• Ta mère !

    Ce texte est un "work in progress", je tente de comprendre ce qui est sous-jacent à ce jeu de cache-cache sur les tests ADN. La lenteur à prendre position, la réaction du Sénat, les réactions des plus anciens, l'amendement d'un Mariani, obsédé de la pureté du sang. Donc ce texte va évoluer, sans montrer ses modifications.

     

    Etonnant comme les test ADN se trouvent finalement au coeur de nos problématiques actuelles.

     

    Ainsi Kouchner nous a-t-il dit qu'il ne s'indignait pas des tests ADN, registre de la honte, de l'honneur, la colère, le déni de celle-ci. C'est sa problématique de trahison qu'il évoque ici. Est-il un homme d'honneur ? Ses colères sont-elles encore dignes de foi ? D'où peut-il maintenant se mettre en colère ? S'il n'a plus le blanc-seing du parti des pauvres et des malheureux. C'est bien son problème.

     

    Fadela Amara vient de nous offrir aussi deux petites perles. Elle trouvait "dégueulasse", registre de l'hygiène et de la probité morale, la stigmatisation des migrants avec les tests ADN. Voilà que l'Assemblée nationale en la personne de Devedjian de l'UMP l'attaque à corps, profitant de l'éloignement du Président, avez-vous remarqué, quand le chat n'est pas là, les souris dansent, mais quand il occupe le terrain, tout le monde se tait.

     

    Donc bref, Fadela Amara a conclu que ces attaques étaient "stériles". On est à nouveau dans le champs sémantique de l'hygiène, cette fois, c'est le bouclier hygiéniste qui lui sert de rempart qui ne peut être pénétré par l'armée de microbes contre elle envoyée. Mais d'où lui vient ce bouclier ? Sarkozy ? Elle serait comme stérilisée par l'aura du Président ? Mais alors le dégueulasse des tests risquerait de l'attaquer elle, comme fille de migrants ? Le bouclier ne serait donc pas stérile pour tout ? Elle rappelle qu'elle est une femme libre. Cela résonne pour moi : "libre de quoi" ?

     

    L'ADN est bien du côté d'un jugement sur le pur et l'impur, la pureté du sang du descendant, on doit dire si un enfant est du côté du même, comme son père. Et c'est tout l'enjeu de cet amendement pour moi, cette hantise, cette obsession de savoir si les enfants de cette République-là sont bien aussi nos enfants, si nous devons nous considérer comme leur parent.

     

    Après les querelles multiples, les sénateurs se sont réconciliés sur l'amendement, en passant du père à la mère, je teste la maternité pas la paternité. Il est intéressant que ce soit le Sénat, ce choeur antique, qui remette en cause l'amendement apparemment conservateur d'un petit député de l'assemblée nationale

     

    Comme de bien entendu, quand on risque le statut du pater familias, le Sénat rétorque. Il est le garant du droit patrimonial, du droit du père. Il botte donc en touche sur la maternité elle-même. Est-elle bien la mère de celui qu'elle a enfanté ? Comme disent les enfants des banlieues comme pire injure, Ta mère. C'est bien ce que viennent de dire les sénateurs aux enfants migrants : ta mère ! Non pas, ta mère la pute ! Mais ta mère, la mère !? Est-elle vraiment ta mère, celle qui t'a porté ? A-t-elle vraiment accouché de toi ?

     

     

    Peut-on être mère en-dehors du lien de sang ? Le Sénat ne pouvant renier le symbolique paternel attaque le symbolique de la mère, sa part culturelle, sa part de construction, pour la limiter au lien génétique. Comme si comme mère migrante, on devait désormais prouver deux fois sa maternité par le corps et par le test. Et toujours jamais par l'éducation et la transmission culturelle. Comme si nous ne pouvions être mère sans l'alibi génétique.

     

     

    Renforçant en cela l'angoisse de ces enfants migrants, celle qui les accompagne au quotidien, l'angoisse d'être non seulement "fils de personne" mais en plus "pas le fils de sa mère".

     

     

     

    Bizarre que tout ce ram-dam se transforme en remise en question de la mère. Accord final entre hommes, quand on doute du père, on charge la mère. Et de m'interroger si ces centaines d'années de pouvoir phallocrate ne sont pas finalement le plus bel aveu de l'angoisse de n'être pas le père, quand il n'existait pas encore la preuve par neuf, la preuve scientifique, le test ADN. Alors qu'attendent-ils ?

     

     

     

    N'est-ce pas le voeu souterrain que chaque père convoite en secret, être sûr, prouver qu'il est bien le père. Ce qu'il demande au migrant, n'est-ce pas finalement à lui-même qu'il voudrait le demander ce père, se tester et tester son enfant, sans oser le faire parce que ce faisant, c'est lui-même qu'il remet en question, l'automaticité de sa paternité dans le cadre de la conjugalité. Tentation de l'homme moderne, savoir qui est le père quitte à perdre tous ses droits. Et le Sénat garant de la famille et de la production de fils, bon citoyens et bons Républicains, lui en dénie le droit.

     

     

    Le Sénat vient de tenter de protéger, mais pour combien de temps, le tout-puissant statut des pères, qui sont considérés "père de sang" sans avoir à le prouver. La fiction phallocrate du chef de famille omnipuissant, "Si elle est bien la mère, alors lui, son mari, est le père", encore renforcée par le test ADN pour la mère (comme si le problème était là). Et d'une certaine façon, la paternité vient d'être reconfirmée dans sa dépendance à la conjugalité et à la maternité. Extrême tricotage du droit, où la toute-puissance repose sur la fragilité absolue.

     

     

     

     

     

     

     


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