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Anthropia

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L'ambivalence | 23 mai 2009

Crédit photo Anthropia

« Une …. particularité est le trait appelé « ambivalence », phénomène psychique qui consiste en l’incapacité de condenser le conflit psychique en un compromis, ce qui … oblige à le représenter par deux actes, ou pensées opposés. »

Ferenczi in Psychanalyse IV

Œuvres complètes 1927-1933

 

 

 

 

 

L’ambivalence, de ambo « tous les deux » et valence, est l'incapacité à choisir.

 

Qui n’a vécu ces moments où l’on agit une fois, puis une seconde fois en totale contradiction avec la première, ne connait pas l’ambivalence. Un bel exemple récent dans notre histoire de France, c’est Cécilia qui quitte son bel amour de New York pour venir aider son époux à accéder au trône, puis au second tour, s’abstient de voter ; ambivalence, elle ne pouvait pas ne pas l’aider, elle ne pouvait pas le faire jusqu’au bout compte tenu de son désamour.

 

Là où une pensée plus élaborée lui aurait permis sans douter de poser le bon acte, l’acte symbolique qui aurait pris en charge son conflit intérieur. La face de la France en aurait été changée sans doute.

 

L’ambivalence, c’est le volte-face, c’est le n’importe quoi de nos actes, ceux dont on a finalement honte, ceux qui restent comme la preuve de notre inconsistance. J’ai le souvenir d’avoir rompu avec un ami dans un restaurant, pour l’amour d’un autre, dont je doutais, et que j’ai invité dans le même restaurant pour fêter nos fiançailles, façon de ne pas lui dire que je doutais de lui. Ambivalence. J’ai encore le rouge aux joues, vingt ans plus tard, du sourire narquois du waiter, qui me revoyait quelques jours plus tard au bras d’un autre, dans le même restaurant. L’ambivalence est la traîtrise du pauvre, celui qui ne parvient pas à élaborer son conflit, qui n’ose pas, qui a peur, fait ses petits coups en douce.

 

Bref s’il avait l’audace, il trahirait. Encore que pour Besson, on imagine que c’est son ambivalence vis-à-vis de Ségolène Royal, devoir militer pour une femme, pour cette femme-là, qui l’a amené tout à la fois à faire l’argumentaire de campagne du PS et à rejoindre l’adversaire UMP au milieu du gué. La trahison ou la rupture apparait alors comme le moyen radical de traiter le conflit psychique. Il l’est radical, puisqu’il ne règle que la moitié du souci, et que celui qui rompt n’a plus pour solution que de renier sa foi précédente, en l’occurrence changer son système de valeurs. C’est cher payer.

 

Nous ne referons pas l’histoire de France. Mais j’aimerais m’interroger sur l’art de faire du symbolique avec nos tiraillements intérieurs. Le compromis dont parle Ferenczi n’est pas un succédané, un tiède mélange renégat, non c’est l’acte juste, celui qui tombe bien, comme on le dit d’une robe ou d’un pantalon. Faire du symbolique, cela commence par une pensée : je me sens mal, je suis en conflit avec quelqu’un ou avec une situation. We have a situation, comme disent les Américains.

 

Ensuite, c’est se demander ce qu’il faut faire : en parler avec la personne ? Changer sa manière de penser la chose ? Ou attendre un moment plus favorable pour intervenir ? Et là nous retombons sur un vieil article déjà abordé ici, l'intolérance à la frustration (voir Carré psy). Très souvent, se voir agir de manière ambivalente est le premier signe qu’on fait le grand écart dans sa tête, mais aussi qu’on ne le supporte plus, que cela devient intolérable. Soit on agit tout de suite en parlant, soit on se renie soi-même en commettant une petite vilénie, soit on prépare ses munitions et on est prêt dès qu’une brèche se fait jour.

 

Je vous vois venir, vous pensez que je suis « prise de tête », que tout ça est trop compliqué, que la vie est simple, qu’il suffit de trancher dans le vif. Cette femme qui n’a rien trouvé de mieux que de porter plainte contre des enfants de 6 et 10 ans qui avaient, pensait-elle, volé le vélo de son fils, doit sans doute penser comme ça. J’ai un problème, je vais à la police. Moyennant quoi, elle a fait arrêter deux enfants à l’école primaire par six policiers pour un vol qu’ils n’avaient pas commis, et toute la France en parle. Mettons-nous à sa place deux secondes. Elle a un problème, son fils n’a plus son vélo, elle a un doute, c’est ce petit arabe qui le lui a pris, d’abord elle pourrait travailler son ambivalence (racisme) vis-à-vis de ces enfants, ensuite elle pourrait aller voir le petit et lui expliquer que son fils a perdu son vélo, qu’elle a un doute sur le vélo et voir sa réaction.

 

J’aimerais raconter une histoire qui m’est arrivée chez des amis. J’avais une jolie paire de boucles d’oreilles, au moment de faire mes valises pour mon départ, je constate qu’elles ont disparu. J’avise la petite fille de cinq ans, qui les avait regardées avec convoitise quelques jours plus tôt. Je lui parle en tête-à-tête et lui dis que j’apprécie beaucoup ces boucles d’oreilles, que je les ai perdues, que cela me rend triste, et qu’elle peut me comprendre, puisqu’elle aussi les avait beaucoup aimées, je glisse ensuite que j’aimerais qu’elles reviennent dans ma pochette avant mon départ. Je quitte ma chambre, au moment du départ, les boucles sont revenues. Les parents n’en ont rien su, j’ai bien remercié la petite, elle m’a souri finalement fière de ce qu’elle avait fait. Compréhension en douceur de ce que quand on vole, on fait de la peine à quelqu’un.

 

 

Cela dit, je ne verse pas dans le prêt-à-penser, parfois, porter plainte a du sens, c’est faire passer la loi, c’est introduire du droit dans le système pervers, il faut même du courage pour le faire, face à des agresseurs dangereux.

 

Ce que je veux dire, c’est que le symbolique, c’est de l’huile d’esprit, de la créativité, il faut chercher le bon acte qui va bien, cela prend du temps, cela se réfléchit. Et voilà Madame comment vous sortirez de votre ambivalence, certainement pas en construisant un système de prêt-à-agir, porter plainte, ester en justice, sont les manières les moins créatives qui soient et sans doute celles à utiliser en dernier recours.

 

J’oublie de dire que traiter son ambivalence fait du bien, qu’on se sent mieux après. En tout cas, moi, et peut-être les quelques-uns qui, en me lisant, ne feront pas un pstttt méprisant et cynique, parce que pour ceux-là, l’ambivalence est une méthode de traitement de problèmes. Tout plutôt que parler, que chercher en soi le courage de poser un bel acte symbolique.

 

 

 

Publié par Anthropia à 11:44:17 dans Le carré psy | Commentaires (0) |

Qu'est-ce qu'un peuple ? | 21 mai 2009

Tamouls

Sitting sur le Champ de Mars

20 mai 2009

Crédit photo Anthropia

 

Qu'est-ce qu'un peuple ?

Une langue, une religion,

un drapeau, une cuisine,

des traditions, parfois même une terre,

en tout cas, il y en eut une.

Oui, celui-ci est un peuple,

qui souffre, on ne sait pas bien

si c'est depuis 46,

si c'est de la main des indiens ou des Sri lankais,

ou de celle de son leader,

dont la stratégie de la violence n'a mené qu'à ça.

Mais c'est un peuple et je me souviens

d'une invitation dans une famille Tamoul

de La Réunion, veau massalé dans les feuilles de bananier,

cérémonie des morts, nous nous sommes penchés ensemble,

en cassant des morceaux de noix de coco

et en respirant la fumée des bâtons d'encens.

Comme souvent en suivant les informations,

on ne sait pas bien d'où vient la vérité,

mais ces amis avec qui j'ai partagé le repas m'ont fait comprendre,

que les peuples souffrent des mains des élites,

et pas l'inverse.

 

 

 

 

 

Publié par Anthropia à 09:47:10 dans Actualité | Commentaires (3) |

Qu'est-ce qu'un peuple ? | 21 mai 2009

Tamouls

Sitting sur le Champ de Mars

20 mai 2009

Crédit Photo Anthropia




Publié par Anthropia à 09:36:23 dans Actualité | Commentaires (0) |

Pourquoi nous lisons des livres | 20 mai 2009

Thomas Hirschhorn

How to dance Deleuze ?

Fiac 2008

 

 

Quand on se préoccupe d'écrire, et qu'on a beaucoup lu, on est frappé de ce que certains écrivent encore des romans d'antan, façon narrateur tout-puissant, je m'en vais vous raconter toute la vérité, et d'autres -ceux de l'auto-fiction, ceux de la narration parcellaire - se mettent dans la position relativiste, je ne vois que ce que mon angle de vue me permet de voir et je ne peux trouver le reste de la vérité que dans les autres, quand ils veulent bien me la dire.

Cela pose plusieurs questions : "La vérité existe-t-elle pour certains et pas pour d'autres ?" Et "Ecrit-on pour dire la vérité ?"

Est-ce un rapport de certitude au monde (je ne doute pas), de psycho-rigidité (ce que je vois est ma vérité, donc la vérité) ou de naiveté, qui fait penser à certains que la vérité peut être prise au lasso, façon cow-boy ? Et pour ceux qui doutent, est-ce une incertitude vitale qui leur fait voir que rien n'est sûr, que tout se dérobe au fur et à mesure, que la vérité cède sous le poids de l'ambivalence ? Ou bien plutôt une attitude pragmatique, voire scientifique, la mosaique des points de vue sur le monde, la compréhension de Tome, Prigogyne et Vigarella, la réalité n'étant que le résultat d'un dialogue entre deux observateurs, ce dialogue permet d'établir une certaine vérité à un instant T.

Depuis l'ère du soupçon, la vérité est une patate chaude, un porc-épic, c'est à qui la laissera à l'autre : la lente déconstruction de notre LQ (langue quotidienne) en est un des reflets, à quoi sert de dire quelque chose qui au final est soit de la communication, soit une illusion. Mais ce n'était pas le cas aux siècles d'avant, celui du progrès, celui des idéologies, en ce temps-là, la vérité se laissait approcher comme une pierre philosophale, un Eldorado à conquérir. Et ne lisions-nous pas depuis notre enfance des livres que pour justement dérouler un monde lisible, quand la réalité quotidienne se dérobait. Je crois bien qu'enfant, j'ai lu les omniscients pour me rassurer, convaincue de trouver la vérité dans les livres.

Et je livre ce paradoxe qui m'apparait aujourd'hui, si nous sommes devenus écrivains ou lecteurs pour démasquer ce qui se cache, trouver les secrets, découvrir la vérité, si toute notre quête s'est nourrie de cette première motivation, alors que faisons- nous à poursuivre le travail dans un siècle d'où la vérité s'est envolée ? Avons-nous décidé d'être des chercheurs à vie, remontant notre rocher de Sisyphe comme des boeufs, attachés à leur piquet ? N'ont-ils pas raison les bling-bling, les obsédés du quotidien, les jouisseurs du moment, à renier littérature, philosophie et tout le saint-frusquin ?

Nous sommes devenus des admirateurs du travail de la forme, le chemin plutôt que le but, le style plutôt que les faits.

 

 

 

 

 

Publié par Anthropia à 11:26:24 dans Critique littéraire | Commentaires (0) |

Peau d'auto ! | 19 mai 2009

Same Old, Same Old

Christine Laquet

Crédit Photo Anthropia






Haut les mains, Peau d'lapins ! Qui n'a joué à ce jeu étant enfant.

Aujourd'hui, une corrida médiatique nous ferait plutôt lancer :

Olé, Peau d'auto !

Le matador s'appelle Pubeur, il lance chez Toyota

la collection de peaux de voitures,

toute la gamme repérée dans un déshabillage à la muletta,

l'auto vraie de vraie en dur, croix de bois, croix de fer, je l'ai vue s'ouvrir,

même un chien s'y est précipité,

et bien l'auto se transforme tout à coup en couverture d'auto,

qu'on retire avec quelques effets de manche de torrero.

Le taureau, c'est nous, qui découvrons que la pub c'est qu'du trompe-l'oeil,

que sous l'urban, y a la break, sous la break, y a la smart,

sous la smart, y a la 4x4, peu importe la taille,

en une auto, on a la gamme complète, comme si chacune les contenait toutes,

un concept nouveau, non corporate, j'achète Toyota, mais nouveau riche,

j'en ai cinq pour le prix d'une,

enfin, c'est plutôt le fabriquant qui a cinq pubs pour le prix d'une,

message reçu, en temps de crise, il faut faire des économies.

 

il y a de l'effet matière bien sûr, comme Dali en a fait avec ses montres molles,

mais je ne sais pas ce que cela fait d'acheter un objet viril de chez viril,

qui devient mou et flasque en un tour de main,

qu'on perd même au profit d'un autre plus petit,

ou plus grand, mais pas ce qu'on avait demandé,

on entre dans l'ère de la décustomization, la virtualité des options,

les avoir toutes potentiellement.

Bien sûr ce faisant on découvre la gamme, toutes ces belles autos,

mais on pense au forcing des concepteurs, des techniciens en open space,

qui ont trimé, rongé leurs peaux de doigts jusqu'au sang,

avalé des cachets pour le stress,

pour arriver à produire tous ces beaux modèles.

Une gamme, ce n'est finalement que ça,

des voitures toutes différentes, mais pas trop,

pour qu'on ait l'impression d'un tout ;

mais qui a tenté de ranger ses livres par éditeur,

et même tiens, par collection,

sait bien que l'unité dans le temps est ce qu'il y a de plus impossible.

Et le raccourci de gamme que cette pub nous montre le confirme :

non, il n'y a pas d'esprit Toyota, oui tout ça est bien un leurre,

chaque auto n'est qu'une icône, remplaçable en un tour de main,

et mon utilitaire fera bien encore l'affaire.

 

 

 

 

 

 

 

Publié par Anthropia à 09:05:49 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (0) |

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