Par Anthropia
Cliché Anthropia
Maison d'art brut (Arles)
Il y a quelques années, les ouragans portaient tous des prénoms de fille.
Les féministes américaines s'en sont émues,
et le résultat c'est que désormais un coup sur deux
les scientifiques alternent le genre de l'ouragan.
Cette année, c'est Gustav.
Au ministère de l'intérieur, les fichiers,
c'est comme les ouragans d'il y a quelques années.
Ils portent tous des prénoms des filles,
Edvige, le fichage de tous les "engagés",
Cristina. le fichage du terroriste,
incluant sans doute la fleuriste qui lui a vendu les fleurs,
la baby-sitter du fils de sa belle-soeur,
le journaliste qu'est passé à la TV
le jour où il la regardait.
Oui, Edvige et Cristina font les pires choses,
et on choisit un nom de fille pour le dire.
Déjà que depuis Eve, on a morflé plus souvent qu'à notre tour,
nous qui avions mangé la figue du figuier
(eh oui, on vous a menti,
ce n'était pas un pommier).
Plus sérieusement,
j'ai le souvenir d'un fichier manuel,
une petite fiche qui traînait
dans une obscure salle climatisée des archives
d'une petite ville de province,
où en 1930, un agent zélé racontait ce que mon arrière-arrière grand-oncle
avait dit au contrôle de police,
quand il s'était enregistré pour dormir dans la ville.
Et j'ai honte qu'on en soit toujours là,
à traquer ce que les braves gens disent,
dans l'illusion d'y trouver des criminels.
Les fichiers ont-ils jamais été utiles à autre chose
qu'aux cheffaillons,
qu'à pouvoir menacer de révélation
les familles ordinaires et leurs maigres secrets.
Si le renseignement faisait son travail, il pointrait les filières,
les pistes sérieuses, à partir des actes commis,
et laisserait aux chercheurs d'or amateurs
la recherche de pépites dans la rivière dominicale.
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