• La politique de l'éloignité

    Détail Affiche BNF

    Cliché Anthropia

     

     

    Déjà en son temps, le ministère de Sarkozy avait supprimé la police de proximité, remplaçant par des CRS les policiers de quartier qui connaissaient leurs ouailles. On en voit le résultat dans la radicalisation de la situation depuis deux ans, affecter les compagnies républicaines de sécurité au maintien de l'ordre dans une manif, c'est une gradation dans la proportionnalité de la menace, les déclencher au quotidien, dans des contrôles ordinaires de police, c'est rendre le face à face d'emblée agressif, le problème des CRS est qu'ils circulent beaucoup, qu'ils sont affectés un soir ici, l'autre là, qu'ils ne connaissent pas de visu les gens et que leur pratique est une pratique ostracisée, c'est pour cela qu'ils ont été créés. La possession de fusils à grenailles ne serait pas passée inaperçue d'une police de relations. La possession de fusils à grenailles est une réponse proportionnelle à la guerre quotidienne entre la police d'exception et les gens de banlieue, dont les contrôles au facies sont devenus des instances d'humiliation et de violence ordinaire. Qu'on se le dise les fusils à grenailles existent depuis longtemps dans les cités, j'ai en mémoire une étude faite sur un quartier sensible, il y a une dizaine d'années, ces objets existaient déjà, MAIS ON NE S'EN SERVAIT PAS.

     

    Puis vient le temps de Dati-Sarkozy, qui supprime la justice de proximité : pour porter plainte, les victimes devront désormais payer de leur poche l'essence pour se rendre chez l'avocat et au tribunal de l'autre côté du département et s'ils n'ont pas de véhicule, tant pis pour eux ils iront en bus. On vient d'autre part de découvrir que la réforme des tutelles est gravement mise en péril par cette décision : les personnes handicapées, fragiles, âgées en curatelle ou en tutelle vont devoir prendre le train avec leurs délégués à la tutelle. Quant aux chômeurs qui essaieront de faire reconnaître leurs droits à salaires devant les Prud'hommes, ils devront d'abord débourser le prix du billet avant de toucher leurs indemnités. Des surcoûts pour ces personnes, des douleurs à emprunter les transports, mais que diable, le service public n'a pas à rendre service, il ne manquerait plus que cela.

     

    Après les Municipales, vous entendrez parler des hôpitaux d'éloignité : ceux qu'on supprimera pour cause de manque de rentabilité étant ceux précisément qui seront près de chez vous.

     

    Et je me dis ce matin, en voyant Sarkozy rentrer de Chine, rentrer des USA, rentrer de Malte, rentrer du Maroc, rentrer du Mali, rentrer du Tchad, que ce régime est celui de l'éloignité. Télévisuel ne désigne-t-il pas la qualité de ce qui se voit à distance ? Il semble que cette politique irréalise le réel, virtualise la vraie vie, que moins qu'un Président omniprésent, nous avons hérité d'une icône téléprésente.

     

    Ce n'est même plus la perte des corps intermédiaires que nous vivons à présent, c'est l'éloignement des corps réels de nos institutions, c'est leur virtualisation. A quand la justice par internet, tu dis ton cas, tu tapes tes données, tu valides, on te dit de combien tu as écopé, tu mets ton bracelet, on t'inflige un courant électrique si tu t'éloignes de ton domicile et la justice est rendue.

     

    Comme si d'obscurs sentiments phobiques de nos gouvernants, la peur du réel, le dégoût de l'odeur du peuple, gagnaient nos services publics (Hortefeux ne vient-il pas d'opposer les Français propres aux étrangers ?).

     

    Parlez derrière l'hygiaphone de l'ordinateur, s'il vous plaît.

     

     

     


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