• Tsunamite aigüe

    Crédit Photo Anthropia

     

    27 février 2010


    Une vague qui submerge la digue, non pas qu’elle la renverse (digue fragile qui cède), mais qui passe largement au-dessus. Un peu comme un tsunami, je veux dire la grande vague, qui submerge tout.


     Quelle faute commise à La Faute ? Faut-il rendre au marécage ? Mausolée. L’idée a quelque chose de grand, qui laverait le péché du grand capital de ses magouilles promotoriales.


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    27 février 2010


    Terra motto in Chili-Chili-Chili-Chili-Chili-Chili-Chili-Chili-Chili con tsunami.


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    26 décembre 2004


    Elle s'appelle Vanessa. Elle est d'origine vietnamienne. Elle a été adoptée, elle vit en France.

    Pour ses quatorze ans, ses parents ont décidé de lui offrir un voyage sur SON continent. Je veux dire qu'au lieu d'aller au Vietnam, ils iront en Thailande, comme si c'était pareil. Pas un pélerinage, ils sont à l'hôtel, en vacances ; comme une petite madeleine d'Asie, que ses parents lui offrent, elle qui n'est plus jamais revenue, depuis ses trois ans. 

    Plus jamais revenue sur quoi ? sur sa base ? Quelle est la nature du lien entre une exilée et son continent ?  Viennent-ils pour la réinitialiser ? Je n'y comprends rien, à cette idée-là ; faire goûter de l'Asie, à une Asiatique, cela m'a un goût de faute de goût, d'idée pas juste, doit-on lui rappeler que des peuples ont les yeux bridés ?

    Je n'y comprends rien à cette idée-là. Mais c'est comme pour le choix du prénom d'arrivée, Vanessa, pourquoi pas son premier prénom, quitte à faire dans l'exotisme.

    Enfin  trêve de digressions. Vanessa en décembre avec ses parents à l'Hôtel de la Pagode, au bord de la mer. Manque de chance. On est en 2004, le jour de la grande vague : elle arrive, elle submerge tout. Le tsunami a englouti l'hôtel, l'hôtel s'est effondré sur les chambres, les chambres ont écrasé Vanessa et ses parents.

     Et tout ce qui reste, quand les gens en parlent, ce qu'ils retiennent, quand ils racontent l'histoire : ils voulaient lui faire voir sa terre. Comme un argument qui reproche.

     Comme s'ils étaient morts pour lui faire plaisir. Les récits de mort expliquent mal, toujours.Y avait comme une faute de goût, n'étaient pas à la bonne place au bon moment,à mon tour je tente d'expliquer, mais y a rien à comprendre. Qu'ils reposent en paix, sur sa presque-terre, leur terre pour toujours.

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    Sur l’île de Phuket, il admirait la vue sur mer, depuis le balcon de son hôtel, qui dominait la Patong Beach. Tout à coup, il voit l’eau de la mer se retirer, il voit le sable du fond, des kilomètres de terre dénudée, la mer s’est retirée au loin, comme si le sens des aiguilles de la montre s’inversait, elle a laissé béant un trou. Voilà, c’est ce trou qui l’a troublé. Il a compris qu’on ne pouvait pas le comprendre par une explication ordinaire. Ce n’est pas normal, viens, il faut fuir. Il a tiré sa femme par le bras, a rejoint le scooter qu’ils avaient loué pour faire le tour de l’île, l’a enfourché, elle derrière, sans casque, pas le temps pour un casque, et ils ont grimpé dans la colline. Sans la colline, la mer revenant comme une furie les aurait rattrapés et il ne serait pas là pour le raconter. L’histoire d’un homme qui regarde quelque chose de pas ordinaire et qui prend tout de suite la bonne décision. Un réflexe.

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    23 août 2005

    Voisins de soirée américaine, on est là, à table, on ne se connaît pas, eux rentrent du Louisiana. Ils racontent leur séjour au chaos de l'après-Katherina. Un ingénieur leur a dit qu'on pouvait rouler sept heures durant avec aux yeux le spectacle effarant de la désolation. Des villes rasées par la haute vague de sept mètres de haut. Et toujours aujourd'hui, plusieurs  années plus tard, des bateaux occupant le milieu de la rue, des maisons sans eau et sans électricité, l'équivalent de la moitié du territoire de la France effacé de la civilisation américaine. Les surplus des fonds du tsunami asiatique ne sont pas parvenus chez les pauvres du plus riche pays du monde. Terre laissée à l'abandon. Till the bitter end.

     


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