• Trash TV

    Tony Oursler

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    2005

    Crédit photo Anthropia

    Il y a quelques années encore, nous l’entendions fréquemment sur nos antennes, les médias français s’indignaient de ce que la vie privée des politiques et des people était dévoilée sur la place publique… en Grande-Bretagne. C’était une honte, on ne verrait jamais ça en France. Il s’agissait là d’une différence de principe : nos médias savaient où s’arrêter, les leurs étaient trashs.

     

    Ce qui s’est passé cette semaine en France marque un point de non-retour. Un ministre de la République est venu recevoir la fessée au salon, devant maman et toute la famille. Il a dû s’expliquer sur le moindre détail, tourisme sexuel, l’âge des jeunes garçons, nous étions à la reluque, effrayés de voir ce que nous voyions, sachant que cela pouvait bientôt tomber sur n’importe qui, n’importe quand, peut-être demain dans nos entreprises, avez-vous des relations sexuelles avec des jeunes gens, pratiquez-vous le tourisme sexuel, mais nous étions bien au chaud derrière nos téléviseurs et maman s’occupait de tout, alors n’est-ce pas, l’exercice de repentance devant la grande Torquemada nous allait bien.

     

    Et je ne dis pas ça pour exonérer quiconque du respect de la loi, je le dis parce qu’il y a deux affaires dans l’affaire Mitterrand, la première, ce qu’il a fait ou pas, la seconde, ce que font les médias, enfourchant le balai de la sorcière, Marine Le Pen.

     

    Et comme si l’effet de seuil une fois franchi, les bondes étaient ouvertes, voici que rien ne s’arrête, qu’on va désormais interroger chaque détail de la vie de chacun. On va bien sûr poursuivre la traque du ministre, cette fois pour des témoignages qu’il aurait fait en faveur de jeunes, accusés de viol, et tenter de trouver d’autres affaires aussi croustillantes.

     

    Hier soir, dans On n’est pas couché, sur France 2, c’était la fête à Pascal Bruckner. Zémour, qui ne connait de l’amour que les quatre dernières lettres du mot, s’est tranquillement mis à insulter Bruckner, vous ne baisez pas, vous êtes le Bayrou du cul, comme ça, parce qu’il fallait bien se taper quelqu’un, faut du buzz, ricci, faut du buzz. Et Bruckner, sommé de parler de sa vie sexuelle, c’est ceux qui en parlent le plus qui en font le moins, Bruckner donc, à la  tâche, tentant d’articuler un discours élégant, une pensée subtile, dans un monde de bruts, face aux nettoyeurs de la pensée complexe. C’était violent, mesquin, épais, et de voir que Naulleau se mêlait à ça sans remord, sans regret, prolongeant la curée, m’a donné envie de vomir. Et Ruquier, d’ordinaire plus fin, laissait le taureau aux muletas trop content de ne pas se salir les mains.

     

    Hier soir, comme peu souvent, j’ai compris que la TV corrompt. Qui l’ignore aujourd’hui, mais là, j’ai vu en direct le processus se dérouler. Comme la politique, la TV corrompt l’âme, elle fait oublier le chronomètre de soi, elle fait naître la langue fourchue du serpent, la langue de pute, celle qui avilit celui qui la parle. J’ai vu Naulleau rire avec les loups et enterrer sans scrupule une tentative de penser, j’ai vu les autres se repaître du spectacle en ricanant. Quelque chose de mauvais, le mal, a gagné le plateau. L’émission bon enfant s’est pourrie sur place, sous mes yeux.

     

    Comme l’a dit un peu plus tôt Ruquier, bienvenue chez Ardisson.

     

     

     

     

     

     

     


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