• Le contresens de Guaino

    Valentin Carron

    Croix Noir

    The Third Mind, Palais de Tokyo

    cliché Anthropia

     

    Repentance, quand l'auto-culpabilisation pousse au déni des torts faits aux victimes.

     

     

    Dans un entretien publié ce jour dans le passionnant numéro de Libé -dont les sujets intéressants pullulent-, Guaino répond à la question : "La mode, à vous entendre, serait à la repentance ?"

     

    "Le politiquement correct pousse à la repentance. On veut faire expier aux fils les fautes des pères. C'est absurde."

     

    Cette phrase pour moi est absolument perverse, elle inverse le sens réel des choses, tord la réalité pour mieux la critiquer.

     

    Rappelons le présupposé qui travaille la phrase de Guaino. La bible dit : "Les torts faits aux pères rejailliront sur les fils jusqu'à la quatrième génération". Sous-entendant le fait que ces torts se transmettent sous forme de secrets de famille, sous forme de "haine de soi intériorisée du fait du tort", qu'ils travaillent les descendants, qui ne s'appartiennent pas réellement, qui sont obligés de donner des gages à l'histoire passée.

     

    Mais Guaino dit "on veut faire expier aux fils les fautes des pères". Et là, le sens est inversé. Guaino prend pour acquis la faute des pères, Guaino en fait une certitude. Ce qu'il retient, ce n'est pas le tort fait à la victime, c'est la faute du père. Je ne ferai pas de psychanalyse sauvage de Guaino, mais veux bien croire qu'il a un compte à régler avec son père, rejoignant sans doute Sarkozy à ce sujet. Donc le problème pour ces deux hommes est de s'exempter de la faute des pères.

     

    Pour moi, la question est de regarder les torts qui ont été faits aux pères, aux pères algériens de nos jeunes assassinés et jetés dans la Seine, aux pères harkis trahis par les Français, aux Algériens exploités et traités en sous-hommes. Reconnaître ces torts, ce n'est pas se mettre dans la position du fils fautif, c'est pacifier la relation avec ces hommes de l'autre côté de la mer, en reconnaissant que des torts leur ont été faits.

     

    On n'est donc pas dans l'auto-stigmatisation, dans la repentance et l'auto-flagellation. On est dans une analyse lucide du passé et dans la reconnaissance des victimes. Qu'ils ont été victimes, ces colonnisés de la précédente génération.

     

    Selon moi, ce terme de "repentance" est le mot utilisé par les fils auto-culpabilisés des fautes de leurs pères, se sentant à ce point coupables, qu'ils ne peuvent être que dans le déni, dans le rejet, parce que n'ayant pas su prendre le recul nécessaire.

     

    On ne saurait que conseiller à ces hommes d'aller faire un tour sur le divan, pour qu'ils se libèrent de leurs propres tourments, de leur incapacité à voir autre chose que leur propre victimat. Peut-être sont-ils eux aussi victimes des torts faits à leurs pères. Et incapables d'en sortir. Mais quand on postule à ce niveau de l'Etat, la psychologie personnelle doit s'effacer.

     

    Tout au fond de moi, je pense même que cette attitude auto-culpabilisée de la faute des pères, quand elle se retourne contre les victimes, est une des caractéristiques de la pensée de droite, qui ne supporte pas d'aller voir en face l'histoire patrimoniale. C'est ce que fait Sarkozy quand il conspue les rmistes d'être des fainéants, qu'il donne aux riches et prend aux classes défavorisées. C'est une perversion, une pensée qui pense à l'envers ou de côté.





     

     

     

     

     

     


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