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L'illusion démocratique

God Nose

John Boldessari

Courtesy Gemini Gallery

Art Basel 2008

Cliché Anthropia

 

 

 

J'ai longtemps vécu dans l'illusion démocratique.

Non pas dans le sens d'une illusion de démocratie,

je savais De Gaulle autocrate,

mais j'avais vu petite fille comment les émeutes de 68,

l'avaient finalement fait reculer et quitter le pouvoir.

 

Non, j'ai longtemps vécu dans l'illusion

que les élites de ce pays s'étaient résignées à la démocratie,

parce que, comme on le disait dans la grande école que je fréquentais,

c'était le moins mauvais des systèmes électoraux.

 

Jusqu'à ce qu'un jour,

j'entende un ami, sous-directeur dans une grande administration française,

au terme d'un repas arrosé,

se répandre avec haine et mépris

sur le veule vote de ce peuple de veaux.

 

J'aurais pu le renvoyer à son histoire,

ancien trotskyste, né dans une colonnie française,

traumatisé enfant par les bombes du peuple algérien,

ayant choisi les ors de la République pour se faire un destin.

 

Mais je compris avec le temps et l'expérience,

que cette haine du peuple

est largement partagée à ce niveau de responsabilité,

et qu'elle croît avec l'ascension dans la hiérarchie sociale.

 

Le peuple est haîssable,

parce qu'il met en péril par son vote

les intentions particulières de nos élus,

au meilleur des cas leur idée du bien public

au pire les savantes ententes et les prés carrés.

 

Quand j'étais enfant, les grands avaient un mot

pour désigner l'élite et ses manipulations,

ils appelaient cela "le système".

Avec un "C'est le système",

ils avaient tout dit,

l'alliance neutre, dépersonnalisée, comme objective, des élites,

qui visait à déposséder les petits

de leur droit de regard.

 

Et cette notion me revient en tête,

quand je vois ce que fait Sarkozy.

Sa communication, son mode de gestion autoritaire des médias,

la nomination des journalistes,

le climat de chasse aux sorcières permanent,

la confiscation du matériel de manifestation

lors de ses visites sur le terrain, par exemple,

l'engagement de plus de 60 réformes en parallèle,

la négociation tous azimuts pour mettre à mal l'énergie syndicale,

le suivisme forcé des députés UMP, "avec moi ou contre moi, tu choisis",

la confiscation du Non au référendum sur le traité par un vote à l'Assemblée

c'est bien un système, qui est mis en place pour retirer au peuple

et à ses représentants 

leur capacité d'analyse et de réaction.

 

Si Sarkozy a cassé quelque chose,

c'est le tabou démocratique,

on n'a pas suffisamment pensé le tour de passe-passe

du traité constitutionnel, qui est à la France,

ce que le non-décompte des voix de Floride est aux USA,

un coup d'état soft.

 

Une fois admis cet abus,

comment pourrions-nous lutter pour nos droits.

Cet homme s'asseoit dessus.

Il fait semblant, il sait ne pas y aller frontalement,

mais il grignote les marges de manoeuvres, les espaces de liberté

et organise façon magicien l'illusion démocratique nouvelle.

Il fait de la démocratie un faux-nez.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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S
VoteCrois que tu existes... OA
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A
omnipotence de l'élitel'élite n'est omnipotente que dans la mesure où elle joue le jeu,<br /> dès que vous vous désolidarisez des intérêts des élites, vous perdez votre position.<br /> Mais je pense que le peuple ne vote pas seulement pour des visées privées, la notion de bien public existe encore, je la vis, d'autres avec moi.<br /> Et les citoyens ne laissent pas forcément vacants ces espaces, ils les occupent en attendant de pouvoir impacter la réalité par leur vote.
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D
dèmeIl n'existe pas d'omnipotence de l'élite mais une illusion de pouvoir induite par la faiblesse du citoyen, une faiblesse d'esprit. Celui-ci n'aspire pas à autre chose qu'au bien-être de sa vie privée. Il "vote" par réflexe d'autoconservation, en quelque sorte. De ce fait il ne possède aucun idéal politique à long terme, il n'est mobilisable pour de grands projets politiques qu'avec les promesses d'une vie "privée" meilleure que celle qu'il connaît. A l'idéologue passionné de savoir le faire... En d'autres termes, ce que vous nommez l'élite ne fait que remplir un vide et profiter de ces espaces laissés vacants par les citoyens. Le vote n'est jamais démocratique, il est toujours inluencé par à la fois ses désirs et la séduction des différents partis.
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