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Simplisme et simplicité
Le simplisme fait avec une réalité très partielle, un diagnostic rapide ne prenant pas en compte ce qui encombre ou dérange, débouchant sur des réponses atomisées à des problèmes partiels et mal posés, accompagnées de trouvailles en matière de slogans.
La simplicité naît au contraire d'un lent processus. Soros disait qu'il se faisait une fierté de savoir réduire n'importe quel problème complexe en solutions simples. La simplicité se construit à partir d'une exploration approfondie des problèmes complexes qui se posent à notre société. Le diagnostic n'épargnant pas les sujets qui fâchent, le travail ensuite est long d'élaborer pour chaque sous-ensemble du problème une solution facile.
Rappelons-nous, Juppé qui n'arrive pas à faire son budget. Chirac dissout l'assemblée. Une nouvelle assemblée permet la cohabitation. Strauss-Kahn devient ministre des Finances. Il réussit le budget : comment ? Le problème était qu'il était impossible de taxer les PME et qu'il fallait faire des économies pour rentrer dans les fourches caudines européennes. Solution simple, taxer les entreprises du CAC 40 qui ont intérêt à l'Europe et pas les PME qui ne l'auraient pas supporté. La solution est donc un composite et non une simplification, de type « Travailler plus pour gagner plus » par exemple.
Alors peut-on conclure que Nicolas Sarkozy est du côté du simplisme et Ségolène Royal du côté de la simplicité ? C'est plus compliqué que cela. Je crois que Ségolène Royal n'est pas allée au bout de l'exercice. Le diagnostic était approfondi, un début de solutions a été trouvé sur plusieurs points, par exemple sur le complément indispensable entre démocratie représentative, démocratie participative et démocratie sociale. Ces trois piliers sont effectivement très complémentaires. Ou sur la dynamisation de la demande par la priorité mise sur l'écologie, la haute qualité environnementale dans le bâtiment, le développement durable et les énergies renouvelables. Oui, ce sont des bonnes solutions à des problèmes complexes.
Mais sur des questions importantes comme les retraites ou le bouclier fiscal, elle n'a pas été au bout. Sur le travail, non plus. Dans le débat, quand Sarkozy dit qu'il faut des heures supplémentaires pour que l'ouvrier puisse consommer et puisse relancer la demande. Cela apparaît lumineux, tellement simple et juste. Mais il manque un morceau au raisonnement, la solution tient sur un pilotis, elle est bancale. Ce morceau, Ségolène Royal n'a pas su le lui opposer. C'est que pour qu'un patron donne des heures supplémentaires, il faut qu'il ait de la commande, que la relance ne peut donc pas venir seulement des travailleurs. Et que l'argent qu'il met dans le bouclier fiscal, la réforme des successions et le remboursement de la dette va d'abord mettre la France en récession. Qu'il faut d'abord relancer la croissance, pour que la dette soit moins lourde à rembourser. Enfin, que les heures supplémentaires ne réduisent pas le chômage, mais en créent davantage. C'est en cela que les solutions de Sarkozy sont simplistes et celles de Royal pas assez travaillées.
Il reste donc aux socialistes à s'atteler à la tâche, tous ensemble, la nouvelle démocratie, la priorité à l'économie de l'environnement de Royal avec l'efficace comptable de Strauss-Kahn, de Picketty et des autres, qu'attendent-ils donc ?
Publié par Anthropia à 08:58:44 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (0) | Permaliens
Un nouveau Roi est appelé Araignée. Araignée ? Quel drôle de nom ? Pourquoi pas Libellule ou Papillon ?...
Nous l'appellerons désormais Prime-Président, quelque part entre un Prime-Minister et un Président.
Diviser pour mieux régner
Je te donne les Affaires Etrangères, mais je donne les visas au Ministère de l'Immigration.
Je te donne la Santé, mais je donne le pilotage du budget de la Sécu au Ministère du Budget.
Je te donne l'Economique, mais je donne l'énergie au Développement durable.
Je te donne l'Emploi, mais je donne le Travail et les Relations Sociales à l'autre ministère.
Je te donne l'Education, mais je donne les postes de fonctionnaires au Budget.
Je te donne l'Intérieur, mais je donne l'intégration, l'immigration et l'identité nationale à un autre ministère.
Je te donne les collectivités locales, mais je donne le pilotage du budget des collectivités territoriales au Budget.
Je te donne le chômage, mais je donne l'emploi à un autre ministère.
Un gouvernement doit répartir les responsabilités non par thématiques, mais par publics, pourquoi, pour pouvoir traiter en continu un type de public sur la thématique choisie. C'est l'histoire moderne des organisations modernes. C'est pourquoi dans tous les pays du monde, les visas sont traités par plusieurs ministères pour les publics qui les concernent. Que dira le Consul de France à un ressortissant du pays où il sera localisé qui voudra un visa, qu'il doit en référer à un autre ministre que son ministre de tutelle ? Que dire des budgets de la santé, qui seront négociés à Bercy par des financiers ? Au bout de combien de temps, la Présidence sera bouchonnée par les demandes d'arbitrage entre les ministères techniques et les financiers ? Vous le saurez si vous suivez nos prochaines éditions.
Quand dans ce gouvernement, un ministre cherchera à mettre en cohérence, à harmoniser la politique vis-à-vis d'un type de publics, il se rendra compte qu'il ne peut rien faire sans l'arbitrage du Premier ministre, qui lui-même devra se retourner vers son Prime-President pour savoir quoi décider.
Car outre le choix d'hommes grand angle, des découpages tordus de missions, ce gouvernement n'a pas de doctrine. Une preuve, avoir pensé prendre Védrine aux affaires étrangères, puis avoir choisi Kouchner, deux visions radicalement différentes, est un non-sens. Le sarkozysme est un pragmatisme médiatique, calculé en temps réel par Sarkozy.
Ce gouvernement est un nid de vipères en gestation. Gageons que changeront souvent les ministres et que le Prime-Président bien vite se retirera des bourbiers qu'il aura engendrés. Du type de la terrasse d'Argenteuil, par exemple ?
Publié par Anthropia à 20:55:26 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (1) | Permaliens
« Il y a un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques.
Alexis de Tocqueville
Extrait de De la Démocratie en Amérique, Livre II, 1840 (10/18, 1963).
Publié par Anthropia à 01:08:32 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (2) | Permaliens
De Gaulle, grand électricien devant l'Eternel, avait su dans sa constitution organiser tout un système de résistances et de fusibles, de circuits courts et de coupe-circuits.
Ainsi la création d'un premier ministre, qui proposait son gouvernement et conduisait la politique gouvernementale, avait-elle pour but de ne pas exposer le Président, en offrant en cas de remise en cause de la légitimité de la politique menée, la possibilité d'un disjoncteur, l'homme du devant faisant fonction de fusible.
Le Président au-dessus des partis, pouvait, dans l'après-coup d'un conflit, décider de se priver de ses services, il apparaissait alors comme un médiateur suprême, Deus ex machina qui résolvait les problèmes.
Que dire de l'attitude de notre Prime-Président ?
Que son goût de l'action pourrait bien un de ces jours lui jouer des tours. François Fillon ressemble de plus en plus à la jeune fille de service, qui accueille en geisha les ukases de son Seigneur et Maître. A quoi servira-t-il quand la bise sera venue ?
On est loin de l'art du Florentin, de celui qui savait s'effacer pour mieux régner. Sarkozy ne sait pas déléguer, il ne connaît que le pouvoir solitaire, où il faut tout faire soi-même. Comment résistera son tempérament nerveux ? Saura-t-il faire face à la complexité de ce métier ?
Et cet homme, le moins diplômé de tous les présidents que nous avons eus, notre Reagan beau-parleur, saura-t-il choisir the right man at the right place ? Quand on voit qu'il est prêt à nommer Kouchner aux Affaires étrangères, ce que jamais ne fît aucun premier ministre sous la gauche, on peut se dire qu'il ne sait évaluer les hommes qu'à l'aune de son propre thermomètre : le sondomètre.
Mais fait-on de la politique et gouverne-t-on la France à coups de sondages ? Cela pourrait bien être là la limite du système.
Publié par Anthropia à 10:22:26 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (5) | Permaliens
Ségolène Royal a raison
L'urgence bien sûr est de réussir les législatives. Mais après ?
Il faut préparer la relève, reprendre le pouvoir à la droite. Et pour cela, il faut une candidate capable de nous entraîner vers la victoire.
Car on ne peut nier que François Hollande ait préparé la défaite. Il n'est pas de bon vent à celui qui n'a pas de cap. Tout occupé à colmater les brèches, à écoper le fond du bateau, à rassembler les égos boursoufflés de ses éléphants, son art a consisté au conservatisme le plus strict. Un mois avant la primaire, les sections organisaient le néant-béant, dîners-party avec conférences sur l'histoire du PS, tout sauf préparer sérieusement la suite. Le congrès, anticipé pour empêcher des contributions approfondies. Le projet ? Pondu sur un coin de table par quelques happy few. La bataille contre le présidentiable sortant, rien que de mou et d'insuffisant. Jusques et y compris la communication du PS, par exemple l'Hebdo, qui un mois avant le premier tour, publiait un numéro sans aucune photo de Ségolène Royal, -imaginons si on avait fait cela à Mitterrand ?- ou qui, à la veille du second tour, présentait en Une, Ségolène Royal en caricature, façon de la discréditer. Bref, rien n'a été fait par le Parti et son secrétaire pour gagner la bataille. Alors qu'il propose aujourd'hui de refaire un énième parti godillot ne changera rien. Ce n'est pas d'une nouvelle infrastructure dont on a besoin, mais d'un nouveau leader.
François Hollande n'a pas cette étoffe, cela se saurait. Ségolène Royal, si, on l'a vu durant le débat, n'en déplaise à certains.
Oui; il faut une ambition forte, une farouche détermination pour gagner cette bataille. Il faut bien y consacrer cinq années d'opiniâtre lutte. Ségolène Royal en à peine six mois nous a déjà montré la voie. En une campagne, elle a davantage fait pour la refondation de la gauche qu'en cinq ans son compagnon à la ville, DSK ou Fabius. Démocratie participative, non-cumul des mandats (en vrai pas pour semblant), ouverture au centre (pour dialoguer, pas pour abdiquer ses idées), refondation sociale en remettant le syndicalisme et le dialogue social à sa place majeure dans le pays, recentrage de la gauche sur l'idée de progrès pour l'homme et ses besoins, mais en incitant, en stimulant l'économique, sans l'étouffer, etc.
Ni un néo-libéralisme qui fait l'aumône, ni un gaucho-dogmatisme qui ressasse les vieilles rengaines
Que semblent molles et tièdes les tentatives socio-démocrates d'un DSK, tenant d'un Bad-Godesberg archaïque, qui n'a pas compris que l'avenir de l'homme, ce n'est pas le néo-libéralisme qui fait l'aumône, comme le prôneraient aussi un Rocard ou un Jospin. Que semblent éculées les rengaines néo-dogmatiques d'un Emmanuelli, qui n'a pas compris en profondeur que la nouvelle démocratie est participative, pas conservatrice gaucho-dogmatique. Le service public, la carte scolaire, oui si cela fonctionne, mais un système qui conserve les postes de quelques-uns, qui donne la réussite au bac à quelques autres, ce n'est pas suffisant. Conserver comme des épouvantails à moineaux les vieux horipeaux de la gauche, juste parce qu'ils auraient été inventés à gauche n'a pas de sens, il faut créer des solutions d'aujourd'hui pour des problèmes d'aujourd'hui. Il faut sortir du conservatisme de gauche comme du conservatisme de droite, pour redonner de l'efficace et du sens au socialisme.
Et la solution n'est pas non plus d'un blairisme. Dont on voit qu'il devient un succédané de programme pour Sarkozy, qui tout occupé à se préparer à devenir premier ministre de sa présidence, en avait oublié l'intérêt d'en faire un. Le blairisme dont on peut rappeler que s'il a obtenu un taux d'activité à 72% (contre 62% en France) ne l'a fait qu'à coups de très petits emplois partiels à un SMIC inférieur au SMIC français et qu'au prix de la mise au rancart de 7% de la population active, priée d'aller pointer à la maison du handicap du coin. T'as pas d'sous pour t'acheter un dentier, t'es handicapé, t'es dur à la comprenette en informatique, t'es handicapé. A ce tarif-là, la France qui ne compte que 0,5% de handicapés, verrait son taux de chômage chuter à 2% pour 5% en Angleterre. Rappelons enfin que Blair s'est employé à reconstituer, par un recrutement important de fonctionnaires, une fonction publique victime des coupes claires du thatchérisme. Alors, un blairisme qui met au travail les petits retraités pour qu'ils gagnent plus et fait exploser les prix à Londres est tout sauf une solution socialiste.
Mais une Nouvelle gauche
Ségolène Royal en appelle à une Nouvelle gauche, décomplexée, dé-dogmatisée, mais recentrée sur ses fondamentaux, la valeur humaine, les hommes et les femmes, la satisfaction de leurs besoins, le respect de leur environnement, sans oublier l'économique, à quoi on ne fait plus de procès d'intention car quand on ne compte pas, c'est toujours les pauvres qui trinquent mais qu'on incite plutôt qu'on entrave, qu'on stimule plutôt qu'on étouffe, qu'on dynamise plutôt qu'on contraint.
Alors pour porter et affiner ce programme, qu'attend-on pour désigner notre prochaine candidate aux Présidentielles ?
Publié par Anthropia à 14:53:58 dans Est-ce que tu vois ce que tu vois ? | Commentaires (5) | Permaliens
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