• Une petite affaire de protection

    Iceberg

    (droits réservés)

     

    Je suis en face d'une stagiaire,

    qui apprend un métier, on dit A.V.S.,

    auxiliaire de vie sociale,

    elle prépare un diplôme d'Etat.

    Elle raconte, elle a travaillé chez une personne âgée,

    elle a remarqué que le lit est imbibé le matin,

    que le lit pue l'urine,

    que le Monsieur est trempé au sortir de la nuit ;

    elle trouve que les protections sont insuffisantes,

    que les petites alèses ne protègent pas le matelas.

    Elle écrit tout ça dans le cahier de liaison,

    qu'elle laisse sur la table de la cuisine

    à destination de la fille, adulte,

    qui est tutrice de son père,

    c'est comme ça désormais dans les familles,

    les filles deviennent les mères.

    La stagiaire signale

    qu'il faut des draps-housses de protection.

    la solution est simple.

     

    Le lendemain, elle arrive, le Monsieur est trempé,

    elle le douche, elle change les draps, elle l'habille,

    mais le lit sent la pisse, c'est terrible, que faire.

    Elle va lire le cahier de liaison.

    La fille-qui-est-la-mère a répondu :

    vous n'avez qu'à mettre des couches.

    Des couches, comme pour un bébé.

    Mais elle en met déjà des protections.

    Elle le lui a déjà écrit,

    la fille-qui-est-la-mère le sait

    mais la fille-qui-est-la-mère ne veut pas imaginer

    cette décadence du père,

    et puis la fille-qui-est-la-mère,

    ça la fatigue d'aller chercher des draps-housses qui font alèse,

    et puis la fille-qui-est-la-mère n'a plus d'argent,

    toute cette assistance ça coûte,

    il y a déjà le 24h/24h, ce personnel qui se succède,

    et puis ces exigences, acheter, toujours acheter.

     

    Et je suis là, impuissante,

    face à l'A.V.S. impuissante,

    qui est face au père impuissant,

    qui subit sa fille-qui-est-la-mère impuissante.

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Juléjim
    Vendredi 17 Octobre 2008 à 18:08
    "Protégez-vous !"
    C'est le 1er conseil que nous a dit et répété une amie gériâtre, aujourd'hui disparue. Nous lui avions dit que la mamie, âgée de 78 ans, était atteinte d'Alzheimer. Nous l'avons entendu bien sûr, mais à l'épreuve des faits le conseil ne s'est pas avéré si facile à suivre car lorsqu'on aime ses proches, on n'a qu'une envie, les protéger, eux, d'abord. Mais se faisant, on se fragilise, on s'angoisse, on s'inquiète. Surtout lorsque l'ancien vous renvoie dans les cordes avec tout l'orgueil et l'amour-propre dont il est capable : "M'enfin, j'suis pas encore gâteuse quand même ! Laissez-moi tranquille à la fin !" C'est alors que le sentiment d'impuissance guette et rôde derrière chaque geste, chaque parole.
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