• La Persanne au Parlement

    Parlement de Bruxelles

    Cliché Anthropia

     

    L'autre jour, je me suis retrouvée au Parlement européen à Bruxelles, où ne se tiennent que quelques mini-séances par an, comme chacun sait, les autres se tenant à Strasbourg.

     

    J'ai vu la machine européenne en fonctionnement, dans les bureaux, dans les commissions, dans les groupes de travail, plutôt sur les questions sociales d'ailleurs, hasard du calendrier.

     

    On m'a parlé du voeu pour le SMIC européen poussé par la gauche européenne (pas de somme à négocier, juste un principe et chaque pays fixerait son seuil), j'ai demandé si le futur traité n'interdirait pas justement un tel débat, et non, apparemment cela n'est pas tabou.

     

    J'ai entendu aussi de nombreuses réflexions sur le statut précarisé des assistants, des traducteurs, bref des gens qui n'ont pas eu le bonheur d'être fonctionnaires européens et qui se retrouvent dans un no man's land juridique, travaillant par exemple sous statut français en Belgique, quelle complication. Des salariés qui se sont portés devant les juges des Prudhommes à Strasbourg et qui "risquent" de gagner en savent quelque chose, puisque la Présidence du Parlement (de droite) les a squeezés et préfère travailler avec les fonctionnaires en heures sup, faisant venir du Luxembourg du personnel, pour éviter de payer ces contractuels mauvais coucheurs. Je ne vous parle pas du coût en CO2.

     

    Puis un responsable de la gauche allemande a présenté aux groupes parlementaires de sa couleur une motion s'agissant de la montée de l'extrême-droite en Europe. A la question d'une italienne qui souhaitait qu'on inclue dans la motion des critères pour l'acceptabilité des pays candidats à l'Union, le responsable a gentiment expliqué qu'on n'avait pas de leçons à donner aux autres. Il a même ajouté en français que notre beau pays compte le plus grand nombre de députés d'extrême-droite (FN) au Parlement, vient derrière le Vlaams Blok de Belgique. Et je me sens tout à coup honteuse, la France, pays de l'ultra-droite, la France raciste, antisémite et islamophobe. De là-bas, voilà ce que nous sommes. Et j'entendais en sourdine nos petits JT minables nous donner des leçons sur la Belgique, sur l'Algérie.

     

    Quelqu'un a ajouté qu'on venait enfin de voter le budget du Projet Galliléo, que c'était grâce à une alliance objective entre le Parlement et la Commission, contre l'avis du Conseil (nos Présidents) qu'il avait finalement été accordé. Et tout à coup, je me suis sentie Européenne, je veux dire, j'ai senti qu'ici aussi, il y avait des luttes, que rien n'était bouclé, que les gouvernements des pays européens avaient double discours, et qu'il nous fallait être plus vigilant sur ce qu'on dit de l'Europe.

     

    Ah et puis juste en passant, à propos des fonds structurels européens, vous savez ces fonds qui accompagnent le développement économique des régions pauvres, et bien la France ne dépense pas tout, notre organisation n'est pas assez efficace, et ce que nous ne dépensons pas est reversé au pot commun. Il faut dire qu'en moyenne deux personnes s'en occupent dans chaque département, que sur un programme de 6 ans, il faut plus d'un an pour que les professionnels se mettent au courant, ce qui n'aide pas les porteurs de projets qui voient leurs propositions retoquées, et que la gestion des fonds est concentrée dans les mains du Ministère des finances. Quelle gabegie. Alors qu'on pourrait procéder par délégations, pour raccourcir les circuits, on reste attaché à nos vieux modèles, à l'image de notre pays. A pleurer sur les caisses vides et à renvoyer des fonds à l'Europe par manque de rapidité (il faut avoir dépensé l'argent en deux ans, mais le temps que l'argent arrive aux porteurs de projets, ils ne parviennent pas à consommer leur budget dans le temps imparti : on rêverait d'un Etat qui verserait une avance dès le démarrage du projet pour que les projets soient accélérés. Quant aux priorités du FSE pour 2007-2013, rien que du bon : privilégier la croissance économique et l'emploi en nombre et en qualité, développer l'activité autour des questions de développement durable, tout ceci dans un souci de cohésion, la compétitivité globale de l'Union et la réduction des disparités territoriales. Sur l'Ile de France, c'est 151 millions d'euros qui sont budgétés.

     

    Pour terminer, un petit mot sur le lobbying français. En Ile de France, ils sont cinq à se battre pour défendre l'intérêt de la Région et de quelques départements : à noter que les départements de Paris (refus du temps de Tibéri), du 92 (Hauts de Seine, Pasqua, Sarkozy, Devedjian) et du 78 n'y sont pas. On voit la cohérence de nos élus locaux, souverainistes aux idées courtes, qui ne se battent pas beaucoup pour faire passer nos intérêts. A comparer avec les 25 lobbyers de la Chambre de Commerce américaine qui oeuvrent tous les jours à faire passer les idées de leurs entreprises multinationales sur les différentes politiques européennes, sans compter bien sûr les lobbyers de chaque société américaine. Et je me dis que les directives qu'on nous assène comme des pseudo-oukases auraient sans doute été différentes si nos élus avaient pris la mesure de ce qui se passe à Bruxelles.

     

    Je sors d'ici avec un sentiment de frustration, la France ne sait pas se battre, elle est raciste, franco-française, repliée sur elle-même, elle ne s'organise pas de manière efficace pour profiter des aides européennes et passe son temps à se plaindre des autres.

     

     

    Et si nous commençions à balayer devant notre porte.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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