• Lanzmann/Karski : anecdotes étasuniennes

     

    Crédit Photo Anthropia

     

     

    En écho au débat opposant Lanzmann à Haenel,

    pour comprendre si la partie fictionnée

    du dernier livre de Yannick Haenel,

    Jan Karski, tient la route,

    narrant un Roosevelt reluquant les jambes de sa secrétaire,

    au moment où Karski lui confie

    les malheurs des juifs du Ghetto de Varsovie.

     

    Voici quelques phrases tirées d'une conversation

    avec une amie américaine.

     

    Un juge de la Cour suprême des Etats-Unis,

    contemporain de Roosevelt et d'origine juive,

    Félix Frankfurter, avouera quelques années plus tard

    qu'il ne pouvait croire à la solution finale,

    tant ce qu'on lui décrivait lui semblait exagéré.

     

    Et juste pour que Roosevelt ne passe pas à la postérité comme antisémite,

    aux States, à l'époque, on l'aurait plutôt traité de juif,

    on appelait son New Deal, the "Jew Deal",

    pour décrire la composition de son cabinet.

     

     


  • Commentaires

    1
    luc nemeth
    Lundi 15 Mars 2010 à 10:54
    "Jew Deal", "jewish war", etc.
    Bonjour. 1) Savoir si Roosevelt, à titre personnel, était ou non antisémite, est peut-être ici de peu d'importance : en ces questions où seuls importent en définitive les "intérêts supérieurs" un politicien, même réputé plutôt philosémite, peut très bien être amené à prendre des décisions redoutables dans leurs conséquences. 2) s'il y avait dans son entourage, des juifs, il y avait aussi des antisémites bon teint. Par ailleurs on sait que la pression qui aurait pu se manifester, de la part des juifs américains (et notamment de ceux qui étaient proches du pouvoir) ne fut pas, en ces circonstances, et sur des questions vitales comme celle de l'attribution des visas etc., celle qu'on aurait été en droit d'attendre. 3) l'image du "Jew Deal" peut aussi avoir joué un rôle en sens inverse -et ce par la peur, chez Roosevelt, d'encourir cette accusation! En 1939 déjà il avait craint d'être accusé de se laisser entraîner dans une... "guerre juive". Et cette remarque vaut peut-être aussi dans une certaine mesure pour Frankfurter, personnage pourtant capable de courage (cf. son article de mars 1927 dans l'Atlantic Monthly, sur l'affaire Sacco-Vanzetti). 4) la question de l'entourage de Roosevelt, est complexe, et aujourd'hui encore on peine parfois à comprendre comment il aura pu s'entourer de personnages à ce point contraires à sa politique ; et ce, en laissant de côté, le fait qu'il avait tendance à mettre des équipes en concurrence, pour finalement décider lui-même... Mettons qu'en certains cas des postes aient été attribués pour services rendus, lors d'une campagne électorale : mais si l'explication vaut dans quelques cas (comme celui de Joe Kennedy, ambassadeur à Londres) elle paraît difficile à extrapoler à... une bonne partie, du corps diplomatique. 5) il se peut que dans le cas précis de la visite de Jan Karski : ni Roosevelt ni ensuite Frankfurter n'aient pas cru ce que leur racontait l'intéressé. Mais de toutes façons cette visite eut lieu à un moment où ils étaient déjà informés, par ailleurs, et par des sources dont certaines n'étaient pas suspectes d'affabulation. 6) voir l'antisémitisme là où il n'est pas, est une erreur, mais l'erreur inverse ne vaut pas mieux. Durant l'entre-deux-guerres pouvaient encore paraître dans la presse locale (américaine) des offres d'emploi qui comportaient la mention "juif, ne pas se présenter"... Et, même si les sondages valent ce qu'ils valent : l'un d'entre eux a permis d'affirmer que l'antisémitisme ne fut jamais aussi fort aux Etats-Unis que... durant cette guerre (!), et ce, à travers le reproche fait aux juifs d'être... responsables-de-ce qui-arrivait. Cordialement
    2
    Anthropia Profil de Anthropia
    Lundi 15 Mars 2010 à 14:02
    Eclairage
    Je trouvais ces ajouts assez éclairants pour notre sujet, c'est pourquoi je les ai rappelés.
    3
    ln
    Mardi 16 Mars 2010 à 10:26
    Eclairage
    Permettez... que j'en rajoute à mon tour : ce ne fut pas seulement dans l'entre-deux-guerres mais au lendemain encore (!) de la guerre, que l'antisémitisme continuait de sévir aux Etats-Unis. Et il me semble bien que Simenon, qui traversa le pays en voiture à cette époque, raconte dans ses mémoires comment ici et là il y avait encore des hôtels... interdit aux juifs ! Pour le reste, ce que vous avez rappelé est un élément du débat, mais dont la portée me paraît devoir être nuancée. Il est clair que Frankfurter, et tant d'autres avec lui (je pourrais en donner des exemples jusque dans ma propre famille) ne croyaient pas en l'existence du génocide -mais "seulement" à celle de camps de travail forcé, de mauvais traitements, etc. En revanche il y a peu de doute autour du fait qu'en haut lieu : les Alliés, savaient.
    4
    Anthropia Profil de Anthropia
    Mardi 16 Mars 2010 à 10:45
    Antisémitisme américain
    Oui, bien sûr. J'ai proche de moi, des juifs new-yorkais qui ne pouvaient devenir propriétaires dans les années 50, un peu comme les blacks qui "dévalorisent" un neighbourhood. Donc l'antisémitisme n'est pas la question. Ce que je veux dire, c'est que faire une lecture de Roosevelt comme antisémite primaire est une erreur. Qu'il y ait eu des stratégies politiques de sa part, je souffle le chaud puis le froid pour ne pas se laisser enfermer, on le devine. Qu'ils aient su est aussi une évidence. Qu'ils aient pu penser, pour les moins antisémites, qu'il fallait d'abord gagner la guerre pour sauver les juifs est compréhensible. En effet, je peux m'imaginer qu'entrer en territoire allemand pour délivrer les juifs des camps ait été plus facile après la destruction des grandes villes allemandes, qu'avant.
    5
    Anthropia Profil de Anthropia
    Mardi 16 Mars 2010 à 10:50
    Quant à Frankfurter
    Je lui accorde le bénéfice du doute, oui,je peux comprendre que des gens refusent de comprendre l'inimaginable, qu'ils aient pu supposer que c'était faux. Mais on le sait depuis qu'Anna Seghers l'a écrit, que les gens savaient dès 1942, et qu'ils n'ont rien fait.
    6
    ln
    Mardi 16 Mars 2010 à 14:20
    Roosevelt et les juifs
    d'accord avec vous : ce serait une erreur de faire une lecture de Roosevelt comme antisémite primaire. Mais... je n'ai pas connaissance, qu'elle aît été faite -pas en tous cas par Yannick Haenel. Ce qu'il a voulu dire me semble-t-il, et en forçant le trait (comme il le reconnaît lui-même) est que les juifs n'étaient tout simplement "pas son problème". Pour le reste, la neutralité n'est point de ce monde, et on voit mal comment Roosevelt aurait été totalement "sans opinion" concernant les juifs. Je n'en sais pas plus sur ce point précis mais mon impression est qu'il n'avait pas plus de préjugés que les gens de son milieu à son époque. Cela dit, le regard que Roosevelt portait sur les juifs américains est une chose, celui qu'il portait sur les juifs d'Europe centrale -et à l'heure où la perspective était d'en faire ses compatriotes-, en est une autre.
    7
    Anthropia Profil de Anthropia
    Mardi 16 Mars 2010 à 19:37
    Roosevelt ?
    Je pense que de nombreux commentaires ont tiré le texte d'Haenel vers l'antisémitisme. J'ai donc cité ces éléments pour montrer que le contexte était plus complexe qu'on ne pense. Mais en fin de compte, je pense tout de même que la troisième partie d'Haenel est très anti-alliés, et qu'on peut y mettre différentes motivations, dont notamment l'antisémitisme.
    8
    ln
    Mercredi 17 Mars 2010 à 10:20
    les bras m'en tombent
    ainsi donc, et si on accepte de vous suivre : dénoncer l'abandon des juifs, serait, alimenter l'antisémitisme ? Je crains fort, de ne jamais parvenir à comprendre, les détours de cette subtile rhétorique. Et elle serait en tout état de cause plus crédible si depuis des décennies, de nombreux juifs n'avaient rien dit d'autre que ce qu'a ici rappelé Yannick Haenel.
    9
    Mercredi 17 Mars 2010 à 13:21
    Mal compris, In
    Je n'incrimine pas Haenel d'être antisémite. L'antisémitisme dont je parlais aurait été le motif des alliés. Le texte d'Haenel laisse supposer que le non-engagement vis-à-vis juifs de la part des alliés serait lié à des motifs antisémites ou tout le moins à un désintérêt pour cette cause. Même s'il est vrai que dans l'entourage de Roosevelt se trouvaient des antisémites notoires, le motif du non-engagement peut être tout autre, non pas du fait d'un désintérêt pour cette cause, mais notamment : - parce qu'on savait ne pas pouvoir intervenir avant de régler les choses du point de vue militaire - parce qu'on savait sans savoir, comme je crois le documentaire de ce soir de Lanzmann en atteste.
    10
    Mercredi 17 Mars 2010 à 13:30
    Autrement dit
    Haenel a alimenté la thèse de l'antisémitisme des alliés, comme un gros paquet bien homogène. Quand il montre Roosevelt entendre parler des camps en regardant les jambes de sa secrétaire, c'est davantage qu'une thèse de "ce n'est pas mon problème", c'est "je m'en fous", ce qui est plus fort. Il aurait pu montrer un Roosevelt compatissant, puis enchaînant rapidement sur autre chose. Mais l'allusion sexuelle est odieuse, parce qu'elle prive Roosevelt d'âme, ce qu'on imagine mal. Quant à Frankfurter, je vous écoute mais je ne vous crois pas, des tas de gens, y compris des juifs écoutaient et n'y croyaient pas.
    11
    ln
    Mercredi 17 Mars 2010 à 19:14
    résolument d'accord, avec Haenel
    1) oui : un tas de gens, y compris des juifs, écoutaient et n'y croyaient pas. Et c'est peut-être même eux qui avaient le plus d'excuse -si tant est que jusqu'au dernier moment on espère le retour d'un être cher. Mais ce que vous dites là vaut pour des gens ordinaires. En haut lieu, en revanche, on savait. Lanzmann ne fait que tromper son public, là où il tente maintenant de centrer le débat sur la seule personne de Karski. La visite de celui-ci à Roosevelt ne fut qu'une des nombreuses "sources" des Alliés, qui à cette date qui plus est, étaient déjà informés. Ce point a d'ailleurs été largement étudié aux Etats-Unis, où le faux débat dans lequel tente maintenant de nous entraîner Lanzmann serait jugé sans objet. 2) oui, Roosevelt avait une âme... "Même les bourreaux, ont une âme" -et en aucune façon je ne tiens Roosevelt pour un bourreau. Mais, dans le contexte précis qui fait l'objet du livre de Haenel : cela ne me choquerait pas, de voir Roosevelt présenté sous cet angle. Cela dit, c'est là une interprétation qui n'engage que vous-même, et à laquelle vous n'êtes parvenue que par une suite de déductions : regard-sur-les-jambes-de-la-secrétaire EGALE absence-d'âme EGALE bourreau.
    12
    Mercredi 17 Mars 2010 à 20:45
    Dont acte
    Je ne crois pas être la seule. Concernant Lanzmann, je ne suis pas à 100% pour sa façon de délivrer les alliés de leur responsabilité. Mais je trouve assez subtil et intéressant le distinguo entre "savoir" et "connaître", cela ne nous arrive-t-il pas tous les jours? Avoir connu des informations, dont on ne réalise le réel que dans l'après-coup. Merci pour le débat, fort intéressant.
    13
    Mercredi 17 Mars 2010 à 20:47
    A voir ce soir
    Le Karski de Lanzmann. sur Arte à vers 22h je crois
    14
    Lundi 16 Août 2010 à 09:20
    uggs
    Thank you post. It isn’t easy advice explained so well I was doing, and trying to find
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