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Anthropia

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Pathétique | 19 avril 2009

Diane Arbus

Child crying

 



Comment décrire la souffrance et la peine dans la littérature. Le mot pour  les dire, c'est pathos.

 

Dans la définition du Petit Robert, pathos (apparu en 1671) est un mot grec signifiant « souffrance, passion ». En soi, rien de problématique. Mot apparu à l’heure de la modernité dans notre langue, c’est-à-dire lors de l’émergence du sujet, pathos serait en quelque sorte requis pour décrire la souffrance éprouvée. Je souffre, donc je suis.

 

Cela saurait me suffire, si je décide d’exprimer la souffrance et la douleur dans un texte.

 

A moins que l’establishment me l’interdise, Stendhal est passé par là, et la rhétorique aussi.

 

1°.Ex. Partie de la rhétorique qui traitait des moyens propres à émouvoir l’auditeur.

2° (1750) Mod. et littér. Pathétique déplacé dans un discours, un écrit, et par ext. dans le ton, les gestes. « L’avocat général faisait du pathos en mauvais français sur la barbarie du crime commis » (Stendhal).

 

Chez les modernes, le pathos est devenu cette moue sur le visage qui atteint tout bon lecteur du milieu germano-pratin. Tout le monde le dit, le  pathos est interdit. Parce que tout pathos est forcément issu de moyens fourbes ou rhétoriques destinés à émouvoir l’auditeur.

 

Vous aurez remarqué que le pathos est cité en référence à l’oralité, il est de l’ordre du discours, dans le ton, dans le geste, chez Stendhal, c’est un réquisitoire de l’avocat général. Consacré de mauvais goût à l'oral, le pathos serait absolument interdit à l’écrit, parce que stigmatisant le procédé vulgaire d’émouvoir et probablement la trace du parler dans la langue écrite.

 

Ce faisant, exit l’émotion, la souffrance, la passion, le chagrin, ou plutôt ils ne sont autorisés qu’entre les lignes. La preuve de la souffrance est désormais la sobriété à dire des horreurs, la placidité à se décrire fou, la simplicité à décrire la confusion des sens et des sentiments.

 

Virginia Woolf le disait déjà de Jane Eyre, à certains passages, le discours féministe de l’héroïne est une faute de goût, on ne doit pas parler sa souffrance, on doit la masquer, l’effleurer, ne la citer que chez l’autre. Je souffre sans le dire, donc je suis.

 

Le pathos est devenu le comble de l’obscénité, le signe d’un égo mal dégrossi, le sème d’un moi enflé qui cherche à nous manipuler. Mais alors que dire de ce style de mise à distance, qui nie les larmes et les sanglots, qui s’assied franchement sur l’âme pour l’écraser. Interdites les images, recommandé le cynisme.

 

Faites avec votre pathos et ne nous emmerdez pas. Pathétique ne renvoie-t-il pas à l’os jeté au chien, ah ce chien qui désire, qui le montre, quelle chiennerie. Le pathos, c'est de la sous-littérature, du « tout juste bon pour le peuple ». Voilà qu'une néo-noblesse naît de cette posture, j’en suis, de ceux qui savent que la douleur est l’apanage des faibles, «pleure pas, si t’es un homme ».

 

Et si je veux être fille moi, si je veux revendiquer le droit d’explorer cette frontière entre moi de dedans, et moi de dehors. Si cette première étape d’une prise de conscience m’intéresse, comment puis-je faire ? Parce qu'en m'interdisant les procédés de style, on m'interdit de parler de ce sentiment mou de soi. Je dois faire dans le choquant, le corps, les bones, les chaires suppurantes, les boyaux apparents, traités façon clinique, c’est le contraste qui compte. Mais à force d’en voir dans les séries TV des corps ensanglantés, à force de les lire entre les lignes des autofictionnels, le contraste ne me fait plus d’effet. Et je cherche à retrouver la flamme d’authenticité qui dit que le bât blesse, l’image délicate, un bout d’âme de Ronsard, une démonstration à la Spinoza, le bord d’abîme qu’on sait plus qu’on devine, qu’on s’octroie malgré tout, parce que l’être est tout là, dans cet interstice entre le mal et le mal.

 

Je veux pouvoir explorer le pathétique, le cerner, le comprendre, en voir l’absence de maturité, en saisir la complaisance, mais aussi la valence.

 

Blood, sweat and tears. Du sang, de la sueur. Mais des pleurs aussi.




 

 

 

 

 

Publié par Anthropia à 12:20:25 dans Critique littéraire | Commentaires (4) |

Alex ! | 16 avril 2009

Diane Arbus

                       








Ah l'étrange plaisir d'un bel Alexandrin










Publié par Anthropia à 07:57:01 dans Débris de semaine | Commentaires (1) |

Ma honte non bue | 15 avril 2009

Atlan 2

Ousman Sow



 

 

A l’époque de Georges Bush II, il n’a pas été rare de rencontrer des amis américains venir s’excuser auprès de moi chaque fois que leur président commettait une de ces turpitudes dont il avait le secret. L’Axe du mal les avait notamment fait s’étouffer et plusieurs d’entre eux m’avaient dit leur honte d’être citoyen d’un pays dont le Président était capable d’un tel discours.

 

Aussi, quand j’ai entendu Ségolène Royal présenter ses excuses devant ses amis du Sénégal, pays où de surcroît elle est née, je m’y suis retrouvée ; j’avais moi-même présenté mes excuses à plusieurs amis africains, parce qu’étant citoyenne de France, ce que dit ce Président se fait en principe en mon nom. On lui a reproché de se présenter en femme d'Etat ce faisant. Or, c'est bien comme citoyenne que cette femme politique a pu intervenir et faire son mea culpa.

 

Ce que les Américains disent quand ils affichent un Not in my name sur leur T-shirt ou au fronton de leur maison.

 



 

Publié par Anthropia à 13:50:23 dans Actualité | Commentaires (0) |

L'acte gratuit de Gianni Motti | 11 avril 2009

Gianni Motti

Crédit photo Anthropia









 

Publié par Anthropia à 13:07:40 dans L'acte gratuit de Gianni Motti | Commentaires (0) |

L'acte gratuit de Gianni Motti | 11 avril 2009

Money box

Gianni Motti

Centre d'Art Contemporain

Ferme du Buisson (Noisiel)

Crédit Photo Anthropia

 

 

 

En cette période de crise, Gianni Motti, l’artiste qui joue avec le cadre dans le monde de l’art, selon sa devise, toujours « à la mauvaise place au bon moment », fait œuvre cette fois au Centre d’Art Contemporain de la Ferme du Buisson. Julie Pellegrin le reçoit pour une carte blanche, qui s’avère être une opération blanche, à différents sens du mot.


Gianni Motti a décidé de titriser en œuvre d’art l’argent de la production, 5000 euros, transformés en coupures d’un dollar, soit 6 500 dollars, commission de l’agent de change déduite. Celui-ci a d’ailleurs bougonné devant cette demande étonnante : vous voulez retapisser votre appartement ou quoi ?

 

Non, Gianni Motti a entrepris de nous emmener dans un cheminement mental vicieux, la provocation apparente d’abord. Comment, tous ces billets suspendus en pleine crise ? Quel mauvais goût. La mauvaise conscience des bourgeois. Les hommes de ménage ne s’y sont pas laissés prendre qui se sont mis à rire en voyant l’étalage, ils ont compté bien sûr, mais ils ont compris qu’il n’y avait là que du dérisoire face aux milliards dont les médias nous rebattent les oreilles à longueur de JT, incendiant à bon compte les patrons abuseurs.

 

Provocation ? Allons un peu plus loin. Tout d’abord, cet argent va revenir intégralement au Centre d’art. Même les trombones, ah, la difficulté de trouver les bons trombones pour accrocher ces billets. Le saviez-vous, qu’il existe deux sortes de trombones, ceux à bouts raccourcis et ceux dont la tige va jusqu’au bout ? C’est de ces derniers qu’on a besoin pour suspendre ce linge curieux, pour faire cette grande lessive qui mime le grand déballage du capitalisme, contraint à compter ses sous, les vrais, les réels.

 

Mais celle qui s’arrache les cheveux, c’est la comptable, comment imputer ce budget production qui revient comme gain à la fin de l’exposition, en général, on ne gagne pas d’argent, là on récupère la mise intégrale. Tout ceci met la comptabilité à colonne double en piètre situation, un trou noir du système comptable, un angle mort de la finance.

 

Gianni Motti exhibe l’argent, lui donne forme abstraite, un dôme renversé. Le passant trop rapide n'aura vu que l'installation. Mais le plasticien joue avec le signifiant ; ne doit-on pas l'oeuvre au banquier, au degré zéro de la transformation, une opération de change ? L'argent fait oeuvre, même le small money, le one dollar bill, en trois temps : argent à valeur faciale, à valeur d’échange, puis à valeur d’usage. Retour à l’envoyeur. Ce n’est pas l’argent de la dette, c’est l’argent de la rétribution, qui ne rétribue rien, ne paie aucune facture. Mépris de l’artiste qui tire à blanc sur le monde de l’art.  

 

Ce faisant, le plasticien nous implique dans la fabrique de l'oeuvre et sa disparition, comme dans d'autres oeuvres de Gianni Motti, le protocole est respecté ; l'avant, l'après sont présents tout autant que le visible immédiat et le contexte de création intègre aussi les conditions de la néantification finale.

 

Comment faire acte gratuit d’argent sans virtualité technologique, comment faire écho au monde en donnant à voir les dessous de la production ? Ceci n’est pas de la création monétaire, c’est un ready-made, irruption de l’œil de l’artiste, cadrage, puis retrait, fondu au blanc. L’acte parfait en quelque sorte.




 

Publié par Anthropia à 12:58:46 dans L'acte gratuit de Gianni Motti | Commentaires (7) |

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