• Morituri te salutant*

    Bernard Kouchner

    Ministre des Affaires Etrangères

     

    Comment va Bernard Kouchner ? Non, mais c'est que je m'inquiète. Hier, il préside un colloque de directeurs et Présidents d'Alliance Française. Assis à côté de l'orateur, qui rappelle son passé glorieux de french doctor, ses hauts faits dans le portage de sacs de riz, il se met à répondre en langue des signes, d'un rictus, haussement d'épaules et balayage du plat de la main, façon de dire foutaises que cela, ce passé est révolu. Le moins qu'on puisse dire c'est que cela n'a pas l'air de lui faire plaisir qu'on lui rappelle le temps où il était un homme, un vrai.

     

    Puis il vient à la tribune faire le speech, le visage grave. Je salue ici les thanatologues présents dans la salle, représentants d'une langue qui va mourir. Sur un ton tellement pince-sans-rire que la salle accueille la phrase d'un silence glacial. Etait-ce une blague, au fait ?

     

    Constatant que sa névrose finissait par se voir, il se rattrape aux branches, remet du liant dans son discours, non sans dire au détour d'une phrase que "le développement du français pouvait passer par une médiatisation en anglais", on oublie la francophonie, on parle de la France en anglais, et on supprime les alliances françaises, où comme chacun sait les présidents jargonnent le français comme une vache espagnole.

     

    Et me revient en mémoire le mot d'une amie américaine parfaitement bilingue, à qui un amerloque monolecte demanda une seule bonne raison d'apprendre le français. Elle répondit "because french is smart" (le français est intelligent). Elle constatait que dans notre langue, nous apportons des pensées originales, et que c'est un atout pour eux, Américains, qui agissent avant tout, d'apprendre une langue qui permet de réfléchir. C'est aussi ce que disait Robert Redford, quand il rattachait son engagement politique à sa présence en France en 68.

     

    Nous avons une spécificité d'avoir encore la liberté de penser, d'avoir une laïcité qui nous permet de penser le profane et le rationnel, même si nous pratiquons une religion, (chez nous, pas de bataille sur la théorie darwinienne de l'évolution), d'être décalés par rapport au monde simple de l'argent. Si nos philosophes s'exportent, Derrida, Kristeva, et les autres, c'est justement pour cela.

     

    Et on voudrait vendre notre langue à l'encan, former nos têtes blondes à la pensée bling-bling (merci Attali, voir plus bas), nous enreligioser pour qu'on s'abstienne de penser, laisser des traducteurs anglophones appauvrir nos pensées par des traductions applatissantes ?

     

    Non, nous devons nous battre pour que notre ton décalé devienne audible, que notre verve soit entendue, que notre forme d'intelligence soit reconnue. C'est notre "argument concurrentiel", cette différence, il ne faut pas y renoncer.

     

    * Ceux qui vont mourir te saluent

     

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :