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Anthropia

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Ne pas avoir eu de mère, par Houellebecq | 29 octobre 2008

ChenZhen

Lire les cendres écouter le silence

1999

Courtesy GalleriaCONTINUA

Crédit photos Anthropia

 

"Ne pas avoir eu de mère ?

Je savais au moins qu'elle existait,

je pouvais la situer, généalogiquement parlant

(même si j'ignorais en général dans quelle partie du monde

elle pouvait bien se trouver).

Ma soeur l'a vue encore bien moins souvent que moi,

pour elle ça devenait une présence quasi-fantomatique.

Mais il est frappant de constater que ces enfants

qui ont vécu toute leur vie dans une famille d'adoption,

parfois heureuse, éprouvent quand même

(en général vers la fin de l'adolescence)

le besoin de retrouver leurs "vrais parents".

Interrogés, tous répondent qu'ils éprouvent le "besoin de savoir".

......

Cela débouche rarement sur une relation durable.

Ils se contentent souvent d'une rencontre,

et d'une seule.

Quelques heures pour toute une vie.

Ce qui se passe pendant ces quelques heures

est évidemment un grand mystère ;

il me semble cependant que je suis, mieux qu'un autre,

en mesure de l'imaginer.

 

Il n'y a, chose curieuse, presque jamais de haine ;

non, ce qui est en jeu est quelque chose de plus froid,

et de plus triste.

Il n'y a pas davantage de pardon,

et j'avoue que je prends assez mal les déclarations de ma mère,

"on doit tous se pardonner les uns les autres", etc.,

où elle s'efforce de singer Dostoïevski, dans ce qu'il a de plus exaspérant.

Je n'y vois qu'une ultime pitrerie, et du genre sinistre.

Ce qui est en jeu,

c'est la reconnaissance qu'un mal a été commis dans le monde ;

et que, d'anneau en anneau, il continue de dérouler ses conséquences.

C'est la reconnaissance, aussi, que ce mal est définitif ;

que rien de ce qui a été commis ne pourra être défait.

C'est la reconnaissance, enfin, que ce mal est limité ;

c'est la transformation d'un mal indéfini, ignoble,

en un mal restreint, défini dans l'espace et dans le temps.

C'est une tentative d'interruption

du déroulement illimité des chaînes causales ;

de la reproduction sans fin du malheur et du mal.

.....

On peut briser la chaîne de la souffrance et du mal.

 

Tous cependant, même ceux qui n'ont pas cette force,

tirent, de cette rencontre, un grand enseignement.

C'est en quelque sorte la face sombre du Tat tvam asi,

le "Tu es ceci",

dans lequel Schopenhauer voyait la pierre angulaire de toute morale.

La face lumineuse, c'est la compassion,

la reconnaissance de sa propre essence dans la personne de toute victime,

de toute créature vivante soumise à la souffrance.

La face sombre, oui, c'est la reconnaissance de sa propre essence

dans la personne du criminel, du bourreau ;

de celui par qui le mal est advenu dans le monde.

Sa propre essence, on l'a à présent devant soi ;

alors qu'on est, en même temps, la principale victime.

Ce qui se produit alors est difficile à décrire,

mais n'a rien à voir avec le pardon chrétien.

C'est plutôt comme une compréhension, une lumière ;

une connaissance du bien, comme du mal,

comme de sa propre nature, intermédiaire.

Et un souhait, autant que possible,

qui peut prendre la forme d'une prière,

d'être délivré de l'emprise de la voie mauvaise."

Michel Houellebecq

 

P. 207-208

Ennemis Publics

Michel Houellebecq et Bernard-Henri Levy

 

 

Publié par Anthropia à 12:08:29 dans Critique littéraire | Commentaires (2) |

Diviser la division | 29 octobre 2008

Claire Fontaine, collectif d'artistes

Diviser la division

Néon en hébreu et arabe

Courtesy Galerie Air de Paris

FIAC 2008

Crédit Photo Anthropia

 

 

 

 

Publié par Anthropia à 00:44:20 dans FIAC 2008 | Commentaires (0) |

Diviser la division | 29 octobre 2008

Claire Fontaine, collectif d'artistes

Diviser la division

Néon en hébreu et arabe

Courtesy Galerie Air de Paris

Crédit Photo Anthropia

 

 

 

 

Publié par Anthropia à 00:42:55 dans FIAC 2008 | Commentaires (0) |

Je perds ou bien je gagne | 26 octobre 2008

Lucy + Jorge Orta

Orta Water, vitrine, 2005

Galerie Continua

FIAC 2008

Cliché Anthropia

 

 

Ecoutez cette version de la chanson en français de Graeme Allwright

par Pierremy

Prends le train pour l'Angleterre ou bien l'Espagne
Partout où je voyage {3x}
Je perds ou bien je gagne.
Donnez-moi des boissons fortes et des liqueurs
Je fermerai ma porte {3x}
Mais je n'fermerai pas mon cœur.
Je savais bien que ce jour allait venir
Je n'voulais pas le croire {3x}
Mais il faut bientôt finir.
Depuis longtemps je rêvais, d'un autre monde
D'une autre tombe je rêvais d'une autre ronde je rêvais
Très longtemps je rêvais dans un autre monde.
Toujours le soleil tourne, tourne le soleil
Maintenant je me réveille {3x}
Allez il faut manger,
Prends le train pour l'Angleterre ou bien l'Espagne
Partout où je voyage {3x}
Je perds ou bien je gagne.

Merci à fr. Lyrics-copy.com

Et puis cette autre version en anglais, celle de Jackson C. Franck, le créateur,

Blues run the game, par Kris Rowley.

Enfin voici l'original.

 

 

 

 

 

Publié par Anthropia à 12:20:23 dans Musique | Commentaires (1) |

Ennemis publics : un livre passionnant | 26 octobre 2008

Ennemis publics

Michel Houellebecq - Bernard-Henri Levy

Flammarion Grasset

 

 

Je ne rentrerai même pas dans la polémique,

faut-il ou pas brûler ce livre parce qu'il égratigne

côté Houllebecq, Assouline, Busnel et Garcin,

BHL sauvant Garcin, sans rien dire des autres,

de tous ces livres dont il ne nomme pas les auteurs,

ce serait leur faire trop d'audience.

Non, je n'entrerai pas dans la polémique,

parce que c'est cinq lignes

dans un livre qui en compte 332.

Elles ne comptent pas, le titre non plus,

au regard du cadeau qui nous est fait.

Oubliez tout ce que vous avez lu,

sauf la critique de Judith Bernard ici,

ou la chronique de François Begaudeau, sur Canal.

Parce que ce livre est tout bonnement passionnant,

qu'il se lit comme un roman, qu'il est par certains égards,

par ces morceaux de récit de soi,

que les deux auteurs nous offrent,

pudiquement et avec générosité.

Parce que ce livre est un grand livre sur notre époque,

sur la réflexion de deux intellectuels,

dotés des outils conceptuels

qu'ils se sont forgés, pas les mêmes :

Lucrèce, les Epicuriens, Pascal 

et même les articles scientifiques chez Houellebecq,

tandis que Spinoza, Sartre, Lévinas et la Bible inspiraient BHL,

sans pour autant le rendre religieux,

"parce que le judaïsme n'est pas une religion", instruit-il doctement.

Il s'agit de calculer sa distance au monde, d'en analyser le lien,

d'en comprendre les sources,

dans les remarques de la tante Paule

et d'un condisciple à Neuilly chez BHL 

ou les mimiques réticentes du père de Houellebecq,

à parler de la guerre ou à fréquenter ses riches clients alpinistes.

Chez les deux, le père inquiète et concerne.

Chez BHL, la mère inspire aussi.

J'aime notre époque parce qu'elle permet à ces deux têtes chercheuses,

de se dire et de réfléchir dans le même mouvement,

de confier leurs petites hontes, leurs secrets désirs,

mais aussi leurs lectures et leurs credos.

Aurait-ce été possible avant l'auto-fiction ou la télé-réalité ?

BHL nous confie les raisons de sa philosophie,

qui pallie ses propres angoisses :

le néant d'un côté et le trop-plein du bourgeois sûr de lui de l'autre ;

l'engagement est sa réponse, panache compris.

Chez Houellebecq, c'est l'aquoibonisme,

ce nihilisme construit après la tentation du catholicisme,

mais aussi l'amour de la nature et de la science, qui font surface.

Nous sentons circuler en nous ces deux tentations.

Nous retrouvons en eux cette énergie de l'enfance ou de la jeunesse,

on écrit à partir de ses douze ans,

ils ont douze ans avec nous, pour nous,

ces deux auteurs, qui sont nos contemporains.

 

 

 

 

 

 

 

Publié par Anthropia à 08:23:38 dans Critique littéraire | Commentaires (2) |

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