• Hyperinformation

    Money box

    Gianni Motti

    La Ferme du Buisson

    Crédit Photo Anthropia

     

     

    Je le constate, je n'achète plus que le Monde du jeudi,

    pour le supplément Livres.

    Pour le reste, quand je vais sur le site,

    c'est pour vérifier s'il est à jour.

    Terrible phrase, je vérifie si Le Monde est au courant de ce que je sais déjà,

    ou s'il juge intéressant de publier ce que je juge intéressant.

    Un PV en flagrant délit,

    que je lui colle, à lui, au Figaro, au Parisien, au Point et tous les autres.

     

    Parce depuis quelques années,

    le surf m'entraîne dans une course à l'hyperinformation,

    une sorte d'hyperventilation, un shoot aux news.

    Je me monte, sur mon marbre intérieur,

    une mosaïque d'infos, dans le but de tout savoir d'un sujet,

    être à jour dans les feuilletons médiatiques

    ou compléter certains dossiers que je suis.

    Ne manquer en aucun cas le quart d'un dizième d'argument complémentaire.

    Par exemple, ce matin, je suis retournée écouter

    le journal de 9h sur France Culture de samedi,

    parce que Véronique Pellerin a expliqué quelque chose

    qui m'apparaissait comme un angle mort de l'information,

    quelque chose qui, quand elle l'a dit, m'a semblé lumineux.

     

    Pourquoi est-ce gênant qu'on ait fait un chèque de 30 millions d'euros

    en remboursement fiscal à Mme Bettancourt ?

    Je prends les réponses : oui, ici, parce que ce n'est pas moral ?

    On donne aux riches qui ont déjà ? Là, oui, là, au fond, parlez.

    Parce que Woerth, ayant été informé par le Parquet de Nanterre

    de ce qu'il y avait de la fraude fiscale chez Bettancourt,

    n'aurait pas dû accepter de rembourser ?

    Parce qu'il savait qu'elle avait un compte en Suisse,

    puisque Florence Woerth y était allée deux fois à six mois d'intervalle ?

     

    Et bien oui, tout cela est juste, mais pas seulement.

    Il y a une réponse politique à cette question

    et c'est Pellerin qui s'y colle au journal de 9h.

    A 8h, elle ne donnait pas la raison,

    sans doute y a-t-il eu un débat au sein de la rédaction,

    faut expliquer, tu comprends, les gens se demandent,

    expliques pourquoi tu en as fait un titre

    de ce chèque de 30 millions d'euros.

     

    Et la réponse limpide est advenue.

    Parce que le bouclier fiscal ayant été mis en place par Sarkozy

    pour inciter les riches contribuables à rester en France,

    la pratique de Mme Bettancourt montre

    que cette mesure a échoué, qu'on peut et frauder et toucher le chèque.

    Que tout est affaire d'opportunité et d'âpreté au gain,

    cela c'est moi qui le rajoute.

    Et que donc, cette réforme emblématique du Sarkozysme

    est un échec, comme l'a été le cadeau de TVA aux restaurateurs.

    CQFD.

     

    Et une petite perle de vérité dans ma musette à infos, une !

     

    Voilà où j'en suis, n'est-ce pas, l'exigence de l'information, les faits,

    débouche sur l'exigence de raisonnements complets,

    l'analyse de l'info dans toutes ses ramifications.

    Ce qui m'a fait acheter trente ans durant Le Monde

    est aussi ce qui me fait ne plus l'acheter.

    Parce que les faits, les documents, le fond,

    je les glane en surfant, et que l'analyse devient mon apanage,

    mon luxe à moi, ma jouissance.

    Bien sûr, je m'appuie sur les analyses des autres pour parfaire la mienne,

    ici JF Kahn, là Daniel Schneidermann, Fourest ou encore Duhamel,

    et ce matin Pellerin.

    Comme le disait Camus, repris par Marianne,

    le goût de la vérité n'empêche pas de prendre parti.

    C'est même cette exigence qui fait

    que je n'accepte plus l'a-peu-près d'un seul média,

    je veux aller au bout de l'information pour savoir quel parti prendre.

     

    Ce qui m'intéresse n'est plus l'entre-deux, le soupesage,

    peut-être que oui, peut-être que non,

    mais bien la clareté pour savoir quoi en penser.

    Sinon ce n'est que de la bouillie qui m'encombre la tête,

    et je n'en ai que faire.

     

    Si je ne lis plus Le Monde, c'est en quelque sorte,

    parce que je suis devenue une journaliste du Monde,

    façon Camus.

     

     

     

     

     


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