du bruit.
    Oui.
    L'autre jour, j'avais des amis a manger. Il hurlait dans l'immeuble.
    Oui. J'suis désolée.


    Ah tiens ! Attends ! Tiens j't'ai gardé une barquette de fraises. Mais attends ! M'obliges pas à te suivre au 4ème.
    Ah, excuses-moi. Merci. J't'avais pas entendu. Tu dis, des fraises. Oh ! merci. Fallait pas. (Finalement, elle travaille sûrement au marché. Les fraises, elle les a eues gratis ! C'est pour se faire pardonner pour les conneries de son mec, les cris dans la cage d'escalier et la vinasse dans l'entrée de l'immeuble).

    J'ai passe les fraises sous l'eau. mangé une fraise. Elle est pas bonne. Vaut pas les fraises de chez le Tunisien.


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