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    la deuxième lettre de l’alphabet en hébreu, et on est à soi-même son propre hébreu, on entre dans l'antre, mettre dans la poche noire ce qui ne saurait se réduire à une imitation, tant d'autres grands ont écrit leur abécédaire, alors on veut en faire mystère tant qu'on n'est pas au bout de ses mots, ici, on skippe le a, là que tout commence, l’avant est le point d’origine perdu dans le tableau comme l'est le point de fuite, mais pas dans le futur de la peinture, il n’annoncerait rien de toutes manières, on n’a pas fui, on a juste avancé et lui est devenu la trace lointaine d’un arbre de bordure de nationale dans le rétroviseur, on se retrouve debout, on naît au salut des copains, à la montée dans le train, dans les bras de celui qui vous fauche, peut-être ça, le n qui nous fait advenir, ou le n, quand on est un quidam, liberté des dessous de draps dans la grande ville, berechit, se croire allogène comme si jamais prise dans la matrice, on se trompe, on ne fait que succéder, mais peut enfin démarrer la suite, ainsi quand on fait le tri, dans l'abécédaire on trie les mots, dans le tamis qu'on voudrait de hasard, comme si c'était possible

     

    (archive 2014)


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  • crédit photo anthropia # blog

     

    Road Party au Point imaginaire, un texte de Dominique Hasselmann (ici)

     

     

     

     

     

     

     



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  • Double Play

    John Baldessari

    Just the right bullets

    crédit photo anthropia # blog

     

    Elle entre dans cette pièce souterraine du parking Saint-Germain l’Auxerrois, celui devant qui capte, comme on dit détourne, l’entrée de l’Eglise, située derrière, la paroisse des artistes, dit Wikipedia, bien vu, car ce jour-là elle a un petit service artistique à demander à un copain.

    Tout a commencé comme ces aventures parallèles aux boulevards, ou plutôt comme un appel au secours qui nécessite le petit adjuvant ne payant pas de mine mais sans lequel aucun projet ne peut aboutir.

    Sa filleule d’une galerie parisienne fer de lance de l’art contemporain l’appelait paniquée, il manquait un branchement électrique à un artiste, -c’était de Ben Kinmont un hommage à Christopher d’Arcangelo, le plasticien new-yorkais-, pour qu’il puisse réaliser sa performance, brancher une photocopieuse et réaliser des photocopies pour les passants de la rue de Rivoli, -elle avait oublié ce qui se projetait sur ces feuilles blanches et ce qu’elles auraient révélé à celui concerné qui se serait approché d’un peu plus près-, mais pour que cela advint la filleule attendait d’elle quelque chose qu’elle ne se savait pas posséder.

    Elle aimait bien ce genre de demande, elle se souvint du jour où un grand du baroque avait sollicité un ami pour réaliser la bande-son du premier son-et-lumière après réfection des fontaines du Château de Versailles, en baroque bien sûr, la vraie, celle qui consiste à ne jouer qu’avec les instruments d’époque, ceux qui sonnent un peu faux mais qui emportent le temps dans leurs cordes, la baroque des baroqueux qui retrouvent les vieilles partitions au fin fond d’une bibliothèque pour exhumer les morceaux oubliés, ceux des matins du monde qu’on connaît déjà avant de les lire et de les voir en film, de ces beautés espagnoles d’un Hespèrion XX, chantées par Montserrat Figueras ou de ces émotions pures quand Henri Ledroit  grimpait dans les aigus emportant les graves comme contenues dans les notes hautes, voix chaude jamais acide, -on rejoignait Lille pour un soir, juste pour l’écouter et boire un verre avec lui après le spectacle-, bref, de ces musiques qu’ils se mirent tous deux à choisir dans ce qui devait être une des meilleures discothèques de musique baroque de la place de Paris, puisque le grand l’avait dit, puis à enregistrer sur le Nagra, puis à se précipiter, à parcourir de nuit les territoires du parc d’une fontaine à l’autre, repérages puis installation, les magnétos, les amplis, peu de temps avant la dead-line il fallait courir pour que d’un jet d’eau à l’autre l’arrivée dans la lumière signifie aussi l’arrivée dans un univers, comme un parfum le son convoque le décor et niche un climat en quelques secondes.

    Bassin d’Apollon, Bassin de Flore ou du Printemps, Bassin de Cérès ou de l’Eté, Bassin de Bacchus ou de l’Automne, Bassin de Saturne ou de l’Hiver, Bassin du Dragon, Bassin de l’Encelade, Bassin du Fer-à-Cheval, Bassin de Latone, Bassin du Miroir d’eau, Bassin de Neptune, Bassin des Nymphes de Diane, Bassin de l’Obélisque, Bassin de la Pyramide (1)

    Mais ce jour-là, c’était longtemps après, la voix au téléphone demandait, pourquoi à elle, elle ne savait, il y a de ces rhizomes souterrains entre gens qui s’aiment, comme s’ils sentaient en eux l’intuition que la demande ne sera pas vaine, et elle ne le fut pas.

    Elle se rappela avoir rencontré dans ses Monts de Lacaune le frère d’une amie qui pédalait, un pédalage écologique pour de la livraison de plis et produits en tous genres sur un pousse-pousse, dont le chef-lieu se situait justement à quelques pas de l’italienne traversante, son siège social, cette cave de la place du Louvres, premier sous-sol, un entrepôt plutôt, on n’y ferait pas attention si on venait s’y garer, le portail fermé de même couleur que les murs, blancs, de ces endroits du labyrinthe où on ne sait que derrière se cache une autre vie, d’autres hommes qui travaillent, même pas en second jour, ici que la lumière des néons pour éclairer, mais les fourmis ressortent bien vite à mouvoir les pousse-pousse jaunes, (sortes de vélos à cornettes articulés à une remorque, ne sait s’ils étaient jaunes en hommage aux lointains et bruyants cousins de N.Y.), à explorer de jour les sentes parisiennes, à exercer leurs muscles sur le bitume en montée ou descente et d’abord comme sur une piste de décollage et d’échauffement sur la rue de Rivoli.

    Et voilà elle y est, et la gentillesse du copain à sortir cet énorme câble le dérouler sur des dizaines de mètres jusqu’à l’auguste photocopilleur, qui va générer l’installation de la scène comme on la nourrit, un tuyau salvateur, une énergie pulsatile qui rend possible l’art, merci La petite reine, c’est le nom de cette obscure société, qui permet à l’artiste d’éclairer le monde.

    La performance a lieu et comme souvent dans l’art, quand les artistes donnent le courant et entraînent à leur suite d’autres moins connus, dans une ronde de création, celle qui puissante emmène au monde passe le relais encourage donne envie, d’un Matisse à un Proust, les bleus du paysage qui s’incorporent aux êtres, cette gaie ritournelle ou moins gaie peu importe, qui sauve les envies, fait avancer et créer avant d’irriguer une inspiration, l’occasion fait la muse pour une lecture d’un texte juste fini, Oued Zem/Là-bas, roman inédit n’a pas vraiment de titre, et là quelques semaines plus tard devant quoi dix, vingt personnes, au fond une table avec cakes salés et sucrés, jus de pomme, ce Saumur-Champigny qui fait les bons étés et poignées de marschmallows, ordinateur et vidéoprojecteur pour images du documentaire littéraire sur une ville arabe par Nicolas Barré (lien introuvable), elle lit sa mélopée, entrecoupée de cette petite phrase musicale orientale qu’elle avait rapportée de Oued-Zem, d'origine turque, mais pour elle pour toujours liée à ce bourg marocain où elle avait passé un mois tout entier à ne pas parler la langue d’une famille qui ne parlait qu’elle mais qui savait chants et puis danses, langage universel, elle ne sait plus de qui est cet air, -elle l’a perdu dans les entrailles de ce Sony portable, abandonné avec ors et métaux précieux chez un ferrailleur-, juste qu’il a ce pouvoir fascinatoire d’une millième nuit, elle pourrait le chanter, et devant un public qui l’écoute lire dans son pousse-pousse magique, dans cette obscurité de l'antre qui peut mieux qu’en nul autre endroit apporter les ombres d’une médina, les mystères d’un passé colonial et le fragile Ajej qui agite les mikas, elle ose lire pour la première fois et en public, un texte.

     

     

     

     

     

     



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  • crédit photo anthropia # blog

     

     

     

     

     

    C’était un dessin, où on distinguait deux visages côte à côte, ceux de deux hommes qui avaient l’air de s’amuser, l’un blond tout frisé, et l’autre au cheveu court et noir, plutôt latino. Leurs têtes semblait sortie d’un Jack-in-the-box, même si elles ne pendaient pas au bout d’un ressort et ne portaient pas de cornes, c'était pourtant celles de deux diables, un de trop sans doute tant il est inaccoutumé d’imaginer deux diables pour une seule planète, deux malins qui étaient passés par la case médiatique, costard soigné, maquillage TV, l’air bronzé et démagogique que doit prendre le mal par les temps qui courent. L’effrayante noirceur que je détectais dans leur regard contredisait leur sourire, dévoilant la distorsion intérieure, mettant le spectateur, en l'occurrence moi, dans l’incapacité de se faire une opinion sur ce qu’il avait sous les yeux.

    Je ne sais pas d’où venait le dessin, l'avais trouvé sur le fauteuil d’un théâtre un soir, ne me souviens plus du nom de la pièce, le carton était posé à ma place, comme s’il m’avait attendu, je l’avais d’abord pris pour le programme du spectacle, l’avais retourné croyant y découvrir la distribution, les petites informations ordinaires, le propos de la pièce, le nom du metteur en scène.

    Mais non, derrière, rien de tel, juste une mention manuscrite, «effervescence implicite ». A nouveau cette sensation d’impasse, l’indice de la contradiction au cœur même des mots, jusques et y compris dans cet écart entre les registres de langage de l’oxymore.  Plutôt qu'implicite, l’effervescence, pourquoi ne m’apparaissait-elle pas tranquille, apaisée ou calme, que sais-je ? Bref, marions les contraires, mais marions-les bien.

    En fait, je ne savais même pas si les mots se rapportaient au dessin au recto, et s’ils étaient contemporains, voire de la même plume ou du même stylo. A observer de près le tracé, l’épaisseur des traits, la couleur de l’encre, je penchai pour un scripteur différent du dessinateur. J'aurais tout aussi bien pu mettre tout ça au féminin. Je n'avais aucune représentation mentale de ces deux auteurs, et je ne parle pas là de l'image, ce qui les avait amenés ou l’un ou l’autre ou encore un tiers à venir déposer sur mon siège cette énigme.

    Et les mots ne passaient pas, « implicite » rajoutait à « effervescence » quelque chose d’un enfermement, d’un bouillonnement contenu, un effet cocotte-minute quoi, qui rendait presque menaçante l’expression. Et de la trouver là, à ma place, prenait la valeur d’une lettre anonyme, d’un message à bon entendeur. Je décidai de jeter l’étrange invitation à terre, m’assurant des deux pieds qu’elle n’en bougerait pas.

    Mais ces deux Méphistos ne me laissaient pas en paix, j’en étais toute empêtrée, comme s’ils avaient ricané sous mes chaussures en se jouant du cuir pour le traverser se collant à ma peau. A tel point qu’avant même les trois coups, je m'étais levée, avais ramassé la chose, l’avais portée d’un bout de doigt, dégoûtée, pour la déposer sur un strapontin à l’autre bout d’une rangée où personne ne s’était encore assis, et étais revenue mine de rien m’asseoir à ma place non sans un long regard interrogateur de mon voisin. Je sais, je n’en étais pas très fière, me sentant ravalée par la superstition, dont je venais de faire l’éclatante preuve, à l’état d’esprit bêta, femme de surcroît, je prêtais le flanc à tous les clichés sexistes de la terre. N’empêche qu'à mon retour je m’enfonçai confortablement dans les bras de velours cramoisi, sans le moindre regret.

    Pourtant, à ce moment où le monologue de l’acteur principal prenait un peu ses aises avec ma patience, je commis l’erreur de jeter un œil sur la rangée plus loin. Et vis alors ce à quoi j’avais échappé, une femme avait pris la place du diable, et, devant la vision qui s'offrait à moi, je compris tout de suite que ça lui était arrivé, que ce qui m’était destiné avait changé de direction, que j’avais provoqué la bifurcation fatale, que c’était ma faute, mais qu’en même temps, j’avais su m’en sortir, avais été plus maligne, je ne me sentais même pas coupable, je me dis simplement qu’elle aurait pu en faire autant et que si elle ne l’avait pas fait, c’était son problème, oui, son problème, enfin jusqu'à ce que, parce qu'enfin, il ne faut pas être malin pour ne pas remarquer ce qui d'emblée saute aux yeux et ne rien faire, n'a rien fait, mais qu'est-ce qu'elle avait donc en tête ce soir-là. 

    Dans un long soupir, je repoussai alors mon dos très loin dans le coussin et me concentrai sur la pièce.

     

     

     

     



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  • More cheeks than slaps

    néon mirror, 2011

    Mircea Cantor

    Credac

    Crédit photo anthropia # blog

     

     

     

     

    Bout de rien 1

    La femme avance droit devant elle, indifférente à ce qui l’entoure, ses yeux sont légèrement ouverts, quelqu’un s’approchant de près y distinguerait un voile qui cache presque entièrement l’iris, le diagnostic peut-être une cécité, elle a le col sale et ce négligé qu’on voit aux aveugles esseulés, elle marche pourtant d’un pas rapide, supputation elle connaît le chemin. Elle parvient devant la grande dalle, là où toujours des gens aident, pour monter l’escalier, pour traverser et trouver la bonne porte, mais à ce moment-là personne sur la dalle. Elle attend.

     

    Bout de rien 2

    Un homme marche dans la rue, il est au téléphone, il parle fort, grande conversation, les affaires. Il ne prête pas attention. Seuls des murmures auraient pu l’alerter. Cachés en haut de la plateforme, des enfants passent la tête et ricanent. Plus tôt ils ont décroché un extincteur à l’entrée du garage, le plus grand s’en est emparé et vient de déclencher, un long tuyau tendu devant lui, il a descendu la rampe, s’est approché de l’homme à demi-retourné, et fait feu, vapeur, feu de cette neige aux quelques reflets bleus, l’homme prend sur le visage, sur les mains qu’il tend en avant, les petits tout autour trouvent ça amusant, ils rient, se bousculent, l’homme en silence devant le tir continu, puis de l’appareil ajuste et prend photo. Les petits alors remontent l’allée bétonnée et courent se réfugier derrière le muret du haut. Il dit : « j’ai la photo, j’ai la photo ». Deux quidam en bas bougonnent, on en faisait autant à leur âge. 

     

    Bout de rien 3

    Conversation comme ça dans la rue. Une fille, un garçon. Elle, t’étais où, hein, t’étais où ? L’autre, t’es pas ma mère, j’fais ce que j’veux. Elle, non, mais j’suis ta copine. Lui, ta gueule, sinon j’vais t’cogner. Elle, t’as pas le droit. Lui, fous le camp, j’aime pas t’aimer, tu m’emmerdes. Elle, salaud. Mais ils restent là l’un en face de l’autre. Le garçon lève la main.

    Une femme s’arrête, fait témoin, le mec, qu’est-ce que vous foutez là ? Rien. Foutez le camp. La femme reste. Alors il monte dans sa voiture et s’en va. La fille s’enfuit par le mail, se perdant dans les immeubles.

     

     


     

     



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