J'habite à Ivry, dans un loft sur jardin de bambous. Ici vous trouvez les scories de mes textes, ce qui déborde, dépasse ou mes essais-erreurs.
J'écris régulièrement des Chroniques Ivryennes, relatant mes rencontres et mes balades dans la ville.
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(droits réservés)
Les derniers jours de Susan Sontag
David Rieff
Traduction Marc Weitzmann
Editions Climats
Qui n'a pas lu La maladie comme métaphore,
qui n'a pas suivi le parcours atypique de Susan Sontag,
ne sera sans doute pas intéressé par ce livre.
Quelle idée en effet d'aller assister
en quasi-direct aux derniers jours d'une mourante,
fût-elle une intellectuelle dérangeante,
une femme engagée célèbre !
Et pourtant, c'est la mort d'une mère
dont parle ce fils, plus très jeune.
C'est la difficulté
à parler de la mort justement,
quand celle-ci se présente
qu'on a l'intuition que cette fois-ci
elle sera bien au rendez-vous
et que sa mère, par détermination,
volonté et névrose,
s'obstine à croire encore possible
telle greffe de moelle,
tel traitement du dernier espoir.
Le syndrome au vilain nom, SDM,
attrapé par traitement anticancéreux
d'un sarcome utérin,
la guérison qui vous rend malade,
une invention de la médecine moderne.
David Rieff raconte la bataille
contre l'inéluctable,
mais cela on ne le sait qu'après,
quand tout est fini,
avant on se demande
si on doit se battre pour guérir
ou renoncer
pour se préparer à mourir.
Susan Sontag
qui se battait contre le mensonge,
craignait plus encore la mort,
elle craignait de l'envisager,
cela l'aurait rendue folle.
Et son fils l'a accepté,
«après tout, c'était sa mort».
Un livre sur la culpabilité
et sur la lutte contre la culpabilité,
celle de ne savoir aborder le sujet qui fâche
avec une mère entêtée,
« je me demande dans mes pires moments,
si je n'ai pas en fait rendu
les choses plus pénibles pour elle
en remplissant ainsi
le calice empoisonné de l'espérance ».
Celle de n'avoir su vivre sa vie avec elle,
comme si elle allait mourir demain,
d'être resté dans son quant-à-soi trop souvent,
de ne pas avoir laissé affleurer les émotions.
Un livre sur la folie à plusieurs,
quand un être ne se résout pas à se résigner,
un livre sur les médecins
et leur posture complexe dans ces moments extrêmes.
On lui en veut un peu à Susan Sontag
d'avoir pour dernier mot à son fils,
« je voulais te dire... »,
sacré cadeau ça, cadeau empoisonné,
La position d'énonciation
et puis rien, pas de suite,
Le mystère, que voulait-elle donc dire ?
Mais cadeau quand-même,
car la phrase ouvre le dialogue,
façon d'obliger son fils
à poursuivre la conversation, sans doute.
Ce qu'on comprend,
c'est qu'avec une mère pareille,
on reste longtemps le fils,
« Tandis qu'elle mourait,
nous nagions à ses côtés
dans l'océan de sa mort
et la regardions mourir.
Puis elle mourut.
Et pour ce qui est de moi,
j'y suis toujours,
comme je le découvre,
je nage encore dans cet océan ».
Comment survivre à une mère inconsolée ?
Susan Sontag (1933-2004)
enterrée au Cimetière du Montparnasse,
parce que les cimetières new-yorkais sont laids.
Quelque part pas loin de Simone de Beauvoir.
Aime les galets polis et les fleurs.
Publié par Anthropia à 10:16:20 dans Critique littéraire | Commentaires (0) | Permaliens
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