• Money Box

    Gianni Motti

    La Ferme du Buisson

    Crédit Photo Anthropia

     

    La floraison de métaphores

    sur la Madoff loco-locale du coin

    près de Bourgueil, m'a fait penser

    à ce mot proche, la Madone.

    Tout a sans doute commencé comme ça,

    une Madone, plus toute jeune,

    qui vous ouvre sa porte, vous promet la lune,

    vous lui faites confiance, une femme, de chez nous en plus.

    Et le don finit en off,

    tu me donnes, je ne rends pas.

     

    Dans son bouquin "Between give and take",

    le psy hongro-américain, Borzomenyi-Nagy, démontre

    que certaines personnes ont un don pour se faire donner,

    ils ont, ce qu'il appelle, la "légitimité destructrice",

    un droit, acquis souvent dans l'enfance maltraitée,

    un droit éternel à prendre sans aucune nécessité de rendre.

    Ni, par ailleurs, celle de fuire : ce que font les gens

    normaux, qui ne veulent pas payer leur dette.

    Quand elle devient trop lourde,

    qu'ils n'ont jamais pu redonner à leur tour,

    ils s'enfuient, tant ils culpabilisent,

    la balance est devenue trop inégale en leur faveur.

     

    Mais les Madoff de la légitimité destructrice

    peuvent se faire donner sans vergogne,

    tant ils sont convaincus qu'on leur doit tout.


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  • adn

     

     

    Qu’est-ce qu’un lien social ? Ce qui se passe très physiquement quand je tends la main à quelqu’un et que ce quelqu’un me tend la sienne, par la réunion de nos bras, nous créons physiquement le lien, un lien d’un à deux mètres ; nous générons ainsi un flux physique, où s’échangent des sensations, qui s’accompagne d’un contact des yeux, une reconnaissance au sens du repérage. Que se passe-t-il à l’intérieur de chacun de nous quand nous faisons cette expérience ? Cela nous appartient, vient enrichir nos circuits synaptiques et nous donne le sentiment d’être au monde.

    On pourrait aussi le définir parle corps-à-corps d’un rapport amoureux, qu’il y ait ou pas amour d’ailleurs, les tapes amicales ou le sentiment si particulier d’un enfant contre soi, dans ses bras : je viens de rencontrer un bébé de 2 jours et j’ai eu cette sensation d’être tout à coup prise en compte par ce regard encore vierge, je me sentais imprimée, et j’ai eu à mon tour un regard d’inclusion, viens dans mon environnement, petit d’homme.

    Pourquoi je pense que le lien social n’a rien à faire avec les amitiés de net ? Parce que c’est la sensation physique qui compte, c’est la simultanéité de la relation, l’échange dans le même lieu, au même instant, dans le même mouvement. Unité de temps, de lieu et d’action, c’est la définition du théâtre classique. Le lien social a besoin de présent, de présentation, de représentation aussi. Il se joue dans ce triple ensemble, moi, toi/moi et toi. L’unité de lieu prime parce qu’elle permet le langage non-verbal, non intellectualisé, la captation des micro-signes que nous donnons de nous-mêmes et que nous enregistrons de l’autre.

    L’autre jour ma voisine a compté les amies de la voisine du dessous ou plutôt elle lui a demandé combien elle en avait ;  elle en a 35, m’a-t-elle confié. Quel drôle de compte d’apothicaire, ai-je pensé, quelle idée de compter ses amies. 35 peaux, 35 paires d’yeux, 35 sourires, 35 baisers du bonjour et de l’au revoir. Puis je me suis dit que la voisine du dessous, sclérosée en plaques, scotchée chez elle toute la journée, avait besoin des ces liens sociaux, qu’elle les cultive à domicile parce qu’elle ne les trouve pas sur un lieu de travail, en faisant ses courses ou en sortant. 35, ce serait cela une définition du corps social sur lequel nous nous appuyons au jour le jour pour vivre et demeurer vivant.

    Et je l’avoue, en quittant la copine, je me suis mise à compter. Un, deux, trois …. Et vous, ça vous en fait combien ?

     

     

     

     

     

     


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    « Une …. particularité est le trait appelé « ambivalence », phénomène psychique qui consiste en l’incapacité de condenser le conflit psychique en un compromis, ce qui … oblige à le représenter par deux actes, ou pensées opposés. »

    Ferenczi in Psychanalyse IV

    Œuvres complètes 1927-1933

     

     

     

     

     

    L’ambivalence, de ambo « tous les deux » et valence, est l'incapacité à choisir.

     

    Qui n’a vécu ces moments où l’on agit une fois, puis une seconde fois en totale contradiction avec la première, ne connait pas l’ambivalence. Un bel exemple récent dans notre histoire de France, c’est Cécilia qui quitte son bel amour de New York pour venir aider son époux à accéder au trône, puis au second tour, s’abstient de voter ; ambivalence, elle ne pouvait pas ne pas l’aider, elle ne pouvait pas le faire jusqu’au bout compte tenu de son désamour.

     

    Là où une pensée plus élaborée lui aurait permis sans douter de poser le bon acte, l’acte symbolique qui aurait pris en charge son conflit intérieur. La face de la France en aurait été changée sans doute.

     

    L’ambivalence, c’est le volte-face, c’est le n’importe quoi de nos actes, ceux dont on a finalement honte, ceux qui restent comme la preuve de notre inconsistance. J’ai le souvenir d’avoir rompu avec un ami dans un restaurant, pour l’amour d’un autre, dont je doutais, et que j’ai invité dans le même restaurant pour fêter nos fiançailles, façon de ne pas lui dire que je doutais de lui. Ambivalence. J’ai encore le rouge aux joues, vingt ans plus tard, du sourire narquois du waiter, qui me revoyait quelques jours plus tard au bras d’un autre, dans le même restaurant. L’ambivalence est la traîtrise du pauvre, celui qui ne parvient pas à élaborer son conflit, qui n’ose pas, qui a peur, fait ses petits coups en douce.

     

    Bref s’il avait l’audace, il trahirait. Encore que pour Besson, on imagine que c’est son ambivalence vis-à-vis de Ségolène Royal, devoir militer pour une femme, pour cette femme-là, qui l’a amené tout à la fois à faire l’argumentaire de campagne du PS et à rejoindre l’adversaire UMP au milieu du gué. La trahison ou la rupture apparait alors comme le moyen radical de traiter le conflit psychique. Il l’est radical, puisqu’il ne règle que la moitié du souci, et que celui qui rompt n’a plus pour solution que de renier sa foi précédente, en l’occurrence changer son système de valeurs. C’est cher payer.

     

    Nous ne referons pas l’histoire de France. Mais j’aimerais m’interroger sur l’art de faire du symbolique avec nos tiraillements intérieurs. Le compromis dont parle Ferenczi n’est pas un succédané, un tiède mélange renégat, non c’est l’acte juste, celui qui tombe bien, comme on le dit d’une robe ou d’un pantalon. Faire du symbolique, cela commence par une pensée : je me sens mal, je suis en conflit avec quelqu’un ou avec une situation. We have a situation, comme disent les Américains.

     

    Ensuite, c’est se demander ce qu’il faut faire : en parler avec la personne ? Changer sa manière de penser la chose ? Ou attendre un moment plus favorable pour intervenir ? Et là nous retombons sur un vieil article déjà abordé ici, l'intolérance à la frustration (voir Carré psy). Très souvent, se voir agir de manière ambivalente est le premier signe qu’on fait le grand écart dans sa tête, mais aussi qu’on ne le supporte plus, que cela devient intolérable. Soit on agit tout de suite en parlant, soit on se renie soi-même en commettant une petite vilénie, soit on prépare ses munitions et on est prêt dès qu’une brèche se fait jour.

     

    Je vous vois venir, vous pensez que je suis « prise de tête », que tout ça est trop compliqué, que la vie est simple, qu’il suffit de trancher dans le vif. Cette femme qui n’a rien trouvé de mieux que de porter plainte contre des enfants de 6 et 10 ans qui avaient, pensait-elle, volé le vélo de son fils, doit sans doute penser comme ça. J’ai un problème, je vais à la police. Moyennant quoi, elle a fait arrêter deux enfants à l’école primaire par six policiers pour un vol qu’ils n’avaient pas commis, et toute la France en parle. Mettons-nous à sa place deux secondes. Elle a un problème, son fils n’a plus son vélo, elle a un doute, c’est ce petit arabe qui le lui a pris, d’abord elle pourrait travailler son ambivalence (racisme) vis-à-vis de ces enfants, ensuite elle pourrait aller voir le petit et lui expliquer que son fils a perdu son vélo, qu’elle a un doute sur le vélo et voir sa réaction.

     

    J’aimerais raconter une histoire qui m’est arrivée chez des amis. J’avais une jolie paire de boucles d’oreilles, au moment de faire mes valises pour mon départ, je constate qu’elles ont disparu. J’avise la petite fille de cinq ans, qui les avait regardées avec convoitise quelques jours plus tôt. Je lui parle en tête-à-tête et lui dis que j’apprécie beaucoup ces boucles d’oreilles, que je les ai perdues, que cela me rend triste, et qu’elle peut me comprendre, puisqu’elle aussi les avait beaucoup aimées, je glisse ensuite que j’aimerais qu’elles reviennent dans ma pochette avant mon départ. Je quitte ma chambre, au moment du départ, les boucles sont revenues. Les parents n’en ont rien su, j’ai bien remercié la petite, elle m’a souri finalement fière de ce qu’elle avait fait. Compréhension en douceur de ce que quand on vole, on fait de la peine à quelqu’un.

     

     

    Cela dit, je ne verse pas dans le prêt-à-penser, parfois, porter plainte a du sens, c’est faire passer la loi, c’est introduire du droit dans le système pervers, il faut même du courage pour le faire, face à des agresseurs dangereux.

     

    Ce que je veux dire, c’est que le symbolique, c’est de l’huile d’esprit, de la créativité, il faut chercher le bon acte qui va bien, cela prend du temps, cela se réfléchit. Et voilà Madame comment vous sortirez de votre ambivalence, certainement pas en construisant un système de prêt-à-agir, porter plainte, ester en justice, sont les manières les moins créatives qui soient et sans doute celles à utiliser en dernier recours.

     

    J’oublie de dire que traiter son ambivalence fait du bien, qu’on se sent mieux après. En tout cas, moi, et peut-être les quelques-uns qui, en me lisant, ne feront pas un pstttt méprisant et cynique, parce que pour ceux-là, l’ambivalence est une méthode de traitement de problèmes. Tout plutôt que parler, que chercher en soi le courage de poser un bel acte symbolique.

     

     

     


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  • Tous clones

    Crédit photo Anthropia

     

     

     

    Une des principales sources de notre stress quotidien émane de notre intolérance à la frustration. Le réel ne saurait nous résister, et quand il le fait, quand la technique fait défaut, quand le TGV une fois de plus ne part pas à l’heure, ou quand cette place de parking convoitée nous échappe à l’instant tant attendu, quand nous découvrons au démarrage d’un séminaire que la rallonge pour l’ordi est restée au bureau, quand ce réel nous met devant le fait accompli de son inaccompli, nous ne résistons plus, le dépit nous saisit, un sourd énervement monte qui ne saurait trouver d’obstacle sur son chemin, les joues nous en rosissent, l’haleine se fait pâteuse, la surface de la peau se met à lente ébullition, crispation, tension, dents serrées et pour certains poings dans le mur.  

     

    Jusqu’à la contre-offensive d’une armée de moines zen, façon soldats du Xi’ang défilant dans l’éternité en mode pétrifié, qui nous soufflent qu’il n’y a rien à attendre de l’intolérance à la frustration et que face à ce symptôme, il n’est qu’un recours, le lâcher prise.

     

    Lâcher prise. Ce mot a l’heur de ne pas être compris d’un grand nombre de nos contemporains. Alors j’explique. Tout d’abord, rendons à Guy Finley ce qui appartient à son augustre livre : le lâcher prise. Nous ne parlons pas ici de tout lâcher, de mollir, de nous laisser abattre par l’adversité dans le mano a mano d’un combat de petits chefs ou cheftaines. Le lâcher prise est un exercice mental : au lieu de s’entêter, on s’arrête, on coupe-circuite, on fait la part des choses à l’aide du principe de réalité. Combat perdu d’avance, perdu pour l’instant, pas perdu pour attendre, un perdu pour un rendu, pas un combat, pas un, pas, aaaaaahhh, les doigts en cercle,.huuuuuuummmmmm. Le lâcher prise, quoi.

     

    L’intolérance à la frustration est la maladie juvénile de l’homme moderne et de la femme aussi, nous poussant souvent au comble du ridicule, femmes au bord de la crise de nerf au comptoir de passage à l’aéroport, hommes traquant les voitures queue-de-poisson sur l’autoroute.  C’est l’intolérance à la frustration qui nous pousse vers le petit whisky du soir, la même qui se cache derrière les fringales de chocolat, la torture des vitres sous le chiffon ou les quatre cent paires de chaussures au-dessus de l’armoire, côté homme je peux ajouter l’achat compulsif de scies circulaires et/ou de cravates, ou encore la collection de produits de soins du visage de nos métro-sexuels. L’intolérance à la frustration fait le lit de nos passages à l’acte, la nuit de nos insomnies et souvent la grosse de nos divorces.

     

    Il ne s’agit pas de se contenter de peu, mais bien davantage de savoir attendre, négocier, résister, espérer. C’est le « pas tout, tout de suite » qu’on prêche à nos enfants et qu’on ne s’applique pas.

     

    Ne pas supporter la frustration, ne pas autoriser que le monde soit imparfait, vient de nos égos contemporains, un brin surdimensionnés, ou de nos « surmoi » envahissants, de nos pulsions de vie qui se sont perdues en route, ont tourné vinaigre parce qu’elles n’avaient pas su trouver les cheminées symboliques, celles de la parole qui apaise, de la pensée qui patiente, du raisonnement qui explique, de la respiration qui soulage.

     

    Que ne dit-on plus souvent que les pulsions sont nées vivantes avant que d’être mortifères, qu’elles ne le deviennent, ça, sales pulsions de nos obsessions morbides, paranoïaques et sado-maso, que faute de prise de conscience, ce lent balayage entre le cerveau reptilien et le néo-cortex ?  

     

    Sinon ? C’est le petit bonheur de quotidien qu’elles fabriquent, du petit moteur d’aéroplane tout vivant qui fait des vœux de nuage dans le ciel.

     

    Mais il faut bien le dire, parfois l’intolérance à la frustration vient de loin, de la maltraitance subie enfant, de l’impossibilité de l’âme quand la haine la dénie, de l’insupportable douleur ressentie et encore et encore qu’on ne saurait revivre, alors tout plutôt que sentir, et je t’intolère et je te dégomme la frustration, je te la met K.O., ligotée, au fond du panier, le cadenas sur le verrou, le panier au fond de l’eau, l’eau au fond du trou, le trou au fond du rien..

     

    A moins que nous ne nous mettions à mettre des mots sur tout ça, à démêler entre le superfétatoire et l’inscription profonde, entre la narcisson vaniteux et la blessure douloureuse, pour ré-apprivoiser les petits ressentis, qui étaient partis depuis longtemps se cacher dans la crypte, pour leur dire, viens, petit, petit, en leur tendant la main, pour qu’ils reviennent nous raconter pourquoi ils se terraient là, tout là-bas.

     

    C’est ainsi que les hommes vivront, reléguant aux oubliettes les pleurs de crocodiles, les cris d’orfraie et les colères d’éléphants.  Intolérance à la frustration ; à ne pas confondre avec gémissement de l’âme.

     


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