• To wake up with Rodney Graham

    Cliché Le Quartier, Quimper

    Vexation Island, Rodney Graham

    vidéo

     

     

    En ce moment au Quartier de Quimper,

    haut lieu de l'art contemporain breton,

    l'exposition Wake up, Please

    nous emmène par mille chemins

    à cet instant éphémère, remuant,

    dérangeant, émouvant ou provocateur

    du réveil. Le réveil du corps, de l'esprit,

    du public, de la conscience,

    le réveil sous toutes ses formes.

     

    Réveil annoncé au son de la trompette,

    In returning a Sound, d'Allora & Calzadilla,

    une vidéo montrant un motocycliste un peu tourneboulé,

    déambulant dans la ville sur une vieille mobylette,

    dont le pot d'échappement comporte à son bout

    une trompette pétaradante.

     

    Réveil de la mémoire chez Joseph Grigely,

    in Remember is a Difficult Job,

    but Somebody's Has To Do It,

    où l'artiste, devenu sourd, tente de se souvenir du générique

    de la série télévisée, Gilligans's Island,

    entendu lors de son enfance ;

    il associe à sa vidéo trois photos,

    montrant la banquise se craquelant,

    vision iconoclaste des glaces polaires

    comme lieu d'amnésie du monde.

     

    Réveil des consciences

    dans le très intéressant travail de Dora Garcia,

    qui fait jouer à un comédien

    le rôle d'un humoriste subversif, Lenny Bruce,

    venu en son temps -c'était en 1962-

    insulter le public australien en ces termes,

    What a Fucking Wonderful Audience,

    ce qui lui avait valu d'être interdit de spectacle,

    et de finir dans une overdose de désespoir.

    Ici à Sydney, Dora Garcia ressert le plat,

    à la Biennale d'Art Contemporain,

    cherchant à interroger

    le statut de la conscience,

    à quarante ans d'intervalle

    et dans un autre contexte.

     

    Dans Snooze, de Fayçal Baghriche,

    200 radios-réveils en mur obsessionnel,

    sonnent à 7.00, a.m. ou p.m. ;

    sans pour autant réveiller quiconque

    puisque ce sont les heures

    de fermeture de la salle.

     

    Alerte cette fois

    avec cette annonce sonore de Roman Ondàk,

    qui nous rappelle le temps de la radio d'Etat,

    interrompant le flux ordinaire des émissions,

    pour délivrer ses messages sybillins.

    N'interrompez pas vos activités.

    Trop tard. C'est fait.

     

    Poursuivons la visite.

    Nous tombons face à un drôle d'éléphant gris,

    celui que Virginie Yassef nous présente,

    Pour le Réveiller, Il suffit d'un Souffle ;

    le barissement au loin est emprunté à la salle d'à côté.

     

    Ce qui frappe dans l'exposition,

    c'est l'interactivité entre les oeuvres,

    établissant une sorte de nécessité

    de les présenter côte à côte,

    une sorte de montage serré de salle en salle,

    donnant à l'exposition Wake up, please,

    tout son sens d'impératif.

     

    Le divan sonorisé dehors, White Tone, de Fiorenza Menini,

    nous invite à écouter le silence, en position assise,

    une sorte de préparation au réveil,

    puis nous nous levons et nous entrons.

    Un perroquet de Vexation Island, une vidéo de Rodney Graham

    rarement aussi bien montrée,

    semble crier Wake Up, Please au pirate allongé,

    que répètent en choeur juste à côté,

    les perroquets de Miri Segal.

    ils enregistrent nos suggestions,

    pour les intégrer dans le flux de leur dialogue ;

    ils jouent une scène de la pièce de Shakespeare,

    Le Songe d'une nuit d'Eté,

    et nous, spectateurs,

    devenons à notre tour éveilleurs,

    interrompant la relation.

     

    D'un répons l'autre, nous suivons cette très belle exposition,

    nous prenons conscience de ce que

    s'éveiller est affaire de silence et d'alarme,

    d'inattention et d'alerte, de présence et de rendez-vous,

    de contexte et de conscience, d'inactualité et de sommation.

     

    Une métaphore de l'art, sans doute.

     

     

     

     

     


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