• La métaphore de l'impossible

    Dessin de Bengal

    CFSL

    Publié sur Médiapart

     

    Les artistes contemporains de chaque époque tentent de trouver l'oeuvre qui révélera aux yeux de tous la portée d'un événement ou la force d'une tragédie. Si vous êtes abonnés d'@si, allez voir l'excellent papier d'Alain Korkos sur les images japonaises illustrant les événements du XVIème à nos jours, Godzilla venant illustrer les conséquences d'Hiroshima et de Nagasaki. Allez voir aussi l'Actualité des icônes, le carnet de recherche visuelle (ici). Et ne vous trompez pas d'image, la Grande vague de Kanagawa d'Hokusai n'est pas celle d'un tsunami.

    Comment nos artistes actuels trouveront-ils le moyen de dire la complexité de ce qui vient de se produire au Japon, le tremblement de terre, le tsunami, deux catastrophes naturelles, augmentées d'une catastrophe nucléaire, celle-ci liée à une technologie humaine, mal maîtrisée, ou plus exactement d'un mauvais choix technologique.

    Faut-il attendre d'avoir suffisamment de recul sur tout ça, pour pouvoir en sortir l'exacte métaphore ? Probablement. Surtout quand la radio-activité n'est visible que dans ses effets sur l'adn, sur les mutations génétiques qui apparaissent ensuite dans les petits d'hommes, c'est-à-dire sur plusieurs générations. Mais il me semble qu'ici l'attente doit permettre de parler de cette étrange cécité, insensibilité des politiques, qui décident, quelques années après la découverte des affres de l'atome militaire, de remettre ça en développant, via une pseudo-maîtrise des centrales, sa technologie civile, comme si la laïcisation de l'atome, son utilisation pour des objectifs pacifiques, l'énergie à des fins économiques, le rendait inoffensif. Quel raisonnement passe-passe a-t-on utilisé pour que de telles décisions passent auprès des populations, telles une lettre à la poste. On le sait pour la France, aucun débat n'a eu lieu, on a décidé tout ça en pleine période d'affaiblissement de Pompidou, avant sa mort, se cachant derrière lui pour prendre des mesures liberticides et risquées. On ne dira jamais assez que l'industrie nucléaire génère un modèle d'organisation sécuritaire, des stockages dangereux pour plusieurs milliers d'année, mettant ainsi les populations et leur descendance en situation d'infantilisation, sans même qu'elles puissent voir le mal dont elles peuvent être atteintes, l'invisibilité de la radio-activité et la faible détectabilité de son risque (sans appareil de mesure), étant inversement proportionnelle à sa dangerosité

    Ce qui m'interroge ici est le rôle de l'art dans la métabolisation d'une tragédie dans l'imaginaire humain. Parfois anticipateur, l'art donne acte le plus souvent d'événements ayant eu lieu, une sorte de fonction memnique, pour passer à autre chose, classer l'actualité dans le grand livre des images, un peu comme les enfants, qui, chaque soir avant de dormir, se représentent tous les faits de la journée pour les compresser, une sorte de sauvegarde travaillée du point de vue imaginaire et symbolique.

    Pour en faire du "bon", de l'"assimilable", une sorte d'aide civisationnelle, digérer l'impensable en lui donnant forme, même monstrueuse, en tous cas mythique.

    Je ne voudrais pas que l'art tente de penser l'inadmissible, tente de l'atténuer par sa représentation symbolique. J'aimerais que l'oeuvre qui prendra valeur mythique de ce qui vient de se passer rende la chose tellement indépassable qu'elle force tous les politiques du monde à renoncer, à admettre qu'ici, comme en matière de capitalisme destructeur d'humain, on s'est trompé.

    Qu'on ne peut plus construire de centrale, qu'on doit sortir du nucléaire, en prenant le temps qu'il faudra, mais qu'on décide que ces inventions mènent l'homme à sa perte et que solennellement, l'humanité mondiale choisisse une autre voie.

     

     


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