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Dream in Peace, Next

crédit photo anthropia # blog

 

 

 

Elle est rayonnement, elle grimpe dans les rideaux de lin épais

se place sur la barre et nous contemple d’un œil narquois.

 

De la race des parleuses.

 

Se juche sur les bras des fauteuils

quand nous conversons le soir

sait s’imposer dans les confidences,

un amusement.

 

De la race des sociables.

 

Apportée par un écrivain

En 96, je crois,

Noire, de la famille des chats alertes,

Elle fugue parfois toujours revient,

à deux doigts du retour de vacances,

elle saute moqueuse dans la voiture.

 

Un jour elle part

juste un peu plus longtemps,

revient au moment du déménagement,

je la trouve alourdie, il me dit,

mais tu ne vois pas qu’elle est enceinte,

et dans le nouvel appartement

a donné vie sous mon lit à trois petits,

dont Mina (déjà parlé ici),

a partagé son accouchement avec moi, épuisée,

effondrée sur la couverture,

une coureuse de fond

à la fin du marathon.

M’a laissé gérer le petit enclos aménagé dans la salle de bain,

on a fait maternité au 95.

 

D’un coup j’ai vu la capricieuse se faire

la mère sacrifiant ses mamelles à la gent gourmande

la mère éducatrice, cache tes excréments question de survie,

la mère donnant ses leçons d’un coup de pattes vengeur

ou houspillant, j’ai l’instinct là,

comment c’est engrammé

dans quel circuit, sur quels neurones,

ce réflexe conditionné,

sevrant à deux mois pile, that’all folks,

et les petits de partir.

 

Je l’aime pour sa liberté,

pour ses rouspétades

quand elle n’est pas contente,

quand elle, si habile, renverse exprès ta tasse,

marche sur le clavier,

ou déboulonne la statuette sur le muret.

 

Sa façon de venir me dire qu’un plat est cuit,

Sa façon de m’informer que le téléphone sonne,

Sa façon de me réveiller quand le réveil ne me réveille pas,

 

Elle est mon petit contrôleur, ma conscience,

Ma douceur angevine aussi,

provoque mes éclats de rire.

Je l’aime pour sa façon de s’installer à côté de l’ordinateur,

ma première lectrice.

 

Impavidité des yeux et pourtant,

c’est sa chair, sa peau,

quelque chose d’une intention pour moi que j’aime,

subtilité et ferveur,

rouerie et candeur,

fait-on le portrait d’un autre, non

elle est tout ça, vraiment, un être à part entière.

 

Et quand elle se fait chienne

courant derrière la porte quand le petit garçon sort

se mettant à miauler de désespoir

ou attrapant les boules d’aluminium qu’on jette en l’air

elle sait aimer et le montre.

 

Elle se fait câline à ses heures,

se niche dans les bras, sous les bras.

 

Jamais châtrée, je ne lui aurais jamais fait ce que,

ainsi elle garde la mine gracile, la ligne sylphide,

elle est celle sur qui le temps ne passe pas.

 

Et puis un jour, c’est en septembre,

elle traîne sa misère, ses ulcères,

je fais maison de retraite at home,

moi, son AVS spécialisée,

je fais l’accompagnement à la mort

je le sais que c’est fini depuis trois mois déjà

nous le savons toutes les deux,

elle me regarde, encore présente,

si désolée de se laisser aller partout dans la maison,

elle qui si fière a enseigné l’art de se bien tenir

à ses chatons, je la vois qui s’abandonne.

 

Hier soir comme je l'amène à son maître,

je n’ose même pas la regarder,

j’entends son miaulement si triste.


Et aujourd’hui, en fin de journée,

je reçois l’appel si triste d’un enfant

qui a regardé sa souffrance en face

et qui a dit seul comme un homme

« Aidez-la à partir, maintenant ».

 

Dream au paradis des chats, Next.

 

 


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