• Qui dit Je en nous ?

    James Hopkins

    Eye-glass

    2006

    (droits réservés)



    Qui dit Je en Nous ?

    Claude Arnaud

    Grasset    -   20,90 Euros


    Un passionnant essai, une galerie de portraits de faussaires et d'incertains de l'identité en tous genres, une façon de revisiter ce concept de sujet, de moi, Je, « Qui dit Je en nous ? » est une interrogation sur les troubles des héros à pseudos, des usurpateurs, mais aussi des faux-self et des malades.


    Martin Guerre, père de famille, mauvais époux de Bertrande, disparaît en 1548. Bon vent ! Il resurgit quelques années plus tard. Et après quelques hésitations, chacun s'empresse de le reconnaître, même son épouse pour qui il redevient son époux légitime. Mais deux procès plus tard, il sera reconnu comme imposteur : quelqu'un se fait passer pour Martin Guerre, qui vient de quelques lieues plus loin et il s'appelle Du Thil. Que fait ce coucou dans le nid d'un autre ? D'où vient que cet homme figure le bon mari, en lieu et place du mauvais ? Quelle réparation se joue là ?


    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>Cette quête de Claude Arnaud va nous mener d'un être double à l'autre (on ne trouve que des hommes dans cet essai). De l'auteur Pessoa et ses nombreux hétéronymes, jamais stabilisé dans aucun.



    De Von, Erich von Stroheim, l'acteur d'Hollywood, qui campera avec obstination les officiers nazis, quel intérêt, alors que son destin le mettait plutôt du côté des victimes, des juifs ?



    Bien sûr, on s'attend à Romand, faux médecin, bon mari, assassin, héros de l'Adversaire d'Emmanuel Carrère, qui n'a pas su décevoir son entourage normopathe et a préféré s'enferrer dans des litanies de mensonges, qui ne pouvaient mener qu'à deux possibilités, sa disparition, ou celle violente de tous ses proches.



    Et ce Kurt Gerstein, cet étrange résistant, qui va jusqu'à devenir SS pour mieux lutter de l'intérieur, mais à ce point de l'implication dans l'approvisionnement des camps, est-on encore un résistant ? Lui-même n'en est plus si sûr et quand la fin de la guerre arrive, craignant de n'être pas cru, il préfère disparaître.



    Enfin Binjamin Wilkomirski, emblématique usurpateur de la figure de la Victime, celle que le XXème siècle a immortalisée dans la Shoah. Juif des camps ou pauvre gosse abandonné qui se cherche une allure, une posture, un symbole, pour dire plus fort le dol qui lui a été fait. Et comment sa notoriété se retournera contre lui, après qu'il ait usé et abusé de la confiance de ses amis ?



    La richesse de l'essai tient dans ce cheminement dans les méandres intimes du héros qui ose une double identité. Sa limite réside peut-être dans ce que Claude Arnaud n'en fait finalement que peu de chose, une approche psychiatrique ou psychologique aurait peut-être pu nous en dire davantage de ce décollement de soi.



    Plus phénoménologique qu'explicative, cette étude mérite pourtant qu'on s'y attarde, notamment parce que les formes du double sont multiples, qu'elles empruntent les voies de la fausse identité ou du pseudonyme, celles d'un passé recomposé transformé en fiction servie à ceux qui veulent bien l'écouter, celles d'une mythologie à laquelle le faussaire finit par s'identifier, ou encore celles qui amènent l'usurpateur dans un rôle qu'il assume avec jouissance, tant il trouve avantage à s'essayer à être le Bien et le Mal à la fois.



    « Qui dit Je en Nous » nous emmène dans le feuilleté de l'identité, bien au-delà de l'appartenance à un groupe social. Il pose de fait la question de la dé-liaison, quand un humain ne se sent plus appartenir et ouvre donc le champ à tous les possibles de son devenir.






     


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