J'habite à Ivry, dans un loft sur jardin de bambous. Ici vous trouvez les scories de mes textes, ce qui déborde, dépasse ou mes essais-erreurs.
J'écris régulièrement des Chroniques Ivryennes, relatant mes rencontres et mes balades dans la ville.
Suite en bas de page, page 1, 2, etc.
Copyright déposé
sur textes et photos
sauf oeuvres d'art
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"Revenez l'hiver prochain
ce sont des mots semblables
qui soutiennent ma vie
et font passer mes jours,
un à un, comme une colonne de soldats par dessus le pont
qui va sauter.
Revenez l'hiver prochain.
Qui n'a pas entendu ces mots-là ? Qui reviendra ?"
Yehuda Amichaï
début fin début
traduction de Michel Eckhard Elial
éditions de l'éclat
Publié par Anthropia à 11:01:44 dans Littérature | Commentaires (0) | Permaliens
Cela se passe il y a une dizaine d'années.
Une amie à moi roule en voiture sans ceinture,
c'est sa philosophie, elle ne porte pas de ceinture,
elle n'aime pas ça.
Une femme policier l'arrête.
S'ensuit une conversation sur ses papiers,
elle n'a pas fait son transfert de carte grise d'un département à l'autre,
elle a oublié de mettre l'assurance à la bonne adresse,
de foirages en embrouillaminis,
mon amie est bonne pour le procès-verbal du siècle.
A son premier étonnement,
la femme policier lui dit : bon, pour les papiers,
je ne vous verbalise pas,
mettez tout ça à jour et présentez-vous dans cinq jours au commissariat.
Et dans un second temps, elle lui dit cette phrase inoubliable,
maintenant, savez-vous pourquoi je ne vais pas vous verbaliser ?Euh, non je ne sais pas pourquoi vous n'allez pas verbaliser,
mais je sais sur quoi vous pourriez le faire ?
Alors ? Sur quoi ?
Ma ceinture, elle n'était pas attachée.
Oui, votre ceinture, il s'agit bien de votre ceinture de sécurité.
Maintenant je vais vous dire pourquoi je ne vais pas vous verbaliser.
Mon amie la regarde,
surprise de cette annonce paradoxale,
une menace de non-sanction,
et attend vaguement inquiète la réponse.
Eh bien, parce que vous allez la mettre tout de suite, votre ceinture,
et que plus jamais, oui plus jamais, vous ne l'oublierez, c'est compris.
Mon amie a répondu oui madame,
a tout de suite bouclé la ceinture.
Et depuis ce jour,
elle s'est souvent demandée
quel était l'organisme de formation
qui assurait les nouveaux entraînements des agents de police,
parce que depuis ce jour,
elle n'a plus jamais oublié de remettre sa ceinture.
Elle ré-entend machinalement cette injonction paradoxale
et exécute l'ordre qu'elle a en elle mémorisé.
Publié par Anthropia à 17:40:54 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (0) | Permaliens
Voici quelques oeuvres de la dernière Art Basel 2008.
prises en photo avec l'accord des galeristes.
J'ai des regrets, de ne pas avoir pu photographier
certaines oeuvres, faute d'autorisation.
Le reste est à voir en cliquant sur Art Basel 2008 ici, à droite.
Publié par Anthropia à 13:52:57 dans Art Basel 2008 | Commentaires (0) | Permaliens
Melvil Poupaud et Chiara Mastroianni
Un conte de Noël
film réalisé par Arnaud Desplechins
Entrons dans l'univers complexe et talentueux d'Arnaud Desplechins.
Comme cela se passe parfois dans la vraie vie,
une mère, Junon, Catherine Deneuve, n'aime pas son fils,
-elle le lui dit et lui de même-
mais a besoin d'Henri pour une greffe de moelle,
pour se sauver d'une leucémie prévisible.
On ne sait de quel mythe s'inspire cette histoire ;
dans quelle mythologie un fils met-il sa mère au monde ?
Le film lui-même se pose la question.
Il y a Elisabeth, la fille aînée,
qui ne se remet pas de la mort
d'un frère né avant elle, Joseph,
mort d'une leucémie faute de donneur familial compatible.
Mais est-ce bien cela ?
Elle a bien compris que le fils mal-aimé,
celui engendré pour sauver son frère,
et qui a failli, faute de compatibilité,
a développé une forme de perversion,
agir comme un Docteur Faustus
qui aurait vendu son âme au diable,
il sème le désordre, cherche à se venger.
Elle l'empêche de ruiner ses parents
et en échange demande à la famille
De ne plus le recevoir en sa présence ;
les parents le bannissent des fêtes de famille,
Et cela aurait continué comme ça, si la mère n'était pas tombée malade.
L'histoire en enfilade génère d'autres intrigues :
le fils d'Elisabeth entre en schizophrénie,
Lui aussi compatible et prêt à donner sa moelle.
Un petit-fils donnerait-il la survie à sa grand-mère ?
Le scénario oscille entre ces deux possibilités.
Et puis il y a le fils plus jeune de Junon
Qui a joué aux dés sa fiancée avec son frère et son cousin.
Et cette jeune femme, qui découvre que quelque chose
de son destin lui a échappé,
très beau rôle de Chiara Mastroianni,
peut-être le plus beau du film,
parce qu'une parole juste semble naître,
dans la relation à Simon, le cousin.
Enfin, le père, dont le discours est à peine audible,
Une voix qui en aurait deux,
une voix caverneuse
D'un repenti de la tabagie.
Un authentique amant, musicien, artisan, lettré.
Pas beau le père, mais aimable.
Voilà, tout cela s'emmêle, j'ai oublié l'amie juive d'Henri,
Qui fuit la folle famille et les Noëls chrétiens.
Tout cela se mixte, se détruit, se dévoile,
Les comptes se règlent ou pas,
Dans un conte grimaçant.
Mais plus le film avance, plus un soupçon s'insinue.
Il résonne avec le passé d'Arnaud Desplechins.
J'ai en tête le livre de Marianne Denicourt, ex-femme du réalisateur,
Et qui ressemble curieusement à Elisabeth.
J'ai en tête qu'elle lui reproche, à la suite de leur rupture,
D'avoir raconté son histoire dans Rois et Reines,
récit d'une femme qui a perdu son mari,
dans une mort stupide, celui-ci enjambant de nuit la fenêtre de l'entrée,
parce qu'il avait oublié ses clefs, et qui tombe de plusieurs étages.
J'ai en tête que Desplechins a prétendu que c'était sa faute à elle,
dans le film, elle refuse d'ouvrir la porte à son mari, d'où la chute.
J'ai en tête une curieuse lettre que Desplechins envoie au fils,
Pour lui raconter que sa mère a tué son père.
J'ai aussi en tête qu'Eric Rochant, réalisateur d'Un monde sans pitié,
a cassé la figure d'Arnaud Desplechins, qui lui a joué un sale tour,
et qu'Hippolyte Girardot, mari d'Elisabeth dans le film,
était aussi le héros du film de Rochant,
qu'il casse la figure à Mathieu Amalric, figure desplechienne s'il en est,,
qui vient de l'insulter en disant qu'il ne compte pas.
Et à voir ce film, tout à coup,
j'ai l'impression que le Docteur Faustus,
n'est pas l'excellent Mathieu Amalric,
mais bien le metteur en scène
D'une fable glauque
qui vient se superposer au conte.
Elisabeth et son fils fou qui la menace d'un couteau,
une affabulation qui se veut menaçante ?
Piètre vie d'Elisabeth délaissée par son mari,
qui pleure chez son psy et chez son père
en se demandant pourquoi elle est toujours triste,
le père répondant que c'est parce qu'elle s'est séparée de son frère,
une phrase subiliminale, lancée par Desplechins à la tête de Marianne ?
Tout cela ressemble à s'y méprendre à un règlement de compte
A décoder, double langage, menace déguisée,
Lettre mesquine envoyée par Henri à Elisabeth,
Si peu crédible à ce stade de l'histoire,
Ne serait-ce pas plutôt une lettre de Desplechins à Marianne ?,
redonnée en cadeau de Noël par Elisabeth à Henri.
Et je sors de la salle, mal à l'aise.
Oui, tout est là pour une grande œuvre,
Comme l'a dit Alain Finkelkraut,
Qui y a dédié une de ses émissions, Répliques,
Sur France Culture.
Roubaix filmé comme dans un thriller américain,
La bande son, un travail époustouflant,
Chacun vivant dans son univers sonore,
Avec quelques inserts d'adresses directes au spectateur,
comme déjà vu chez Christophe Honoré,
l'enchevêtrement narratif et le montage, de la belle ouvrage.
Mais quelque chose dissone,
le but, l'enjeu du film,
semble se perdre en route.
On n'apprend rien du don final,
même pas que c'est un don.
Et cela se sent, trouble la vue,
fait qu'on y voit double,
c'est l'esprit de menace qu'on retient,
d'un homme contre une femme,
qui se sert de l'art
pour prendre une bien vaine revanche,
nous utilisant, nous public, au passage.
Publié par Anthropia à 17:38:37 dans Critique Cinéma | Commentaires (1) | Permaliens
Angela Bulloch
Art Basel 2008
Nina Koller Galerie
Night sky, 2007
Vous avez aimé la réforme constitutionnelle ?
Vous allez adorer la loi sur le logement,
On pouvait théoriquement expulser en trois ans,
maintenant c'est un an.
On avait un loi SRU qui sanctionnait les communes
faisant peu de logements sociaux,
désormais, on décomptera du quota
les achats d'appartement
par des propriétaires à bas revenus.
Mais un propriétaire à bas revenu,
n'est pas à proprement parler un cas social.
Madame Boutin n'en est pas
à des questions de définition, n'est-ce pas,
pour aggraver la situation, faisons-lui confiance.
Et comme elle le dit, elle est ouverte aux changements
sans toucher aux principes.
Publié par Anthropia à 18:28:08 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (2) | Permaliens
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