• Réintroduction de la couleur comme le lynx dans les forêts vosgiennes, une à la fois

    Pont

    Crédit photo anthropia # blog

     

     

    Vous y êtes, il a l’air heureux le petit, quand il enfile le gilet de sauvetage rouge que lui tend le navigateur, avec son anorak multicolore, il devient l’étoile du sapin, les câbles font guirlande, tout l’intéresse, la canne noire épaisse en fibre de carbone, dont ses doigts peinent à faire le tour, le long fil, du nylon sans doute, et au bout comme narguant, une plume rouge, une plume noire, l’illusion d’oiseau, faire miroiter que cette grande scène va se passer, que l’écriture apportera la magie nécessaire, il faut y croire, pour vous pas de gilet de sauvetage, ni pour l’homme, ni pour personne d’adulte sur le bateau, le sont-ils, et l’odeur de diesel quand le moteur rugit, elle s’insinue en vous, vous soulève le cœur, presque comme cette autre odeur que vous croyiez avoir oubliée, vous pensiez qu’elle n’allait pas réapparaître, vous ne la pensiez même pas, alors qu'elle s'invite à demeure dans votre psyché, trop tard, l’est réveillée, l’éther est là d’emblée et le vomis aussi comme associés, l’immense haut-le-cœur d’un bateau mouvementé sur le clapotis des vagues, falloir s’amariner, on quitte le ponton, coup d’œil de l’autre côté, des masses sombres tombent dans la mer, un jeu d’osselets, et une passe, la passe blanche de brouillard, dont vous savez que le bateau franchira le seuil, petite embarcation tout à coup dans le grand jeu du golfe, le petit, regarde maman, je pêche, et le pêcheur passe la main dans ses cheveux frisés en vous regardant, celui-là ne perd rien pour attendre, ou plutôt il a déjà tout perdu, car les cheveux frisés d’un enfant lui appartiennent, vous n’avez jamais supporté dans la foule tous ces gens qui croient comme on caresse la bosse du bossu que ça porte chance de caresser la boucle du bouclé, il déteste lui aussi, d’habitude il secoue la tête, il met la main contre la main, il dit non, arrête de m’embêter, mais là, veule, il s’aplatit, tout comme un pêcheur il est, il a choisi son camp, d’aucune utilité pour vous dans ce voyage qui se précise, il vous quitte, là, sur le champ de la mer, ce sentiment d’un petit sevrage, comme les milliers de petits sevrages que représente l’enfance de l’autre, il ne grandit pas, c’est vous qui vieillissez à chaque centimètre, vous vous séparez de chaque âge, de ces instants quand il était à vous, perdus, quelques traces, le lent démaillotage d’un petit qui devient grand c’est d’abord le largage de la mère, de vos propres amarres, c’est la mère qui prend l’eau et elle lui dit bravo, enfin parce qu’elle l’aime, une autre crierait haro, vous ne voyez que ça, que ça, et puis la porte, l’homme a choisi la cale, la cabine, pas pour lui les expériences sportives, cherche un café, un endroit où tousser, et peut-être plus, il a poussé  la porte battante, la porte à deux vantaux, sans un regard pour vous, ce sera la métaphore du double monde du lieu, je n’y vais pas encore, c’est ici que ça s’passe, le grand spectacle de la pêche au saumon, Gaby, l’adolescent, veut s’amuser aussi, et le navigateur comme penché tout à coup semble servir les plats, je te donne la canne, je distribue les épuisettes, elles à large filet, à tubulure d’alu, on sent que c’est costaud, et tiens voici pour toi, n’oublie pas cela, et moi, est-ce que je compte, serai-je l’observatrice, la chroniqueuse des hauts faits de mon fils, et bien non, il vous la met d’office dans la main la grande perche sauteuse, vous aussi vous allez pêcher, coup d’œil pour m’assurer qu’il vaut mieux la gaule que ces nuées blanches qui pénètrent la verte au loin là-bas, c’est ça qui se passe, la tentation de barrer le ciel d’horizon, les armées de nuées sont arrivées, les osselets s’effacent sous les doigts blancs de Dieu, un événement qu’on pourrait négliger, nous là tout à l’affaire de la pêche, mais tout se passe comme si un spectacle psychique se présentait à vous, le grand couloir déformé des circuits intérieurs, le voici, du vert du blanc du rouge, la criarde, n’avez-vous rien à déclarer ?, non, non, répond l’enfant, vous êtes dans votre rêve, ça commence.

     

     



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