• Libre fille d'Alexandrie

    Misses Freeze 02

    Fiorenza Menini

     

     

    Quelque part aux USA, dans un quartier dominicain d’une grande ville, vient de s’installer une fille de vingt-deux ans d’origine égyptienne, nous l’appellerons Leila.

     

    Sa vie a commencé à Alexandrie, enfance tranquille, famille aisée. Les choses ont basculé, quand à dix-neuf ans, sans la consulter, son père l’a mariée de force à un ami à lui, de quelques dizaines d’années plus vieux qu’elle, cela se fait dans ce milieu, arrangements en affaire, gager la fille, une vieille coutume.

     

    Un an plus tard, d’elle-même, sans en parler à quiconque, elle sait qu’elle n’a aucune chance qu’on l’y aide, elle prend une décision et demande le divorce pour des raisons que la jeune fille ne dit pas, mais qu’on peut deviner.

     

    Déshonneur absolu pour la famille. Sa mère se lamente, son père rugit de colère, les frères se détournent, n’a-t-elle pas mis la honte sur eux, et après en avoir délibéré tous ensemble, ils la chassent de la maison.  La voilà, à la rue, sans argent, seule et divorcée en Egypte, quelle sortie brutale de l’enfance.

     

    Elle va alors commettre  l’acte le plus subtile, le plus radical, le plus suicidaire qu’une fille arabe et libre puisse commettre. Dans l’impulsion du moment, elle prend sa deuxième décision tout aussi peu raisonnable. Elle, qui rejetait les préceptes de la religion musulmane, elle qui prétendait vaquer tête nue dans les rues de la capitale arabe, se rend au souk le plus proche, achète une burqa et la revêt. Puis elle place le long de son buste un fil électrique, dont la pointe agrémentée d’un bouton rouge affleure tout près de sa bouche, et ainsi habillée, pénètre dans une banque en criant d’un ton menaçant : j’ai une bombe sous ma burqa, donnez-moi 100 000 dollars ou je fais tout sauter.

     

    Curieuse idée n’est-ce pas, une de ces tentatives de la dernière chance, une folie comme on dit, mais surtout une façon de décaler les stéréotypes dans lesquels elle baigne depuis toujours. L’attentat kamikaze, la burqa, elle les met au service d’un passage à l’acte personnel et criminel ; dans son cas, aucune des mille vierges ne l’attend au paradis, la seule cause qui la guide, c’est la sienne. Elle fait son enfer sur terre toute seule comme une grande, dotée de cet art provocateur de retourner les pseudo-faits de gloire, commis au nom d’Allah, en les illustrant par l’absurde, véritable pied-de-nez à sa culture. 

    Malheureusement pour elle, elle fut prise, passa en procès et fut condamnée à un an de prison, un an, seulement un an, ce qui je crois augure d’un malaise du tribunal et peut-être de la famille, qui ont dû sentir l’intransigeance de sa posture, la liberté quoi qu’il m’en coûte ; ils ont compris que jamais elle ne renoncerait, que la honte allait croître de Charybde en Scylla, qu’il fallait tout faire pour stopper le scandale ; ici elle n’était décidément pas à sa place, là-bas sans doute, on n’en entendrait plus parler.

     

    Leila a quitté le pays, quand ils la croisent dans la rue amerloque, les gens ne savent pas que cette fille-là est puissante, qu’elle est debout, qu’elle tient tête ; elle a tout juste l’air d’une belle orientale américaine, d’une de ces filles qui ne veulent qu’une chose, passer leur diplôme et travailler, Comme tout le monde.

     

     


  • Commentaires

    1
    yannick G
    Dimanche 20 Septembre 2009 à 11:47
    Tyrannie familiale et étatique.
    Mariage forcé et crime d'honneur, deux manifestations souvent liées, et pour cause, manifestation de la même bêtise, de la même lâcheté, ce que certains appellent fidélité à la tradition... qui prennent des formes diverses, de celle des plus archaïques et répandues que vous nous narrez Anthropia, jusqu'à ces nouvelles formes, tout aussi abjecte, consistant à déshériter le fils ou la fille parce qu'homosexuel ou ne suivant pas les traces imposées par la famille. Les premiers pas vers la tyrannie étatique/religieuse/traditionnelle se font comme les autres, en famille. yG
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