• Un dimanche au Mac Val I

    ci-dessus, une oeuvre de la collection permanente.

    Franck Scurti

    MacVal - Vitry-sur-Seine

    (droits réservés) - cliché Anthropia

     

     

    We Can't Be Stopped (vol. 2)

    Une programmation vidéo proposée par Julie Pellegrin

     

    Je hais les dimanches, je hais la pluie en été, alors, dimanche dernier, je suis partie au Musée d'art Contemporain du Val de Marne à Vitry-sur-Seine, juste pour me changer les idées, me rasséréner en allant voir les vidéos présentées dans le cadre de la carte blanche donnée par Stéphanie Ayraud, à l'auditorium, à Julie Pellegrin : We can't be stopped (vol. 2).

     

    Citant Jonathan Swift dans une correspondance avec Alexander Pope, "l'objet que je me suis principalement assigné est de tourmenter le monde plutôt que de le divertir", la curatrice nous propose des vidéos d'artistes, cherchant à pointer l'agressivité quotidienne, dans toutes ses occurences, et la sorte d'énergie qui naît de cet état de stress si particulier. 

     

    Sofia Hultèn, dans Acts of Pointless Resistance, se présente de buste derrière un bureau, réalisant avec chaque objet ordinaire, les trombones, les peignes, les punaises, les tampons, des armes étranges, redoutables, dont on sent qu'elles servent d'exutoire à l'énervement d'une femme délaissée, une lettre de rupture abondamment stabilobossée nous révélant l'objet d'une telle hargne. Elle parvient à nous montrer ainsi comment l'énergie et la ressource peuvent transformer n'importe quel bureau en lieu d'expérimentation criminelle.


    Un peu plus tard, Martha Rosler, dans Sémiotics of the Kitchen, nous introduit à l'idée raffraîchissante qu'une cuisine est un lieu de boxe, de pugilat, de violence abominable. Battre les oeufs en neige, écraser la pâte, couper les légumes, réduire et hâcher menu les oignons, tous ces objets de la cuisine pacifique se métamorphosent sous nos yeux en objets de risque, en exutoires de femme frustrée qui se venge par le truchement de ces armes de dixième catégorie dans la boutique obscure d'un lieu d'aliénation et de confinement. Lorsqu'on se retrouve peu après, dans l'espace des toilettes, le bruit mat de la porte qui claque, l'acte violent de sortir le tissu du dévidoir deviennent des formes d'agressivité, dont on a tout à coup conscience.

     

    Un autre moment rare de l'après-midi nous met face à la vidéo d'Avi Mograbi, Détails 2&3, là où des militaires israëliens, le long des frontières des territoires occupés, font régner leur domination, du haut de leurs armes, de leurs fusils mitrailleurs, de leurs véhicules blindés. Au loin, des pauvres et des faibles sont tenus à distance derrière de hauts murs, derrière des barbelés. Seul un caméraman, l'artiste, peut les filmer et, par le miracle d'un état de droit et de crainte médiatique, l'aura des médias et le respect de la liberté de la presse lui permettent de ne pas être inquiété. On voit les militaires appeler leurs supérieurs, s'informer, tourner autour de la caméra, tenter d'empêcher le vidéaste de filmer, mais jamais ne réellement l'inquiéter, car il y a comme une ligne infrangible, toute aussi solide que le mur derrière lequel des enfants de l'école d'à côté stagnent pendant des heures pour pouvoir rentrer chez eux. Malgré les invectives et les commentaires acides d'Avi Mograbi, les militaires sont astreints à l'inaction vis-à-vis de lui. Il pointe ainsi dans le même temps une des suprêmes contradictions d'un système, qui pratique l'arbitraire vis-à-vis du peuple, mais se trouve comme un petit garçon sous les yeux du peuple de son pays.

     

    On en conclut que ceux qui ne peuvent être arrêtées dans leur élan, ceux qui osent, ceux qui "can't be stopped" sont les artistes contemporains, qui révèlent la face cachée du monde, ses méfaits souterrains et ses sourdes contestations.

     

     

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :