Par Anthropia
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J'ai encore quelques amis sarkozystes. Enfin, ce n'est pas cela qui les caractérise comme mes amis, mais il se trouve que, bon, de temps en temps, je lève quelque peu mon armure, enfin vous voyez quoi.
Et hier, Harry m'a appelé. Après les figures de politesse rituelles, l'invitation à dîner, les menues blagues, il s'est mis de lui-même à parler du petit monsieur. J'avoue que je suis lâche et qu'avec ceux dont je sais qu'ils naviguent en permanence dans le monde des patrons aficionados du Résident, je ne cherche pas la bagarre, c'est pas bon pour les nerfs, l'estomac et la bonne humeur.
Mais quand c'est Harry qui s'y colle, la dernière fois c'était véhément, j'avoue que j'ose répondre. Il parle de ce petit monsieur, donc, et de la nécessité d'une plus grande flexibilité. Je riposte. Mais regarde, sur les contrats séniors, 3 ans, la flexibilité absolue, les patrons n'en ont signé que 14 pour toute la France. S'ils avaient vraiment besoin de flexibilité, ils en auraient usé et abusé. Le seul problème des patrons, c'est qu'ils n'investissent pas dans les produits, ils ne développent pas. L'argument de la flexibilité, c'est idéologique, le seul argument, c'est qu'il n'y a pas de commandes. Et que les banquiers ne prêtent pas pour le développement.
Il reprend courageusement. Mais Sarko a un projet pour la France. Je m'insurge, aussitôt sur le qui-vive. OK, quelles mesures a-t-il prises ?
Alors Harry, qui est Irlandais, ancien d'Oxford, super businessman, se met à me parler de Margaret Thatcher.
Et de me dire que Margaret, elle, a pris son temps pour démanteler et casser le « logiciel » des Britanniques. Elle a attendu d'avoir gagné sa guerre des Maldives. Elle a attendu d'avoir sa légitimité pour y aller. Je me dis in petto que Sarko pourrait bien suivre le modèle et nous lancer dans une bombinette, juste pour dériver l'attention.
Il ajoute, regarde Sarko, il a un programme. Va-z-y, cites un objectif ? Fièrement. Tiens, que chaque Français soit propriétaire, c'est un programme ça non ? Je demande, alors que fait-il pour cela ? Les 750 uros de crédit d'impôts, c'est du pipeau. Et il n'a augmenté le SMIC que de 1%, ce qui ne couvre même pas l'inflation réelle. Quant aux salaires des Français, moins de 1500 uros/mois pour les ¾ d'entre eux, combien de temps faudra-t-il pour qu'ils deviennent propriétaires à Paris, à 7 000 uros le m2 ?
La conversation monte un peu. Et soudain, j'entends une émotion dans la voix d'Harry. Il ne supporte pas mes arguments, je lui casse son rêve. Lui ce qu'il aime, c'est y croire. Il aime croire à Sarko. Quand j'entends cela, mes antennes se développent. Si on est dans le registre de la foi, alors il n'y a rien à faire. Juste à attendre, laisser quelques arguments sur le bord du chemin, au cas où la personne en viendrait à réfléchir vraiment et basta.
En fait, en entendant Harry, je me suis demandé si ce n'était pas son tour, à cette droite, d'avoir un leader charismatique, un Dieu, un Ideal. Je sentais bien qu'à lui asséner des faits, il n'en avait rien à faire. Il voulait rester dans un optimisme dynamisant, une bonne humeur de celui qui pense que tout va bien se passer, que la croissance sera au rendez-vous, que la France va aller mieux, que Kouchner est un super ministre des affaires étrangères, que Sarkozy a une vision pour la France, que ses ministres d'ouverture montrent bien qu'il n'est pas affairiste, sinon il aurait nommer ses potes, Devedjian et les autres.
Et j'ai rangé mes arguments affûtés dans leur étui, j'ai remisé mes sifflements de serpente, j'ai laissé filé, parce que je me suis dit que l'état de grâce allait durer un peu plus que 100 jours et qu'on n'était pas prêt de réconcilier la France.
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