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Anthropia

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Ma théorie sur la Princesse | 02 mars 2009

Rodney Graham

Main street tree

 

L'autre soir, j'écoutais Princesse,

infirmière guadeloupéenne,

raconter ses pérégrinations dans les hauteurs de l'ile,

pour trouver de la morue

à rapporter à un vieil homme handicapé,

elle était belle, Princesse,

dans sa voiture blanche customisée.

Elle m'a fait penser à une autre princesse,

La Princesse de Clèves, celle qui n'est pas chère à Sarkozy.

 

On croit souvent que l'intrigue du premier de tous les romans,

porte sur la vertu d'une femme,

qui se sentant coupable d'avoir trahi par la pensée son mari,

se croit la cause de sa mort et renonce à l'amour.

Ma théorie, sur la Princesse de Clèves,

porte sur un interdit d'adultère,

imposé par la mère à la fille,

pour éviter la répétition d'un drame qu'elle a vécu jeune fille,

le jour où elle perdit les deux hommes de sa vie,

son mari et son amant, si bien qu'elle prétendit

porter le deuil de l'un en pleurant l'autre.

C'est dit quelque part entre les lignes, à vous de trouver.

La Princesse est donc l'objet d'une transmission transgénérationnelle

et d'un phénomène de répétition, qui lui fait rejouer l'histoire de sa mère,

et cet interdit perdure dans la mémoire collective,

comme un secret qui résiste au temps.

En attendant, voir un peuple se mettre à lire devant le Panthéon

un texte vieux de 400 ans a quelque chose au choix de totalement givré,

ou de sublimement audacieux. Je penche pour la seconde hypothèse.

 

 

Publié par Anthropia à 14:09:33 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (0) |

The best of all of us | 01 mars 2009

Crédit photo Anthropia

 

 

Souvenir d'enfance.

Je m'introduis subrepticement dans la chambre de mon frère,

je fouillotte dans ses affaires,

les fanzines, les photos pornos.

Puis j'avise son stock de musique en boite.

Je lui pique une K7 audio, je lis les gribouillis dessus,

il écrit comme un cochon mon frère,

je ne parviens pas à lire le nom du chanteur sur la K7,

je sors de la chambre la K7 cachée dans mon pyjama.

(oui les moins de trente ans ne peuvent pas connaitre,

le plaisir de la K7 volée,

c'était avant le téléchargement peer to peer).

Arrivée dans ma chambre, j'introduis la boite dans mon magnétophone.

Et là, c'est l'électrochoc, l'oeil alerte, l'oreille conquise,

l'envie de tout comprendre des paroles,

c'est Otis Redding, le meilleur d'entre tous.

 

(SITTIN' ON) THE DOCK OF THE BAY
- written by Otis Redding and Steve Cropper
- lyrics as recorded by Otis Redding December 7, 1967, just three
days before his death in a plane crash outside Madison, Wisconsin
- #1 for 4 weeks in 1968

Sittin' in the mornin' sun
I'll be sittin' when the evenin' come
Watching the ships roll in
And then I watch 'em roll away again, yeah

I'm sittin' on the dock of the bay
Watching the tide roll away
Ooo, I'm just sittin' on the dock of the bay
Wastin' time

I left my home in Georgia
Headed for the 'Frisco bay
'Cause I've had nothing to live for
And look like nothin's gonna come my way

So I'm just gonna sit on the dock of the bay
Watching the tide roll away
Ooo, I'm sittin' on the dock of the bay
Wastin' time

Look like nothing's gonna change
Everything still remains the same
I can't do what ten people tell me to do
So I guess I'll remain the same, yes

Sittin' here resting my bones
And this loneliness won't leave me alone
It's two thousand miles I roamed
Just to make this dock my home

Now, I'm just gonna sit at the dock of the bay
Watching the tide roll away
Oooo-wee, sittin' on the dock of the bay
Wastin' time

(whistle)

 

 

 

 

 

 

Publié par Anthropia à 12:10:31 dans Ecoutez Otis Redding | Commentaires (8) |

L'affaire des Galettes de terre | 27 février 2009

Le déjeuner sur l'herbe (détail)

Florence Reymond

Crédit Photo Anthropia

 

Lyon, le 23 février 2009

Je monte dans un taxi.

Au rétroviseur, un de ces CD de décoration,

sur lequel est imprimé en rose et vert le contour d'une ile

dont je ne reconnais pas la forme,

heureusement, sur l'autre face en rose pâle,

le mot Haiti.

Haiti, les Tontons Macoutes,

la pauvreté,

les sols partis avec les ouragans,

et sur les marchés, comble de la régression,

passé récemment dans le Zapping de Canal,

"les galettes de terre",

dernier nutriment pour faire face au starving.

Le chauffeur, plutôt heureux de notre conversation jusque là,

se met en colère.

 

Haitien, il a une expertise, oui la situation politique,

oui l'exil pour cause de délit d'opinion,

oui les ouragans, oui la pauvreté,

mais les "galettes de terre", c'en est trop,

c'est de la conspiration, de la manipulation d'opinion,

car les "galettes de terre", Madame,

c'est une Délikatessen d'Haiti,

les femmes riches s'en font quérir à l'étale,

les femmes enceintes s'en délectent comme d'une envie de fraise,

la "galette de terre" est un gisement de sels minéraux,

une spécialité locale, qu'on a toujours mangé,

alors la filmer comme si c'était la métaphore de la pauvreté,

c'est péché.

 

Je quitte le taxi perplexe,

pourquoi la "galette de terre" dans les médias ?

Y en a-t-il davantage que jadis,

quand le taximan courait dans les allées de toiles ?

Ou les remarque-t-on aujourd'hui

pour illustrer d'un symbole le retour à l'état sauvage

des habitants de l'ile ?

Ce qu'on veut faire accroire.

 

 

 

Publié par Anthropia à 09:20:57 dans Actualité | Commentaires (0) |

La force de l'âme | 25 février 2009

 

Installation in situ, maison éclusière,

Printemps de septembre 2008, Toulouse.

Car d'excursion, panneaux routiers vides de signalisation,

lampes à sodium, miroirs urbains, chaises de collectivités,

réverbères de jardin, matelas, planches, modèle réduit de car,

lampe et humus.

Diffusion sonore

Conception Frédéric Alstadt.


Rendez-vous d'automne de Françoise Hardy est interprétée

par la chorale de la maison de retraite Henri Marsaudon

de la ville de Varennes-Vauzelle, Nièvre.

Photos Claude Lévêque et Marc Domage.

 

 

C'est une obsession. Non, pas la chanson de Françoise Hardy,

mais le récit de cette oeuvre

fait par une chroniqueuse de France Culture,

elle raconte son émotion devant l'installation de Claude Lévêque,

elle entre dans la salle, elle voit un autocar,

le moteur est en route,

elle entend un choeur de vieilles voix de femmes,

chantant Rendez-vous en automne,

c'est une chorale des femmes de la maison de retraite,

où se trouve la mère de Claude Lévêque.

Voilà, c'est l'art contemporain,

quand il est à l'écoute du monde,

quand il traduit les émotions,

celles d'un fils qui sait que le dernier voyage de sa mère n'est pas loin.

La force de cette installation ?

C'est qu'en écoutant ce récit,

je m'y suis retrouvée, comme si j'étais in situ,

la force imaginaire se transmet,

quand l'âme est au rendez-vous,

le ressenti se communique comme électriquement.

 

 

 

Publié par Anthropia à 10:25:34 dans Art contemporain | Commentaires (0) |

Nommer moi-même | 24 février 2009

Jimmie Durham

En ce moment au Musée d'art moderne de la Ville de Paris

 

Nommer les choses, ce qu'on voit, ce qu'on devrait voir,

la fin de 68, l'histoire de France, la lettre de Guy Moquet,

le travailler plus pour gagner plus, ça rime, c'est bon.

Nommer les gens, le Besson, le Kouchner, la Dati, la Yade,

les nommer pour les mettre là où on veut.

Nommer le monde et vouloir être le seul Nominateur en chef,

et il dit Que la lumière soit et la lumière fût.

Et quand c'est la crise, nommer qu'on en est au milieu,

ou nommer qu'on n'en sait rien, mais lui plus que les autres,

car ne rien en savoir avec autant d'énergie, c'est plus fort.

Et nommer le patron de France Télévisions,

nommer le Pérol à la tête du groupe banque,

nommer les ministres pour qu'ils aillent dans les commissions

empêcher les sénateurs de délibérer,

nommer le chateau de Rambouillet à la Culture,

pour que disparaissent des coûts du budget de l'Elysée,

bien qu'on y ira quand-même, avec Belle-maman,

qui a ses vanneries à côté.

Nommer moi-même en mon nom momifié de la monomique.

 

 

 

Publié par Anthropia à 10:20:38 dans Actualité | Commentaires (0) |

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