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Anthropia

Mon village au bord du ciel, blog où s'installent mes textes et billets d'art contemporain

Présentation

J'habite à Ivry, dans un loft sur jardin de bambous. Ici vous trouvez les scories de mes textes, ce qui déborde, dépasse ou mes essais-erreurs.




J'écris régulièrement des Chroniques Ivryennes, relatant mes rencontres et mes balades dans la ville.



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L'écolier bling-bling | 19 janvier 2008

 

 

   

Le rapport Attali va sortir, bientôt, et sans faute. Enfin, il paraît que c'est pour ça qu'il a été retiré hier des pages des Echos, il était bourré d'erreurs.

 

A lire absolument cet extrait clairement libéral tiré du Figaro : « Ainsi, la commission veut «préparer la jeunesse à l'économie du savoir et à la prise du risque». Ce qui signifie, dans le primaire, accélérer l'apprentissage de l'anglais, du calcul et de l'informatique... »

 

Je n'ai rien contre ces trois matières dont je me sers sans cesse dans mon travail. Je n'ai absolument rien contre, vraiment. Mais si le savoir et la prise de risque se résument à l'apprentissage de l'anglais, du calcul et de l'informatique, c'est le degré zéro de l'humanité.

 

Ces quelques mots dans un rapport très, très libéral, m'apparaissent comme la caricature absolue de ce qu'on veut faire du petit Français : un financier de Wall Street, un boursicoteur obsédé par le fric, un singe savant américanisé, un épicier de luxe informatisé, bref le portrait-robot de l'arriviste décervelé, en quête du cyber-bling-bling pouvoir.


 

On voudrait faire de nos chères têtes blondes des petits libéraux tous pareils, qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Venant d'Attali, on aurait pu souhaiter autre chose. Mais voilà, il faut bien l'admettre, nos élites ne jurent que par l'américanisation, l'argent et la technologie. Aux orties, les humanités, la tête bien faite, l'honnête homme. Le primat de l'individu nomade robotisé est déclaré. C'est la guerre qui l'est ce faisant : la guerre à l'intelligence du cœur, aux solidarités, à la culture, à l'humanisme et à la vraie prise de risque. Car selon moi, la prise de risque, c'est le pari de l'art, de l'originalité, de la diversité, du goût, que la commission ignore. Et si la croissance doit repartir, c'est bien plutôt par une offre décalée qu'on y arrivera.



 

Peut-être que si Attali avait su s'entourer, il y aurait moins de libéralisme dans son rapport et sans doute aussi moins de fautes dans sa rédaction.



Dernière minute : le rapport Attali est en fait un rapport bling-bling, commandité par l'Elysée, il est édité par une co-édition entre la Documentation française et Xo, Fixot éditeur. Manière de privatiser les profits et de faire payer les coûts par l'Etat. Rien d'étonnant donc à ce qu'il fasse l'apologie de l'écolier bling-bling.

 

Publié par Anthropia à 09:30:17 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (2) |

Chroniques Ivryennes XX : La nettoyeuse | 18 janvier 2008

Néon

Palais de Tokyo

Cliché Anthropia

 

 

Hier il m'est arrivé quelque chose qui n'arrive pas souvent dans la vie. Une vieille amie est venue me voir. Et tout de go, à l'heure du thé, elle m'a demandé d'être son exécutrice testamentaire. Bon, elle n'est pas encore à l'article de la mort, mais elle y pense, elle prenait l'avion pour L.A., ceci expliquant peut-être cela.


 Je ne sais pas bien ce que c'est, exécuteur testamentaire, mais j'ai l'impression d'une demande qui ne s'accepte pas comme ça. C'est une responsabilité. Réaliser le projet post-mortem de quelqu'un, un peu déstabilisante l'idée.


C'était comme un nouveau rite initiatique, j'avais atteint un certain stade, assez jeune pour lui survivre, digne de confiance et tout le toutim pour qu'elle  me confie cette responsabilité-là, assez teigneuse, apparemment aussi, pour qu'elle sache que je respecterais ses dernières volontés.

 

Elle a fait ça avec beaucoup de classe, rien de pompeux, un courrier glissé sur la table, en me regardant en souriant, pas de tralala, de larmes, de drame, une demande d'une copine à une copine, un petit service en quelque sorte.





Le partage était assez simple, un patrimoine à distribuer à peu de personnes, une œuvres littéraire, pour laquelle elle a désigné un autre exécuteur, son éditrice, ce qui circonscrit mon rôle et le rend plus léger. Mais tout de même, c'est accepter de se mêler des affaires d'une autre. Et ça, c'est toujours compliqué.




D'ailleurs la nuit me l'a confirmé, c'était la tempête, oui, non, des vagues de 11 mètres de haut, le bateau tanguait fort. Et puis ce matin, arrivée à bon port, l'impression que la réponse est prête.



J'ai décidé d'accepter la demande de mon amie. Parce que c'est une belle personne et que je veux bien accompagner son départ, je sais que tout sera prêt. Et puis il faut bien se rendre des coups de main entre amis.








 

 

Publié par Anthropia à 11:51:29 dans Chroniques Ivryennes | Commentaires (0) |

Pharmaciens, unissez-vous | 17 janvier 2008

Cliché Anthropia

 

Hier soir au 20 heures de France 2, un reportage nous apprenait qu'il y avait des centrales d'achats pharmaceutiques, des regroupements de pharmaciens, qui tentaient d'obtenir des prix de la part des grands laboratoires pharmaceutiques. On apprenait aussi qu'Unipharma, l'une d'elle, ne parvenait pas toujours à se faire fournir par certaines laboratoires, qui préféraient vendre au prix fort leurs médicaments aux grossistes qui doublaient leurs marges aux commerces de détail, les pharmacies, qui se servaient au passage.



Et je me suis mise à rêver de découvrir l'une de ces pharmacies du réseau Unipharma, où je ne paierais pas ma Nikitin 24 euros la boîte, comme à la pharmacie d'à côté, presque aussi chères qu'un paquet de cigarettes, où les marges seraient calculées au plus juste. 



Bien mal m'en a pris. Car trouver Unipharma sur internet est mission impossible, je veux dire l'Unipharma qui m'intéresse. Et sur Infogreffe, on n'obtient qu'une vague officine à Boulogne-Billancourt, mais nulle part un site, un vrai, pour présenter ce grand outsider, chevalier blanc du médicament dé-remboursé, chargé de nous protéger des méchants labos qui facturent 30 à 100% de marge.




 

 

Publié par Anthropia à 15:23:21 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (0) |

A poil, les philosophes | 14 janvier 2008

Photo d'Art Shay

Nu de Simone de Beauvoir

publié en page intérieure du Nouvel Obs

 


 

 

J'ai longtemps pensé qu'il fallait chercher du côté de la vie des philosophes pour se faire une idée de leurs idées ou théories. Tel philosophe qui largue sa grande famille, Rousseau, (l'un des inspirateurs de la Révolution française), tel autre qui ne se marie jamais, Kierkegaard, préférant rêver à l'impossible fiancée que de vivre les affres du quotidien avec elle (cela dit ils sont nombreux les philosophes en mal d'âme sœur, certains ont d'ailleurs cherché l'âme frère), tel autre enfin, vivant au fil des années, col blanc ouvert au risque de l'angine de poitrine, vivons dangereusement, je ne le cite pas, tout le monde aura deviné.



Puis je me suis fait une raison, j'ai compris que les philosophes écrivent des livres à partir de leurs problématiques, ce que je ne suis pas, je l'écris, ce que je voudrais être, faire, je le dépeins comme ma norme ou ma quête. D'autant plus cartésien qu'on est à l'Ouest ou en Hollande, d'autant plus fidèle qu'on apparaît volage, d'autant plus existentialiste qu'on n'a pas fait de la résistance pendant la guerre 39-45.



Avec les temps modernes, si j'ose dire, l'écrit est passé à l'oral de la rue, dans l'engagement, les philosophes ont revendiqué une parole opérationnelle (performative, dirait Jakobson), non seulement penser mais agir, non seulement agir, mais œuvrer pour les masses populaires, les pauvres et les fous. L'existentialisme est un humanisme comme on disait à l'époque. Depuis je me demande. D'où une époque, les années 70, durant laquelle on regardait les philosophes autant qu'on les lisait, ils constituaient des modèles de vie.




Et puis vinrent les années 2000, les théoriciennes du féminisme nous racontent qu'elles ont tapiné et que c'est bon pour la libération de la femelle, celles de l'art contemporain qu'elles ont fuqué partout où le regard se pose et que la chair est triste,  et Simone est à poil dans le Nouvel Obs.



Moi bêtement, je regarde la photo et je me dis, elle est belle, même celle de l'intérieur je veux dire, (la couv' a été retouchée), je ne vois que ça, oui le nu en noir et blanc de Simone de Beauvoir est beau. Cinquante ans après, même l'enrobé des fesses résiste au risible, elle est pulpeuse, cette femme-là. J'examine vaguement mon état intérieur après la lecture brûlante de King Kong Théorie, je me tâte imaginant les possibles dévastations de Judith Butler sur mon esprit, j'y repense à deux fois en lisant les commentaires INDIGNES, puis EN COLERE, puis APOPLECTIQUES de mes sites favoris ou des associations féministes que je consulte en ligne et finalement je décide que non décidément non, l'assassin n'est pas le jardinier, ni le Nouvel Obs.


Peut-être, et je dois l'avouer, suis-je influencée par quelques djeuns qui traînent autour de moi, des artistes, des étudiants, et qui pour la première fois ont acheté le Nouvel Obs. Oui, pour la première fois, ce News de Vieux, ils l'ont acheté, pour cause de philosophe à poil. Parce que c'est marrant ça, une tête à cul, une sexy vieille dame indigne, où va-t-on, la confusion Madame, on ne sait plus qui est qui. Ils l'ont acheté parce qu'elle semble mettre du cœur à l'ouvrage, cette coquine nue sur talons aiguilles, qui guette du coin de l'œil le flash du photographe, que fera-t-il de la photo, elle ne la récupère pas, elle s'en amuse.



Et puis s'il y a bien une femme qui méritait ça, c'est bien elle, non ? La femme qui refilait ses petites copines à son mec, la femme à hommes qui s'est tappée toute la rédaction des TM, la tombeuse, celle qui a mis sa vie sexuelle et sociale au-dessus d'une pseudo-vie familiale. Et qu'on ne misérabilise pas sur les enfants qu'elle n'a pas eus. Esprit de sacrifice ? Non, elle a bien compris, Simone, que depuis toujours pour les femmes, la maternité, c'est la mise en risque de la liberté, ou alors elles mettent le bébé aux objets trouvés, et ils pourraient s'enrhumer.




Si Simone est à poil dans le Nouvel Obs, c'est non seulement parce qu'elle le vaut bien, c'est parce que l'époque veut ça, c'est l'influence de l'égo-philosophie, «se mettre à poil» au sens propre comme au figuré. Les philosophes se mettent à poil, de multiples façons. Michel Onfray nous renseigne sur les plaisirs sadiques de ses éducateurs. Finkelkraut nous fait partager ses crises de parano aigues et on l'aime quand-même, on lui pardonne comme à un pauvre vieil enfant traumatisé pour tous les moments d'intense passion de comprendre dont il nous grise le samedi matin. On ne parlera pas des grands coureurs, grands sauteurs de la place parisienne, que la compulsion a conduit à hautement consommer, mais franchement qui ira le leur reprocher dans la génération post-pillule et early sida, surtout pas moi qui ai contribué à leur palmarès. En revanche, on attend toujours les théories qui expliqueront comment le cerveau d'un penseur est irrigué par son sex-appeal. La KK théorie de Virgine D. a créé le porno-choc pré-philosophique, une sorte de montée libidinale avant que les idées n'adviennent, une initiation intellectuelle par le sexe en quelque sorte, comme on reboute un ordinateur, l'introduction du logiciel pour faire fonctionner la machine, mais le livre se lit avec plaisir, rafraîchissant les idées tout en leur donnant une allure actuelle.



 

La post-modernité met le corps en avant, comme Simone prônait la vérité à tous prix. Le corps à la vue de tous est un peu cette vérité plus vraie que les mots, l'irréductible d'un être, son image extérieure la plus authentique. Après l'ère du soupçon, je ne dis pas ce que je pense, je ne pense pas ce que je dis, se montrer à poil c'est montrer sa vie, l'exercice physique qu'on fait ou pas, le régime draconien qu'on impose à son réfrigérateur. C'est en tout cas l'utopie contemporaine, le corps comme performance de soi, plus fort qu'une philosophie.



Alors faut-il s'émouvoir de ce qu'on montre UNE philosophe à poil ? Sans doute que peu d'hommes supporteraient l'exercice, façon Polnareff, encore que Raphaël Enthoven, Michel Onfray, BHL, Derrida en son temps et quelques autres soient de beaux mecs. On a bien vu un Président en slip de bain dans son kayak, rien n'est impossible. Et cela pourrait bien venir plus vite qu'on imagine, les hommes commencent à s'émanciper, cela ne saurait tarder. Gageons que ce sera le prochain scandale du Nouvel Obs, quand il faudra faire découvrir à la prochaine génération ce News magazine qui décape dans tous les sens du terme.







 

 

Publié par Anthropia à 10:10:30 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (4) |

Jean-Frederic Schnyder | 12 janvier 2008

Cliché Anthropia

Palais de Tokyo

The Third Mind

 

Jean-Frédéric Schnyder est né en 1945 à Bâle, il vit à Zoug

 

Découvrir cet artiste ne se fait pas du premier coup. En tout cas pour moi. J'ai d'abord trouvé inintéressants les thèmes et le traitement réaliste de ses tableaux. Puis en y regardant à deux fois, j'ai découvert le fantastique pouvoir fascinant de ces plans, saisis sur le vif, dans le quotidien banal. J'ai commencé à comprendre la fascination pour les fenêtres, pour les espaces ouverts qui cachent autant qu'ils dévoilent. J'ai aimé cette plongée et ce regard qui saisit par strates, qui emmène le regard là où il veut qu'on regarde, dans un coin de salle d'attente de gare, rendu non comme une fermeture mais comme ouverture sur le matériau, la lumière, le paysage.

 

"Tout cela se révèle moins bizarre dès lors qu'est rappelée la prédilection de J.F. Schnyder pour Marcel Ducham, avec, au premier plan, moins les 'ready-mades' que cette capacité à tenir compte de l'imprévu, à convoquer le hasard des circonstances, et donc, en définitive, la vie elle-même, pour construire une oeuvre qui se tient en constant porte-à-faux par rapport aux formes contemporaines. Contrairement aux artistes de la veine documentaire qui s'efforcent, à la suite de Bernd et Hilla Becher ou de James Welling, de recenser photographiquement les lieux de mémoire de la modernité, J.-F. Schnyder conserve toujours à l'égard du monde une vision paradoxale à la fois proche et légèrement ironique, qui lui permet de simplement s'asseoir dans une salle d'attente ou sur un banc public pour dépeindre ce qui s'offre à lui, suivant un art qui reste une version très personnelle du réalisme". Mamco-Suisse.

 

 

 

 

 

Publié par Anthropia à 15:57:17 dans The third Mind | Commentaires (0) |

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