• On a perdu l'Economie

    Vidya Gastaldon

    Doma ine de Kerguéhennec

    Créd it Photo Anthropia

     

     

     

    L’univers numérique semble incommensurable. Qui n’a jamais perdu dans un trou noir du grand Tout, qui nous sert désormais d’infini, un fichier qu’il avait soigneusement rangé, croyait-il, en son temps, et qu’il ne parvient pas à retrouver même avec la touche recherche de son gestionnaire.

     

    A la radio, qui plus est nationale, on n’imagine pas que ce type d’événement puisse arriver, processus certifié, procédure blindée, système de validation redoublé, un disque dur paré à toute éventualité, non, pas eux, cela ne peut pas leur arriver.

     

    Et pourtant si, c’est ce qui est arrivé ce matin, durant plusieurs minutes, à France Culture. La pôvre speakrine qui excusait, notre nouvelle grille, on a perdu l’émission de Dominique Rousset, l’Economie en Questions, comme si la crise et ses commentateurs disparaissaient peu à peu devant le business as usual, banques d’affaires, banques centrales et paradis fiscaux reprenant le bon vieux rythme d’avant.

     

    Mais rassurons-nous, l’émission a été retrouvée, juste très, très différente de celle que faisait jadis Dominique Rousset. Il faut dire que les économistes qu’on lui a collés, Olivier Pastré, Patrick Artus et Nicolas Baverez, ne sont pas précisément des analystes inonoclastes, c’est dire que l’establishment sera bien gardé, que la langue de bois sera garantie.

     

    La question ironique de la productrice jetée à la cantonade vers la fin de l’émission, l’aviez-vous prédite la crise ?, et le long silence des Artus and Co, conclu d’un « soyons modeste » de Pastré, venait comme décrédibiliser toute l’émission, effectivement, comment faire confiance à ces économistes qui annonçaient la reprise à la veille de ce qui fût l’une des catastrophes historiques de l’économie.

     

    Juste un fait, que Philippe Martin rappelle et qui interroge : la crise ne touche pas tout le monde équitablement, la montée du chômage atteint beaucoup plus les hommes ; leur taux de chômage rejoint peu à peu celui des femmes.

     

    Et c’est cela qu’on comprend, c’est l’aspect hétérogène de la crise, ceux qui s’en sortent sont ceux qui l’ont générée, pas les traders –qu’on a érigés en boucs-émissaires- non, mais les banques d’affaires, les banques centrales qui font qu’un prêt à une entreprise est moins rentable qu’une spéculation sur la monnaie ou sur le baril de pétrole. Et ceux qui viennent la commenter, sont les mêmes qui ne l’ont pas vue venir, voir qui l’ont suscitée.

     

    Ce que je comprends, c’est que le jeune chef d’entreprise que j’ai rencontré l’autre jour, qui vient d’obtenir deux énormes appels d’offre et qui ne va pas pouvoir y répondre, parce que sa banque lui refuse le prêt dont il a besoin pour produire ses marchés, est la victime de tout ce système, et les salariés qu’il aurait pu recruter pour produire ces marchés, aussi.

     

    Et pendant ce temps, MM. Artus et consorts font la queue devant les grands restaurants à Londres, et prétendent donner des leçons d’économie. Nous avons besoin de penseurs, d’analystes pertinents, non inféodés au secteur bancaire. De qui se moque France Culture à nous refourguer, comme si de rien n’était, les pilotes du Titanic ?

     

     

     


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