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Entendu il y a quelque temps l’expression « tu me rebutes » et l’ai gardée en moi, comme interloquée du sens.
Bien sûr, on connaît trop bien le mot, derrière « rebuter », il y a dégoûter, lasser, dishearten. Comme c’est un verbe transitif, le sens est simple, « tu me dégoûtes » serait la plus simple équivalence. Mais le côté « re-bute » tarabuste comme l’identité du meurtrier dans un bon Krimi, et si c'était elle qui s'était fait tuer à nouveau.
Quand on va au plus rapide, sur le web, on trouve quelques citations contenant le mot rebuter :
« Ce qui rebute dans la religion, c’est la morosité qu’affectent tous ceux qui l’enseignent ou la pratiquent » Milarépa
« Tu me rebutes, répliqua la mère à sa fille. » Simone de Beauvoir
« Il n’est rien si empêchant, si dégoûté, que l’abondance. Quel appétit ne se rebuterait à voir trois cent femmes à sa merci, comme les a le grand seigneur en son sérail ? » Michel Eyquem de Montaigne
« La difficulté me décourage, la facilité me rebute. » Jean Rostand
« Les habiles ne rebutent personne. » Luc de Clapiers, Marquis de Vauvenargues
« Les meilleurs estomacs ne sont pas ceux qui rebutent tous les plats. » Platon
Pas si simple, hein, le sens, surtout chez Platon. Alors, tenté d’aller voir dans mon Encyclopédie, celle qui me console de mes peines, et qui là me propose des tas de mots :
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S. f. (Langue franç.) action par laquelle un supérieur repousse avec mépris ou injure un inférieur qui lui demande quelque chose. Borel dérive rebuffade de re & du vieux mot buffe, qui signifioit un soufflet. Chartier, dans son histoire de Charles VII. dit : " En icelui an, environ huit heures de nuit, battit messire Jean de Graville, messire Geoffroi Bouciquault en la rue S. Mery, parce que ledit Bouciquault avoit donné une buffe audit Graville, par jalousie d'une demoiselle ". Ménage croit que rebuffade vient de rebouffer, qui n'est plus en usage, mais qui vouloit dire autrefois chasser avec mépris. |
C’est une erreur, je crois, je n’avais pas demandé ça. Ni ça non plus d’ailleurs :
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S. m. (Littér.) jeu d'esprit assez insipide qui consiste à employer, pour exprimer des mots, des images des choses & des syllabes détachées, ou des portions de mots. Telle est la devise de l'écu de la maison de Savoye Raconis, qui porte dans ses armes des choux, cabus, & pour mot ceux-ci tout n'est, ce qui joint avec les choux, signifie tout n'est qu'abus ; ou celui-ci ainsi figuré : |
Même si on cherche à tort dans les hiéroglyphes, parfois les incartades dans les dictionnaires apportent des éclairages utiles, surtout quand on a comme moi un pois chiche dans la tête, enfin un certain temps.
Mais faut bien entrer dans le vif du sujet, ce que la mémoire devait bien sentir tout au fond :
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S. m. se dit, en termes de Commerce, d'une marchandise passée, de peu de valeur, hors de mode, que tout le monde rejette, ou ne veut point acheter. Mettre une étoffe, une marchandise au rebut, c'est la ranger dans un coin de sa boutique ou de son magasin, où l'on a coutume de placer celles dont on fait peu de cas, & dont on n'espere pas se défaire aisément. Dict. du Comm. & de Trevoux. |
n'en plus douter, derrière « rebuter », il y a « rebut ».
Mais jamais démontée, cherche mieux et trouve au bord du cœur la musique qui n’est pas loin, celle de peu bien sûr, mais qui a sa dignité, celle du métal qui fait son et note et mélodie et rythme, vibrant par la voix de l’âme :
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S. f. (instrument de Musique) instrument qu'on nomme à Paris guimbarde. Il est composé de deux branches de fer, ou plutôt d'une branche pliée en deux, entre lesquelles est une languette d'acier attachée par un bout pour faire ressort ; elle est coudée par l'autre bout. On tient cet instrument avec les dents, de maniere que les levres ni autre chose ne touchent à la languette. On la fait remuer en passant la main promtement par-devant, & frôlant le bout recourbé, sans autre art que la cadence de la main, la modification de la langue & des levres acheve le reste ; ensuite la respiration donne un son frémissant & assez fort pour faire danser les bergers. Cet instrument s'appelle dans quelques endroits épinette, dans d'autres trompe ; mais son plus ancien nom est rebute, peut-être parce que celui qui en joue semble rebuter continuellement la languette de cet instrument. (D.J.) |
mais m’aviser que derrière se trouvait:
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partic. (Gramm.) il se dit des chiens, des oiseaux, des animaux de service, comme boeufs, ânes, mulets, chevaux, lorsqu'ils ont employé inutilement tous leurs efforts à vaincre quelque obstacle, qu'ils ont senti qu'il étoit au-dessus de leur force, & qu'ils refusent malgré les coups mêmes à s'y appliquer derechef. |
Et qu'à ce coup-là, fallait renoncer.
Et puis cherchant quand-même le sens platonicien pour essayer de comprendre cette maxime, je bute si je puis dire sur :
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REBUTER |
je me dis que Platon avait raison, qu’on n’a pas meilleur estomac à rebuter les plats et que moi, sale tête de mulet.
Dépitée toutefois de ne pas trouver mon sens « écœurer » dans ce XVIIIème siècle, je m'ouvre sur le Littré, gagner un siècle, une fois n’est pas coutume, et je trouve deux sens qui pourraient aller :
- Décourager, dégoûter par les difficultés, par les obstacles.
Si cette cruauté ne rebute un amant, Il a beaucoup d'ardeur ou peu de sentiment. [Rotrou, Bélisaire]. Absolument. Ce n'est point un honneur qui rebute en deux jours ; Et qui règne un moment aime à régner toujours. [Corneille, Sophonisbe]
Il se dit de soldats qui refusent de continuer le combat. Nos troupes semblent rebutées autant par la résistance des ennemis que par l'effroyable disposition des lieux. [Bossuet, Oraisons funèbres]
Terme de manége. Rebuter un cheval, exiger de lui plus qu'il ne peut faire, et finir par le rendre insensible aux aides et au châtiment.
On y retrouve les sens anciens et puis ce « dégoûté. », mais on n’y parle pas de quelqu’un, mais des difficultés sur le chemin, alors je poursuis. Peut-être que celui-là fera l’affaire :
- Choquer, déplaire, dégoûter par la répugnance. Cet homme a des manières qui rebutent ceux qui ont affaire à lui.
Rien ne le rebuta, ni sa vue éraillée [de la femme qu'il voulait épouser], Ni sa masse de chair bizarrement taillée. [Boileau, Satires]
Absolument. Les vers les mieux pensés et les plus exacts rebutent quelquefois ; on en ignore la raison ; elle vient du défaut d'harmonie. [Voltaire, Comm. Corn. Rem. Rod. I, 2]
Et on se dit que comme ça qu’on se sent, on a rebuté et voilà.
Et pour ne pas désespérer, on baguenaude, on tente une autre entrée, une forme pronominale, façon de voir ce qu’on y pourrait faire, tiens ce :
Se rebuter, vpron Se décourager.
Vous ne vous rebutez point, et, pied à pied, vous gagnez mes résolutions. [Molière, Le bourgeois gentilhomme]. Une hypothèse, ça pourrait être ça, mais on n’y croit pas..
Parce que ce qui frappe, c’est le changement de sens, quand on le retourne sur soi le mot, choquer, heurter, offusquer, froisser, blesser, scandaliser, offenser, vexer, déplaire, effaroucher, indigner, contrarier, repousser. Ça, la langue française un petit « se » et tout est modifié. Qu'il y a de la révolte contre le transitif, me rebute.
Alors on effleure d'autres pronominaux à même conjugaison, ceux qu'il vaut mieux pratiquer, aider, aimer, apporter, arriver, chanter, chercher, contacter, continuer, demander, désirer, donner, écouter, effectuer, entrer, habiter, intéresser, jouer, laisser, marcher, monter, occuper, parler, passer, penser, présenter, profiter, regarder, rencontrer, et là on se rentre dare-dare pour s'occuper de ses affaires.